Mali : L'Union européenne, à son tour, nomme un « Monsieur Sahel ».



Ils devraient fonder un club. Celui des « Monsieur Sahel ». ONU, UA, OCI, etc., ils sont une flopée à avoir pour job de représenter des organisations internationales « pour la région du Sahel ». Et de définir une « stratégie globale » de sortie de crise. Ce qui relève quand même de la mission impossible dès lors que les stratégies concoctées à Bamako, Ouagadougou, Addis Abeba, Yamoussoukro, New York, Paris, Bruxelles… n’ont pas porté leurs fruits.
Les Français font la guerre dans l’extrême Nord du Mali avec la participation effective des Tchadiens. Les Maliens se bousculent déjà pour être candidats à une présidentielle qu’ils n’ont pas été foutus d’organiser en temps de paix et on imagine mal qu’ils puissent en être capables, seuls, avec compétence et transparence, en période de post-conflit (si tant est que ce conflit s’achève un jour). Partout ailleurs, en Afrique de l’Ouest, chacun est retourné à ses petites occupations dès lors que Paris et N’Djamena – qui, eux, savent faire la guerre – sont sur le terrain.
L’Union européenne, à son tour, vient de nommer son « représentant spécial pour la région du Sahel ». Appelé à jouer « un rôle clé dans la mise en œuvre de la politique globale de l’UE au Sahel, par la stratégie de l’UE pour la sécurité et le développement et en liaison avec nos partenaires internationaux », a précisé Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l’UE (si, si, c’est un boulot à temps complet à Bruxelles pour lequel il y a quelqu’un qui touche même une bonne paye à la fin du mois). Qui a ajouté ce point de vue particulièrement pertinent : « Il est d’une importance cruciale que le Mali et le Sahel dans son ensemble puissent retrouver la paix, la sécurité et le développement ». Ce « Monsieur Sahel » est Michel Reveyrand*, bientôt 63 ans (il est né le 12 juin 1950), diplômé de l’IEP-Paris, titulaire d’un DEA d’économie appliquée (Paris-Dauphine), d’une maîtrise de philosophie (Paris I), d’un DEA d’études politiques (IEP-Paris), agrégé de sciences économiques. Reveyrand a servi à l’éducation nationale de 1976 à 1984 avant de rejoindre l’ENA (promotion « Fernand Braudel »).
A sa sortie de l’Ecole, le 1er juin 1987, administrateur civil, il a rejoint le ministère de la Coopération et du Développement. Sous-directeur du budget et du contrôle (1987-1989), adjoint au chef du département des concours financiers (1989-1990), il sera conseiller technique au cabinet du ministre de la Coopération et du Développement, Jacques Pelletier d’abord, Edwige Avice ensuite (décembre 1990-octobre 1991). Il intégrera le cabinet de Roland Dumas, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, comme conseiller technique (1991-1992). Il sera ensuite affecté à la direction du Trésor du ministère de l’Economie et des Finances comme adjoint au chef du bureau « collectivités décentralisées et grands équipements publics » (juillet 1992- janvier 1993) puis du bureau « logements et réseaux de collecte » (janvier 1993-juillet 1994). Il est alors promu, au sein du Crédit local de France/groupe DEXIA, directeur des projets et des financements spécialisés et, parallèlement, chargé de mission, responsable du secteur communication (1994-1995), puis directeur d’études au département international et des financements structurés (1995-1996) et, enfin, directeur régional pour la Haute-Normandie (1996-1997). Il réintègre le secrétariat d’Etat à la Coopération puis le ministère des Affaires étrangères (où officie Hubert Védrine) en tant que délégué dans les fonctions de chef de service puis chef de service de la coordination géographique et des études (1997-2000).
Il sera détaché à nouveau à la direction du Trésor en qualité de conseiller financier pour l’Afrique, en charge de l’Afrique centrale et orientale puis de l’Afrique de l’Ouest, australe et océan Indien (2000-2005). Dans le même temps, il sera président du groupe de travail du CAD/OCDE en charge de mesurer l’efficacité de l’aide au développement. C’est alors qu’il sera nommé ambassadeur au Mali (15 juin 2006-mars 2011) puis au Tchad (mars 2011-avril 2013).
Reveyrand avait été nommé à Bamako alors que le Mali d’Amadou Toumani Touré était encore l’enfant chéri des socialistes français qui y voyaient un modèle de démocratie. Les choses, rapidement, se sont gâtées et Bamako va être présenté, dès lors, comme le maillon faible de la lutte contre AQMI. Paris sera d’autant exaspéré qu’ATT refusera de signés les « accords de réadmission » voulus pour la France et considérés comme la pierre d’angle de sa politique de contrôle de l’immigration africaine (mise en œuvre par le ministre, ex-socialiste, Eric Besson). Il y aura la négociation pour la libération de Pierre Camatte, la mort de Michel Germaneau, de Vincent Delory et d’Antoine de Léocour, les séquestrations sur le territoire malien des cinq otages français enlevés au Niger sur le site d’AREVA, « l’attaque » de l’ambassade par un ressortissant tunisien… et les injonctions de Paris : le Mali devenait une destination déconseillée aux touristes français !
Reveyrand était depuis de longues années à Bamako. Mais on parlera d’un « départ précipité » de l’ambassadeur de France qui n’aurait pas été « sur la même longueur d’onde que le Quai d’Orsay » en ce qui concernait l’insécurité au Mali. En février 2010, en pleine « affaire Camatte » Reveyrand avait pourtant averti : « Si le Mali ne commence pas à se montrer sérieux [en matière de lutte contre le terrorisme], les grands bailleurs de fonds internationaux devraient le menacer de couper leur aide ». Ce qui est certain, c’est que Reveyrand a un CV d’expert financier façon « coopération » et de « bon élève ». Son successeur à Bamako, Christian Rouyer, nommé le mercredi 20 janvier 2011 (cf. LDD Mali 008/Mercredi 26 janvier 2011), est bien plus un homme de terrain (il est le fils d’un officier général), bien formé certes, mais tout autant « préfectorale » (où il passé cinq ans après avoir été affecté au ministère de l’Intérieur) que « diplomatie ».
Le lundi 21 mars 2011, Reveyrand débarquera à N’Djamena. Il vient d’être nommé ambassadeur au Tchad. Idriss Déby Itno, que l’on pensait, quelques années auparavant, sur le point de succomber aux « rébellions » venus de l’Est du pays, a repris, grâce à Paris, le contrôle de la situation. Reveyrand va pouvoir contribuer à remettre de l’ordre dans les comptes de la République du Tchad alors que la guerre est finie. Sans jamais penser que deux ans plus tard, le Tchad serait en première ligne aux côtés de la France dans la guerre menée au Mali contre d’autres rébellions. Voilà donc Reveyrand, qui connait le Mali et sa classe politique mais aussi le Tchad, nommé « Monsieur Sahel » de l’UE, ce qui n’est pas le plus mauvais choix même si le profil de ce diplomate est plus « Agence française de développement » (un job pour lequel son nom a d’ailleurs été prononcé) que « Commandement des opérations spéciales ».
Ajoutons qu’il est, depuis le 4 septembre 1989, l’époux de Marisol Touraine, une superdiplômée elle aussi, députée PS, présidente de conseil général, ministre des Affaires sociales et de la Santé dans le gouvernement Ayrault, une « strauss-kahnienne » qui a viré au « hollandisme » après les pérégrinations hôtelières de DSK. Autant dire que l’Elysée n’est pas inaccessible à Reveyrand.
C’est, dit-on, parce que sa femme était active sur le terrain politique et qu’il fallait quelqu’un pour s’occuper des enfants (trois), que Reveyrand a choisi une carrière diplomatique parisienne. D’ailleurs, Marisol Touraine (fille du remarquable sociologue qu’est Alain Touraine) n’est jamais apparue au Mali et au Tchad dans le sillage de son ambassadeur de mari.
* Michel Reveyrand se fait désormais appeler « Michel Reveyrand de Menthon » sans que cette démarche n’ait jamais été, publiquement, justifiée. Démarche étonnante de la part d’un haut fonctionnaire de sensibilité « socialiste », époux d’une élue et ministre « socialiste ». D’autant plus étonnante qu’il existe une vieille famille française de Menthon qui compte en son sein quelques comtes, des hommes et des femmes d’affaires bien sûr, des députés, un ancien ministre de Charles De Gaulle et même des diplomates et un ambassadeur.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique
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