Vers un procès Tanja?

Les choses s’accélèrent du côté de Niamey. La junte militaire multiplie les interpellations des anciens dignitaires du régime de Mamadou Tandja. L’étau se resserre autour des fidèles de l’ancien président. Lui-même n’est pas encore inquiété. Mais, à l’allure où vont les choses, il risque de répondre tôt ou tard de sa gestion, qu’elle soit politique ou économique


Ils sont 17 aujourd’hui dans les mains de la police nigérienne. Les chefs d’inculpation ne sont pas encore précis, mais les militaires parlent déjà de menées subversives. En Afrique, derrière cette expression, se dissimule souvent la force publique pour mettre sous l’éteignoir des adversaires politiques.
On n’en est pas encore là, puisque les militaires annoncent que les personnes interpellées seront présentées au parquet et que tout se passera dans les règles de l’art. Il faut dire qu’autant la junte surveille les partisans de l’ancien régime, autant la communauté internationale la surveille. Ses faits et gestes sont passés au crible, malgré toutes les bonnes intentions qu’elle a affichées au lendemain du coup d’Etat qui a déposé le président Mamadou Tandja. Par pure stratégie, les putschistes ont laissé entendre qu’ils ne jugeraient pas l’ancien président. Une attitude qui a permis, il faut l’avouer, d’éviter la chasse aux sorcières que l’on a toujours redoutée immédiatement après de tels événements. Certains anciens dignitaires y ont peut-être vu une occasion d’organiser un contre-coup d’Etat.
On observe cependant que ce sont des personnalités civiles qui ont maille à partir avec la junte. Et cette rafle, à grande échelle de 600 jeunes, n’est pas faite pour apporter plus de sérénité à un processus de retour à l’ordre constitutionnel. Ces arrestations interviennent un mois après le coup d’Etat qui est désormais consommé et accepté par la communauté internationale. La junte a eu le temps de faire sa tournée d’explication dans la sous-région et en Europe. L’heure de la mise en œuvre de la transition vers le rétablissement des institutions démocratiques a sonné. Mais le Conseil militaire, peut-il raisonnablement réussir ce pari en faisant l’économie de la parenthèse Tandja ? La junte est-elle bien placée pour mener cette opération de nettoyage des écuries en plein Etat d’exception ?
Dans tous les cas, ces interpellations tous azimuts risquent d’aboutir à des procès politiques ou de détournements de deniers publics. N’oublions pas que le Niger est un grand pays minier dont les contrats d’exploitation de l’uranium et du pétrole ont fait l’objet de marchandages sous l’ère Tandja. Ces arrestations participent, d’une certaine façon, à la préparation des esprits sur les comptes que les artisans du Tazartché devront rendre au peuple. En attendant les premières inculpations, la junte risque d’ouvrir la boite de pandore de la justice qui risque à son tour d’éclipser l’urgence de sortir de cette transition militaire.

© Le Pays : Abdoulaye TAO
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