Violence dans le pays : Le cri de cœur d’un Malien

De toutes les réactions entendues au cours des agressions contre des personnes et leurs biens dans le cadre des protestations des femmes militaires de Kati suite aux barbaries enregistrées au sein de l’Armée dans le Nord suite aux attaques des rebelles, la plus symptomatique est certainement celle de ce Malien désemparé et ulcéré après avoir constaté que la clinique et la pharmacie de son frère ont été saccagées lors de ces mouvements.


Ces actes ont d’ailleurs jeté le froid dans le dos de plus d’un membre de la communauté de ce compatriote malien.

« Notre pharmacie et notre clinique (en face du prytanée militaire de Kati) viennent d’être saccagées et brûlées, ainsi que le domicile privé de mon jeune frère, le Dr Elmehdy Ag Hamahdy. Ce n’est que la face visible de l’iceberg. On aurait dit que je suis sur la liste des cadres qu’on doit exécuter. Je suis Malien et je ne bougerai pas ! Si mon sacrifice doit sauver le Mali, j’offre ma vie ! ». C’est par ces mots poignants que ce compatriote malien a laissé un message sur notre site pour qualifier l’attaque contre les biens de sa famille « d’acte de vandalisme ». Il reproche aux manifestants « une approche exclusivement ethnophobe et xénophobe », un jeu « tribu contre tribu ». Il les accuse aussi de venir occuper « le créneau » que les autorités maliennes avaient, selon lui, investi « avec une énergie sans pareille » : la lutte contre « les rebelles de l’Azawad » dans le Nord Mali.

Le cri du cœur de ce Malien est aussi un cri de détresse. Il est l’un des Nordistes qui a toujours livré une opposition farouche contre cette rébellion dans le Nord. Dans la proposition des accords signés récemment, il y avait tous les ingrédients d’un futur succès face à la crise dans le Septentrion : entre autres, le dépassement du clivage sudiste-nordiste avec force références aux tribus du Nord et à l’Azawad, la « moralisation » du tribalisme.

Quelques jours plus tard, jour pour jour, les femmes militaires de Kati ont mis les deux édifices à feu et en pièces avant que leurs homologues de Bamako ne leur emboîtent le pas. Elles ont retracé une ligne de conduite à suivre par les autorités maliennes dans cette rébellion au Nord. Cs derniers jours, elles se sont appropriées un slogan et lancé une vigoureuse « chasse à l’ethnie blanche » du Nord-Mali à Kati puis à Bamako. Et pour toute riposte, ces mots un brin désespérés de ce compatriote malien : « En quoi ces femmes militaires auraient-elles plus d’énergie, plus de courage et plus de volonté que les autorités maliennes sur cette rébellion ? ».

Depuis l’attaque des biens de sa famille à Kati, ce compatriote malien ne cesse de déplorer ces agressions à l’endroit des membres de sa communauté. Vis-à-vis des femmes militaires, il a des mots durs : « ces honnêtes femmes qui eurent le malheur de se trouver confrontées à des événements qui les dépassaient ». Mais il les compare aussi à des vandales, et il les « croque » en « badauds du 26 mars 1991 qui ont mis à bas les investissements au Mali».

Le Mali, une terre de paix

Tout compte fait, les Maliens doivent convenir que le Mali est le berceau d’une brillante civilisation. Terre d’hospitalité légendaire, le Mali, depuis les vieilles civilisations, est un pays qui accepte l’autre dans toutes ses différences. Le Mali est également un grand pays de par son histoire, sa culture et son étendue géographique. Le charme et l’authenticité de ses sites touristiques et la richesse de sa diversité ethnique lui sont reconnus au-delà de ses frontières. Célèbre pour ses coutumes hospitalières, le Mali a bâti sa jeune démocratie sur un modèle de bonne gouvernance, avec comme ambition d’impulser une croissance économique forte et soutenue qui favorisera le développement social du pays. Pour cette raison, les investissements privés doivent être soutenus et encouragés.

Les femmes des militaires de Kati doivent comprendre cette « maxime », devraient « mettre de l’eau dans leur vin » et comprendre que la pharmacie et la clinique qu’abrite leur localité s’inscrit en droite ligne de leurs intérêts, surtout que ce s deux centres sanitaires accueille généralement les patients de Kati et ses environs. Par ailleurs, depuis la lutte pour l’émancipation de notre pays et la proclamation de l’indépendance nationale en 1960, presque tous les grands événements que notre pays a vécus ont été des épreuves douloureuses, souvent sources d’exclusions systématiques d’une importante partie de Soudanais, puis de Maliens, au lieu de constituer un élément d’union face à un destin commun.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, le principal souhait des femmes militaires et des Maliens en général doit être de réconcilier le pays avec ses cinquante ans d’histoire politique tumultueuse et émaillée de luttes fratricides, voire de querelles personnelles, avec son triste lot de douleurs, d’exclusions, de tragédies, d’intolérance et de déficit de consensus qui pourtant constituent assurément l’une des caractéristiques marquantes des valeurs traditionnelles de notre société. Bien plus, la vision du peuple de l’avenir du Mali, qui doit être partagée avec tous les Maliens, devra être celle d’un pays réconcilié avec lui-même, uni et démocratique, fièrement enraciné dans sa riche culture millénaire, celle d’une société en bonne santé physique et morale, vivant en parfaite intelligence avec son peuple, ses voisins, une société productive et solidaire résolument tournée vers le progrès et la paix et ouverte sur l’Afrique et le monde. La consolidation de la démocratie et le renforcement de la cohésion sociale doivent être au cœur de nos préoccupations. L’assise de notre démocratie, qui est le multipartisme intégral, est l’expression de l’option délibérée des Maliens en faveur de la diversité des opinions politiques, une diversité ancrée dans nos valeurs traditionnelles.

Quelles que soient les circonstances, tous les Maliens doivent s’engager à créer une nouvelle dynamique de revitalisation du processus démocratique afin d’instaurer durablement un climat politique serein, et une organisation d’élections crédibles qui seules peuvent permettre à notre pays de renforcer sa stabilité et assurer un développement économique, social et humain viable. Et l’ambition de chacun pour le Mali doit surtout permettre d’écrire une nouvelle page de l’histoire politique du Mali tout en veillant au renforcement de la paix et de la sécurité sur toute l’étendue du territoire et singulièrement, dans la partie Nord du pays et ce, au profit de toutes les populations.

Tout au long de son histoire, le Mali a été une terre d’accueil, d’hospitalité, de rencontres, un véritable carrefour de civilisations. Son identité est le fruit d’un important brassage des populations. Et chaque fois que la nécessité se fera sentir, les Maliens doivent continuer, comme par le passé, à s’investir dans la prévention et, au besoin, dans la gestion et le règlement des conflits à travers notre continent. En clair, le Mali reste un pays de tradition, de paix et d’hospitalité, conscient de la qualité de ses ressources humaines, de ses richesses naturelles, du savoir-faire de ses populations et de sa culture du travail bien fait. Il est tout aussi conscient des défis et enjeux que lui impose sa situation de pays africain au Sud du Sahara, enclavé et soumis à un environnement géographique et climatique difficile. C’est pourquoi les Maliens doivent ouvrir pour le Mali les horizons d’un futur prospère, stable, juste et dont nos dignes ancêtres seraient fiers. C’est à ce prix que le Mali gagne et gagnera davantage.

Jean Pierre James, « Combat », 4 février
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