Des émirs et des drones

Les succès enregistrés par la France dans la lutte contre les djihadistes au nord du Mali pèchent encore par leurs imprécisions et leur rareté. A l’armée tchadienne qui essuie le plus gros des pertes depuis le début des opérations, les Français laissent la primeur des annonces médiatiques – Abou Zeid, puis Belmokhtar – sans confirmer ni infirmer. Il est pourtant clair que ces résultats sont la conséquence d’une forte mise à contribution des drones américains qui permettent une collecte d’informations cruciales en temps réel sur le théâtre des opérations.


Il n’y a donc pas que l’aviation française dans la région, les drones américains sont très présents. Les Américains (voir le Quotidien d’Oran) auraient, selon le New York Time, suggéré que leurs drones puissent survoler la zone frontalière et partager les informations recueillies avec l’Algérie. Certains se demandent d’ailleurs si ce n’est pas déjà le cas sur le terrain même si Alger s’abstient de le proclamer publiquement. L’affaire de Tiguentourine aurait-elle vaincu les réticences à s’impliquer directement dans la guerre ? Il y aura nécessairement beaucoup de questions sur l’attitude de l’Algérie, certains allant, déjà, jusqu’à voir dans les succès permis par les drones une «preuve» qu’Alger aurait gagné à s’engager «franchement» du côté des Occidentaux. Les Américains ont officialisé la création d’une base américaine de drones de surveillance au Niger traduisant une implication plus forte dans la zone et un peu partout en Afrique sous la forme de petites bases destinées essentiellement à la lutte contre le terrorisme. La région du Sahel est désormais incluse dans la «global war» qui reste de mise sous la gouvernance d’Obama qui aura d’ailleurs fait des drones un moyen d’action essentiel.
Les pertes, importantes, enregistrées actuellement par les djihadistes ne signifient pas que les choses vont être stabilisées. La chute de deux chefs terroristes est importante, elle n’est pas décisive. Ils seront probablement plus rapidement remplacés que d’habitude en raison justement de la pression que les groupes armés subissent. Mais la partie est loin d’être terminée. Et il est clair que la stabilisation de la zone implique un engagement prolongé que les responsables français, officiellement, ne souhaitent pas. D’où le discours récurrent sur le besoin de passer le relais aux forces africaines. Mais il est probable que les choses ne seront pas aussi simples.
La supériorité technique des Américains et des Français va probablement contraindre les groupes armés à l’inaction et à réduire leur communication au maximum. Mais il faudra attendre dans la durée pour voir les résultats de cette guerre. On ne sait pas non plus comment évoluera le facteur «touareg». Le MNLA affirme qu’une partie de ses éléments qui l’ont quitté pour Ansar Eddine l’ont rejoint et auraient abandonné Iyad Ag Ghaly… alors que déjà une dissidence s’était annoncée à Kidal par le fait de notables… En théorie, seule une fraction de fidèles à Iyad Ag Ghaly est engagée au côté des djihadistes. Combien sont-ils ? Personne n’est en mesure de le dire. Ceux qui l’auraient quitté se sont mis en sûreté et en position d’attente. C’est le second facteur d’incertitude. A Bamako, on ne semble pas prêts à des concessions politiques en direction des Touaregs. Même le MNLA n’est pas considéré comme un interlocuteur. Quand on sait que l’instabilité endémique du nord du Mali vient du sentiment des populations du Nord d’être délaissées… il est difficile de conclure que les choses sont réglées.

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5180005
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