L’avenir politique du Mali incertain, doutes sur des élections en juillet

AFP-Liberation-9 mars 2013 à 13:15

Des soldats maliens patrouillent le 22 février 2013 dans la ville de Gao, au nordL’avenir politique du Mali, dirigé par un pouvoir de transition depuis près d’un an, reste incertain malgré la promesse d’élections en juillet, un objectif qui semble difficile à atteindre, le nord du pays occupé en 2012 par des islamistes restant encore en partie à sécuriser.
«Il y a une demande nationale et internationale d’élections le plus rapidement possible pour remplacer un régime de transition pas très efficace, car une vraie sortie de crise ne peut être conduite que par un pouvoir légitime», observe Gilles Yabi, chargé de l’Afrique de l’Ouest à International Crisis Group (ICG).
Des soldats maliens patrouillent le 22 février 2013 dans la ville de Gao, au nord (Photo Joel Saget. AFP)
Mais «juillet, c’est très optimiste, très difficile à tenir et pas souhaitable» vu l’ampleur des défis, explique-t-il à l’AFP.
Le régime à Bamako, dirigé par un président intérimaire, Dioncounda Traoré, a été mis en place en avril 2012 après le retrait du pouvoir de militaires putschistes qui avaient renversé le 22 mars le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré, mais qui ont longtemps gardé une forte influence dans la capitale malienne.
Des élections générales devaient se tenir dans un délai d’un an après la mise en place de la transition. Mais la situation a été totalement bouleversée par la prise de contrôle progressive, dès avril 2012, du nord du pays par des groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda, une conquête précipitée par le putsch du 22 mars.
Ces groupes ont en grande partie été chassés du Nord grâce à une intervention militaire de la France, en appui à l’armée malienne, et d’autres armées africaines: ces forces ont, à partir du 11 janvier, repris les grandes villes de la région, Gao, Tombouctou et Kidal, mais des poches de résistance demeurent.
Avec le succès de cette opération, Dioncounda Traoré et son Premier ministre Diango Cissoko, pressés par leurs partenaires internationaux, expriment à l’envi leur intention d’organiser présidentielle et législatives en juillet.
A l’issue d’une rencontre vendredi à Bamako avec Dioncounda Traoré, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est déclaré «frappé par la volonté» du président malien «d’aboutir à des élections» dans ce délai.
«Réconciliation» nécessaire
Cependant, selon Gilles Yabi, «il faut trois mois supplémentaires». Car s’il estime que, «techniquement», le fichier électoral «peut être prêt pour juillet», les «conditions psychologiques et un état d’esprit favorables à une campagne électorale» ne sont pas réunis. «La sécurité n’est pas assurée dans beaucoup de localités du Nord libérées», affirme-t-il.
Et d’énumérer les tensions entre communautés du Nord, en particulier entre Noirs d’un côté, Touareg et Arabes de l’autre, souvent assimilés aux islamistes, l’absence des services de l’Etat, les quelque 400.000 réfugiés et déplacés qui ont fui la région et ne sont toujours pas rentrés.
Les députés maliens ont voté fin janvier une «feuille de route» pour l’après-guerre qui, en plus d’appeler à des élections rapides, prône une discussion avec certains groupes armés du Nord dans le cadre de la «réconciliation nationale».
Mercredi, une Commission dialogue et réconciliation, longtemps annoncée, a enfin été créée. Reste à l’installer effectivement.
Pour Jean-Yves Moisseron, chercheur à l’Institut pour la recherche et le développement (IRD), «la France a envie de presser le mouvement pour se désengager et sortir la tête haute».
Or, «ce serait une erreur de précipiter le mouvement pour avoir une apparence de démocratie sans que les problèmes politiques soient réglés. Il faut beaucoup plus de temps pour permettre aux forces politiques de se réorganiser avec un leadership et un programme qui rendent des compromis possibles», dit-il.
Ces compromis sont indispensables à la réconciliation, tout spécialement avec la communauté touareg qui s’estime marginalisée depuis des décennies par l’Etat malien. Une rébellion touareg laïque, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), a été en partie à l’origine de l’occupation du Nord par les islamistes, ce qui lui vaut une forte hostilité d’une partie de la population.
Il y a deux conditions pour que les élections puissent avoir lieu, avance Jean-Yves Moisseron: «une situation sous contrôle dans les grandes villes du Nord» et «une vraie intégration du MNLA dans les discussions, avec la volonté d’aboutir à un accord politique».

http://www.liberation.fr/monde/2013/03/09/l-avenir-politique-du-mali-incertain-doutes-sur-des-elections-en-juillet_887420
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