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Touaregs
« L’Aqmi a tout à gagner à un pourrissement de la situation au Nord-Mali ».
Pourquoi le Nord-Mali s’embrase-t-il ?
Cet embrasement renvoie à deux réalités. D’abord, pour une partie de la population touarègue du Nord-Mali, le Pacte National de 1992 et les accords d’Alger de 2006 n’ont pas été respectés. Ils ne se sont pas accompagnés de l’ensemble des mesures prévues. Dans ce contexte, le seul projet considéré comme viable est la sécession, encore que derrière ces revendications politiques, il ne faut pas oublier le rôle joué par l’opposition entre Afrique noire et Afrique blanche, l’argent des trafics et les luttes de pouvoir entre les acteurs locaux. Ensuite, le retour de combattants Touaregs de Libye et le pillage des entrepôts de Kadhafi a fourni des combattants et des armes aux opposants au régime de Bamako. En cela, les répercussions de la guerre en Libye ont joué un rôle de déclencheur.

Un rapport du gouvernement malien dénonce l’implication d’Aqmi dans le conflit. Quel est l’intérêt du groupe terroriste dans ce conflit ?
Aqmi a tout à gagner à un pourrissement de la situation au Nord-Mali. Le conflit ralentit les projets de renforcement de la sécurité en cours et, en s’affrontant, les troupes gouvernementales et les combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, ndlr) offrent aux groupes terroristes une plus grande liberté d’action. En 2010, l’État malien a lancé la première phase du PSPSDN (Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement dans le nord du Mali, ndlr), grand programme destiné à rétablir la présence sécuritaire et administrative de l’État dans plusieurs régions du Nord. Or celui-ci est aujourd’hui directement affecté par la reprise des combats même si ces derniers peuvent, in fine, en favoriser la mise en place en renforçant l’autorité de l’État contre les tendances sécessionnistes. Quant au MNLA, s’il annonçait originellement son intention de s’en prendre à Aqmi, sa direction a décidé de se concentrer d’abord sur la lutte contre les troupes gouvernementales.
Quel est l’impact du conflit sur la région (Sahel et Maghreb) ?
L’impact du conflit sur le Sahel est important. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont fui les régions des combats pour aller notamment dans des pays limitrophes: Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Algérie. Pour le Maghreb, les répercussions sont indirectes mais une dégradation de l’insécurité dans le Sahara impactera forcément sur les pays plus au Nord, qu’il s’agisse des trafics, du terrorisme ou encore des migrations.
Pourquoi les rebelles touaregs du MNLA refusent-ils la médiation d’Alger ?
Les rebelles touaregs du MNLA se considèrent comme trahis. Ils ont cru en les accords d’Alger de 2006 mais estiment que l’Algérie est directement responsable de leur faible application. Elle avait les moyens de pousser l’État malien à les appliquer, mais ne l’a pas fait. C’est pour cela que le MNLA souhaite une médiation de la part d’autres pays. Encore qu’il ne se détourne pas pour autant de l’Algérie, considérant qu’elle peut exercer une influence réelle auprès des autorités maliennes.
Ce conflit vient s’ajouter à la situation encore floue en Libye en matière de sécurité et fragilise la région. À votre avis, comment les gouvernements respectifs du Sahel et du Maghreb peuvent-ils rétablir la sécurité ?
La question est complexe. D’abord, les gouvernements du Sahel doivent poursuivre le renforcement de leurs capacités, aussi bien militaires que policières et administratives tout en luttant contre la corruption et les trafics qui gangrènent trop souvent l’action de l’État.  Ensuite, je suis convaincu que la sécurité au Mali passe par l’intégration des Touaregs dans l’État et un vrai processus de dialogue, qui pourrait peut-être s’inspirer de ce qu’ont fait les Nigériens, ainsi qu’une poursuite des efforts pour la réinsertion des migrants et le développement des régions sahélo-sahariennes. Enfin, au niveau régional, la lutte contre les groupes terroristes et les trafics doit être accentuée suivant deux directions: à court terme un approfondissement, et à moyen terme un élargissement.
Quelle est la marge de manœuvre de la communauté internationale en l’occurrence la France et les États-Unis qui sont engagés dans la lutte contre le terrorisme dans cette région ?
La marge de manœuvre est faible. Ces deux puissances ont tout à gagner à encourager la fin du conflit au Nord-Mali par un processus politique. Il n’est en effet pas dans leur intérêt d’accentuer les désordres dans la région. Deuxième élément, la France, les États-Unis, mais aussi d’autres pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, doivent poursuivre leur engagement en faveur du renforcement des capacités des États du Sahel. Les États sahéliens ont besoin de matériels, de formations ou d’expertise technique comme dans le domaine du renseignement. Mais dans le même temps, cette assistance doit s’accompagner d’un vrai suivi sur son usage. Il ne doit pas s’agir d’un blanc-seing.◆

Le soir-echos
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