Au Mali, AQMI garde sa force de nuisance malgré ses revers


LE MONDE | 04.03.2013 - Isabelle Mandraud

Si la mort d’un ou de deux chefs aussi emblématiques que Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar venait à être confirmée, quelles conséquences cela aurait-il sur Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ? Depuis le 18 février, date du début de l’offensive commune des forces armées françaises et tchadiennes contre le territoire refuge des djihadistes, une zone bien précise au sein du massif des Ifoghas située au nord-est du Mali grande comme le département du Val-d’Oise, l’organisation subit de lourdes pertes. Mais AQMI et ses affidés n’en demeurent pas moins une force capable de nuire.

Implantés depuis plus de dix ans dans cette région, les groupes armés en connaissent le moindre recoin. Ils y ont constitué, au fil des années, de nombreuses caches d’armes, de nourriture et d’essence. « Nous découvrons littéralement une organisation industrielle du terrorisme », a affirmé, lundi 4 mars sur Europe 1, le chef d’état-major Français, Edouard Guillaud, en citant « plus d’une cinquantaine de caches dans des maisons, des hangars, ou des grottes » et « plus d’une dizaine d’ateliers de fabrication, y compris de bombes ».
La dispersion des arsenaux libyens, après la chute de Mouammar Kadhafi, a d’autant plus bénéficié à AQMI et ses affidés qu’ils disposaient de moyens financiers importants avec le paiement des rançons contre la libération d’otages enlevés méthodiquement depuis 2003. Un trésor de guerre enrichi par le trafic et estimé en France, comme en Algérie, à près de 150 millions d’euros.
AQMI S’EST FRAGMENTÉE EN PLUSIEURS ENTITÉS
Depuis la déclaration unilatérale de l’indépendance du nord du Mali, l’Azawad, le 6 avril 2012, par les Touareg indépendantistes, les djihadistes n’ont pas cessé d’étendre leur influence. Pour des raisons autant stratégiques que d’opportunisme, AQMI s’est fragmentée en plusieurs entités. En moins de trois ans, de multiples organisations, sous-groupes, ou katibas (unités de combattants), ont vu le jour. C’est ainsi que sont apparus successivement sur la scène le Mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique, actif depuis 2009, le Mouvement pour l’unicité pour le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), créé en 2011 – tout comme le groupe Ansar Eddine dirigé par le touareg Iyad ag Ghali, dont la tribu est originaire des Ifoghas –, ou la dernière-née des katibas annoncée en 2012 par Mokhtar Belmokhtar, la « Brigade des signataires par le sang » à l’origine de la prise d’otages sanglante sur le site gazier de Tigantourine en Algérie le 16 janvier.
Tous ces groupes, qui combattent ensemble, sont issus ou directement liés à AQMI. Ils ont abouti à l’arrivée d’une nouvelle génération de chefs plus seulement algériens d’origine, ce qui leur a permis, aussi, d’être plus mobiles, et de recruter plus largement dans toute l a région. Moins médiatiques qu’Abou Zeid ou Mokhtar Belmokhtar, ces chefs sont parfois apparus devant des caméras, tel Omar Ould Hamaha, reconnaissable à sa barbe rousse d’abord présenté comme un responsable d’Ansar Eddine, puis du Mujao…
Surtout, les djihadistes, dont le nombre était évalué jusqu’ici à quelques centaines, hors complicités locales, ont reçu des renforts. Récemment, les services de renseignement français relevaient, parmi les combattants morts, souvent très jeunes, un grand nombre de passeports tunisiens, mauritaniens, libyens…
Le même constat avait été établi par les autorités algériennes après l’attaque meurtrière menée contre le site de Tigantourine. Sur les 32 assaillants (29 tués), onze d’entre eux étaient, aux dires d’Alger, des Tunisiens. Faisaient également partie du commando décrit comme une « multinationale djihadiste », des Algériens, des Egyptiens, des Maliens, des Nigériens, un Mauritanien… Il y a peu, un officiel Malien confiait au Monde son étonnement à propos de la présence de deux Tunisiens à Tombouctou avant l’intervention militaire française, dont l’un était chargé de garder le stock d’armes…
LA MORT D’ABOU ZEID « EST PROBABLE, MAIS CE N’EST QUE PROBABLE »
Enfin, malgré la relative autonomie dont disposent les brigades à multiples facettes du Sud, AQMI reste une organisation centralisée. Cette dernière a déjà subi de sérieux revers, notamment avec l’arrestation en décembre 2012 par les forces de sécurité algériennes, d’Abou Mohamed Salah, le vrai communicant, la « voix » d’AQMI, qui revendiquait et authentifiait toutes les actions commises en son nom.
Mais le vrai chef de l’organisation, l’Algérien Abdelamalek Droukdel est bien vivant. Certes installé à des milliers de kilomètres, dans le nord de l’Algérie, au coeur du maquis de Kabylie, il n’en reste pas moins l’émir d’AQMI. Révélée par Libération et RFI, la découverte, dans les décombres de Tombouctou, d’une feuille de route datée du 20 juillet 2012, dans laquelle il prodiguait des « conseils », le prouve.
Dans la zone du Sahara, son numéro deux, l’Algérien Yahyia Abou El Hammam, de son vrai nom Jemal Oukacha, se fait discret. Mais l’amiral Guillaud a confirmé sa présence, lundi matin, sur le terrain. « Il y a en au moins un, celui qu’on appelle l’émir du Grand Sahara, et d’autres qui sont les patrons de la logistique », a-t-il assuré. Abou Zeid s’y trouvait aussi. Sa mort « est probable, mais ce n’est que probable », a déclaré le chef d’état-major. Aucune preuve de la présence sur place de Mokhtar Belmohktar, en revanche, n’a pu être fournie.

Isabelle Mandraud,http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2013/03/04/au-mali-aqmi-garde-sa-force-de-nuisance-malgre-ses-revers_1842329_3212.html

Un 3e soldat français tué
Un troisième soldat français, le caporal Cédric Charenton, 26 ans, du 1er régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers (Ariège), est mort au Mali, samedi 2 mars, dans la vallée d’Ametettaï, au cœur du massif des Ifoghas. L’offensive lancée le 18 février dans cette région sanctuaire, où se concentrent des terroristes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et des éléments du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), mobilise de gros moyens (800 Tchadiens sur le flanc est de l’adrar de Tigharghâr, 1 200 Français à l’ouest) et n’est pas achevée.Lundi, l’état-major indiquait que les forces françaises et tchadiennes avaient fait jonction. Le Tchad a perdu 26 hommes. L’opération a causé la mort d’environ 200 djihadistes parmi lesquels de jeunes Libyens, Mauritaniens, Tunisiens et Algériens. Des armes et des explosifs en grande quantité ont été neutralisés, du matériel informatique récupéré.



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