MALI: Les organisations d’aide humanitaire doivent surmonter de nombreux obstacles

Pénurie de nourriture et de pâturages pour les communautés touarègues du nord du Mali (photo d’archives)
DAKAR, 19 février 2012 (IRIN) - Selon les organisations présentes sur le terrain, les travailleurs humanitaires sont confrontés à un triple défi dans le nord du Mali. Ils doivent faire face à une forte insécurité alimentaire et à une pénurie de pâturages en raison de la sécheresse, à un conflit entre les Touaregs et l’armée malienne et au déplacement de milliers de Touaregs qui en résulte.


Selon les estimations, environ trois millions de Maliens sont exposés à une forme grave d’insécurité alimentaire. Le pays fait partie des huit États du Sahel pouvant être affectés par l’insécurité alimentaire cette année en raison des faibles précipitations de 2011, de la hausse des prix des denrées alimentaires dans la région et de la vulnérabilité et la pauvreté chroniques.


« Selon toute attente, la crise sécuritaire actuelle risque d’aggraver l’insécurité alimentaire », a dit Timothy Bishop, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) Catholic Relief Services au Mali.


Dans son dernier document stratégique pour le Sahel, publié en février, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Afrique de l’Ouest estime qu’environ 10 millions de personnes seront en situation d’insécurité alimentaire cette année s’ils ne reçoivent pas rapidement de l’aide.


Parmi les sept régions concernées – Kayes, Koulikoro, Ségou, Mopti, Sikasso, Tombouctou et Gao –, les deux dernières ont été le théâtre d’affrontements entre le groupe touareg Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et l’armée malienne.


Les combats qui ont éclaté à Ménaka et dans les environs, dans la région de Gao, ont entraîné le déplacement de 26 000 personnes. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) compte 4 000 déplacés dans les villages autour d’Augelhoc, à 150 kilomètres au nord-est de Kidal, et des milliers d’autres sont attendus vers Tessalit, dans la même région, ainsi qu’à Léré et Niafunké, dans la région de Tombouctou.


Pendant ce temps, selon le HCR, environ 15 000 Maliens (chiffre qui reste à confirmer) ont fui vers le Niger, 13 000 vers la Mauritanie, et 8 000 vers le Burkina Faso.


Selon les organisations humanitaires, la plupart des personnes qui ont fui sont très mal en point et souffrent déjà d’insécurité alimentaire.


Accroître l’aide est « compliqué »



Le Mali en 2012
Vingt-deux pour cent des fermiers ou des bergers-agriculteurs ont obtenu une récolte « moyenne » en 2011. Les 78 pour cent restants n’ont pratiquement rien produit
Dans les régions touchées par l’insécurité alimentaire, le taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans atteint en moyenne 10,8 pour cent.
Le nombre de communautés touchées est passé de 150 à 190, selon les estimations du gouvernement du mois de janvier.
Dans l’ensemble du pays, les prix des céréales sont d’environ 50 à 60 pour cent supérieurs à la moyenne sur cinq ans.
Soixante pour cent des bergers sont déjà sur la route, ce qui est anormal pour cette période de l’année
Parmi les organisations humanitaires qui interviennent dans le nord du pays, on compte notamment l’UNICEF, le PAM, Africare, Save the Children, Catholic Relief Services, Islamic Relief et Action contre la faim (ACF).
Sur les 724 millions de dollars nécessaires selon les prévisions, les pays du Sahel n’ont obtenu, jusqu’à présent, que 140 millions.
Source: ministère malien de l’Agriculture, PAM, OCHA, FTS
Même si la plupart des organisations humanitaires continuent d’intervenir au nord du Mali, « il est difficile d’étendre [l’aide] en cas de guerre », a dit Mme Nancy Walters, représentante du Programme alimentaire mondial (PAM). Germain Mwehu, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Niamey a dit à IRIN que « la situation [était] très compliquée ».



L’ONG Médecins du Monde s’est récemment retirée de Kidal en raison de l’insécurité ambiante.



Le CICR est l’une des rares organisations à intervenir au nord du Mali et dispose d’annexes à Tombouctou, Kidal et Gao. « Nous avons déjà des programmes pour la crise alimentaire. Maintenant, nous avons aussi des déplacements en raison du conflit, ainsi que des déplacements de personnes victimes de la sécheresse », a dit M. Mwehu, avant d’ajouter que l’organisation négociait avec toutes les parties au conflit pour essayer de maintenir l’accès du personnel humanitaire.



La Croix-Rouge malienne a distribué des produits de première nécessité à des familles de déplacés.



Les zones dangereuses d’accès sont encore nombreuses dans le nord du pays. Les organisations humanitaires ont donc étudié la possibilité d’y établir des couloirs humanitaires, a dit Mme Walters. Mais aucune décision n’a encore été prise à cet effet.



Pendant plusieurs années, l’insécurité a contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) de passer par des partenaires comme le CICR et l’ONG Trans-Sahara pour intervenir dans le nord du Mali.



La dernière rébellion touarègue s’était terminée en 2008. Le Nord est également connu pour ses importants réseaux de crime organisé, qui se livrent au trafic de drogue, d’armes et d’autres produits de contrebande. Cette région est aussi devenue une plaque tournante pour Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI).



Selon des spécialistes de la sécurité, les opérations conjointes de l’armée malienne et mauritanienne contre AQMI en août 2011 ont augmenté le risque de conflit et de représailles dans le nord du Mali.



À cela s’ajoutent « d’énormes » contraintes logistiques, comme les longues distances à parcourir, la faible densité démographique et l’imprévisibilité des mouvements de population, a expliqué M. Mwehu.



« Ce qu’il faut, c’est une liaison aérienne entre Mopti, Kidal et Gao », a dit Mme Walters à IRIN.



Pénuries de céréales


Malgré toutes ces difficultés, certaines organisations commencent à multiplier leurs interventions humanitaires. Dans le cadre de son programme de nutrition, le PAM a lancé cette semaine une campagne de distribution et prévoit de multiplier par trois le nombre de bénéficiaires dans certaines zones à moyen terme.
 
D’autres organisations font leur apparition : Médecins Sans Frontières, qui avait renoncé par le passé à lancer des actions de santé et de nutrition dans le nord du pays, évalue actuellement les besoins à Tombouctou et Gao, a annoncé le responsable de l’ONG française au Niger et au Mali, Michel-Olivier Lacharité.


L’ONG Catholic Relief Services redouble d’efforts pour distribuer de la nourriture à 125 000 personnes dans la région de Mopti, mais, selon M. Bishop, cela ne permettra de répondre qu’à une petite partie des besoins des habitants. « Il n’y a aucun doute que les interventions de toutes les organisations humanitaires seront insuffisantes et que le gouvernement malien va devoir réagir davantage », a-t-il noté.


Le gouvernement, qui est généralement enclin à prendre des initiatives en matière d’alerte précoce et de réponse à l’insécurité alimentaire, a distribué 4 710 tonnes de nourriture à travers l’ensemble du pays au mois de décembre et a mis de côté des vivres supplémentaires pour répondre aux besoins alimentaires dans le nord du pays. Cependant, le Commissariat à la sécurité alimentaire a déclaré disposer de moins de 10 000 tonnes de nourriture, alors que les besoins s’élèvent à 40 000 tonnes.


Les travailleurs humanitaires craignent que les taux de malnutrition aiguë déjà élevés n’augmentent encore plus en l’absence de réponse imminente. Selon une évaluation menée par le PAM en décembre 2011, de nombreuses familles n’ont plus qu’une à deux semaines de réserves de céréales.


Le danger des messages contradictoires


Photo: OCHA
Mouvements de population liés au conflit en date du 8 février (photo d’archives) (visualiser la carte en grand format)


Quelques bailleurs de fonds se sont déjà manifestés, mais, selon le personnel humanitaire, les sommes réunies ne sont pas encore suffisantes pour mettre en œuvre une intervention à grande échelle.



D’après M. Bishop, les bailleurs de fonds ont mis longtemps à s’intéresser au Mali en raison de messages d’alerte précoce contradictoires. Tandis que certaines organisations tiraient la sonnette d’alarme en décembre 2011, d’autres estimaient que les récoltes pouvaient être suffisantes pour répondre aux besoins des régions en situation d’insécurité alimentaire. Ce n’est qu’à la mi-janvier que des messages cohérents concernant l’ampleur de la crise ont été diffusés.



Selon M. Bishop, ce n’est qu’avec l’aggravation de la crise liée à l’insécurité et aux déplacements de population que les gens ont commencé à réaliser que le risque était désormais aussi important au Mali qu’au Niger ou en Mauritanie.

L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a dégagé 7,6 millions de dollars et prévoit d’en accorder davantage au cours des prochaines semaines, dès qu’il apparaîtra plus clairement quels montants doivent être attribués aux différents pays du Sahel. Le PAM confirme disposer de 3,5 millions de dollars pour les besoins humanitaires immédiats et en attend 5 millions de plus dans les jours qui viennent. Selon Mme Walters, les besoins s’élèvent à 48 millions de dollars. « Ces financements nous permettent d’avancer un peu », a-t-elle dit à IRIN.

Le gouvernement suédois a alloué 328 000 dollars aux besoins humanitaires et le CICR et les organismes des Nations Unies vont probablement bientôt lancer des appels aux dons. 
IRIN
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