Crise alimentaire au Sahel : les éleveurs ouest africains sonnent l'alarme

« Les éleveurs s’enfoncent de manière progressive et irréversible dans la pauvreté absolue ». C’est le constat qui se dégage de cette lettre ouverte adressée par les éleveurs ouest-africains aux chefs d’Etats des pays membres du Comité inter Etat de la lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss).




« Lors de la 25ème réunion annuelle du Réseau de Prévention des crises alimentaires, qui s’est tenue à Bamako début décembre 2009, les éleveurs et pasteurs représentés par le Réseau Billital Maroobé ont lancé un cri d’alarme aux décideurs politiques, et aux partenaires techniques et financiers pour apporter des réponses adéquates aux effets d’une crise alimentaire précoce qui touche avec acuité les éleveurs et pasteurs ouest-africains.


En dépit de cet appel, force est de constater que la situation demeure inchangée et caractérisée par une inertie générale des Etats. Au Niger, les autorités ont reconnu que la situation de « famine » est inévitable. Les communautés d’éleveurs et pasteurs sont d’ores et déjà fortement affectées et reconnues comme les plus vulnérables avec un taux prévisionnel de malnutrition aigue de 29,9%, le double du seuil d’urgence fixé à15%.


Au Tchad, le gouvernement a reconnu la gravité de la situation. Par contre, au Nord-Est du Mali dans la région de Gao, ou encore dans le Sahel burkinabè on constate un mutisme et une forme de désintérêt des Etats qui se manifeste par une absence d’action urgente en milieu pastoral. Les risques liés à cette situation de crise qui prévaut au Niger semblent être ignorés, alors que des pasteurs traversent déjà les frontières pour trouver des pâturages et de l’eau pour leurs troupeaux.


Selon Dodo Boureima, Président du Réseau Bilital Maroobé, « nous sommes passé d’une situation d’alerte précoce à celle de crise. La disponibilité et l’accessibilité aux principaux aliments pour le bétail sont limitées dans la zone pastorale et agropastorale. Le prix des animaux sur les marchés se détériore rapidement, pendant qu’au même moment le prix des fourrages et des céréales augmentent. Nous n’arrivons plus à nourrir nos troupeaux, ce qui nous pousse à les vendre à vil prix ». Cette situation fragilise le pouvoir d’achat des éleveurs et limitera leur accès aux produits alimentaires dans les prochains mois. En somme, les éleveurs s’enfoncent de manière progressive et irréversible dans la pauvreté absolue. Compte tenu du caractère transfrontalier de l’élevage ouest-africain, cette situation, jadis locale et maitrisable est entrain de s’exporter dans toute la bande sahélo-sahélienne. Cette crise à un caractère sous-régional, qui ne peut aller qu’en s’amplifiant si des mesures urgentes à moyen et long terme ne sont pas prises.


Au vu de tous ces éléments, le Réseau Billital Maroobé interpelle solennellement les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres du CILSS, réunis à N’djamena du 24 au 25 Mars 2010 sur ces différents points :


Reconnaître la situation de crise qui prévaut dans le Sahel, ses risques d’extension au niveau ouest-africain et la nécessité d’y trouver des réponses régionales au plus tôt ;
Rendre disponible et accessible les informations sur l’évolution de la situation dans le Sahel et de reconnaître la situation de crise qui prévaut au Nord-Est du Mali, dans la région de Gao ;
Faciliter l’accès aux aliments de bétail, la mobilité du cheptel ainsi que la libre circulation des produits vivriers dans la région.


A l’endroit des autorités du Bénin et du Togo de lever la suspension temporaire de l’interdiction de la transhumance transfrontalière. Nous demandons aussi aux Chefs d’Etats de s’assurer que la réunion de Lomé du 30 Mars 2010, convoquée par le CILSS, soit une opportunité pour apporter des réponses techniques à une volonté politique clairement manifestée.


Finalement nous invitons les autorités concernées et particulièrement celle du Burkina, Niger, Bénin et Togo à prendre part au forum sous-régional sur la transhumance initié par le Réseau Billital Maroobé qui se tiendra du 14 au 16 Avril 2010 à Gogonou au Benin. Cette rencontre représente une occasion unique de conjuguer les efforts techniques et la volonté politique en vue d’apporter des solutions à la problématique de la transhumance afin de prévenir les conflits intercommunautaires qui risquent de mettre en péril la cohabitation pacifique entre les différentes communautés.


Fasozine
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