MALI. Pourquoi les Français sont encore là pour longtemps

MALI. Pourquoi les Français sont encore là pour longtemps:
Nouvel Observateur - 

Prévue en juillet, la relève de l’opération de maintien de la paix de l’ONU au Mali ne signifie pas pour autant le retrait total des troupes françaises.
Pas une semaine ne se passe désormais, sans qu’un membre du gouvernement ou que le président lui-même ne se félicite de la réussite de l’opération Serval au Mali et n’annonce que les soldats français – 4.000 hommes au total – vont commencer à rentrer dans très peu de temps.
Dernières annonces en date : le Premier ministre Jean-Marc Ayrault assure que le retrait débutera « à partir de la fin du mois d’avril » (il avait été annoncé en mars, puis mi-avril). François Hollande, est allé jusqu’à garantir le retour de la « souveraineté » du Mali sur la « quasi-totalité du territoire [...] dans quelques jours ».
Un soldat français du 92e régiment d'infanterie en patrouille dans la ville malienne d'Amakouladji, à une quarantaine de kilomètres de Gao, le 10 mars 2013. (AFP PHOTO / JOHN MACDOUGALL)
Un soldat français du 92e régiment d’infanterie en patrouille dans la ville malienne d’Amakouladji, à une quarantaine de kilomètres de Gao, le 10 mars 2013. (AFP PHOTO / JOHN MACDOUGALL)

« Aussi longtemps que nécessaire »

La crainte d’un enlisement, exprimée par de nombreux acteurs, pousse tous les jours un peu plus les responsables politiques à donner une idée un peu plus précise d’un calendrier de retrait. Les troupes africaines de la Misma (Mission internationale de stabilisation du Mali) doivent prendre le relais petit à petit, avant qu’une force onusienne ne soit déployée pour le début de l’été selon les souhaits de Paris.
Mais un passage de flambeau ne signifie pas pour autant le retrait total des troupes françaises. Au lendemain du début de l’opération terrestre française, François Hollande avait prévenu : la France restera au Mali aussi « longtemps que nécessaire ». Compte tenu de la réalité du terrain, il y a de grandes chances que la France continue de jouer un rôle de premier plan.

Surveiller les prochaines élections et garder une force d’intervention rapide

La mission que s’est donnée Paris est de « libérer l’ensemble du territoire malien ». Paris est tenu par cet engagement public et se sent responsable de la sécurité et du bon déroulement des opérations de relève. Pas question donc de partir à la sauvette. La situation sur le terrain est complexe et le retrait, même partiel, dépendra de l’avancée réelle des opérations. Et tout peut évoluer. Si les principales bases des djihadistes pourraient rapidement être détruites, des poches résiduelles de résistance peuvent constituer une menace non négligeable.
Dans l’hypothèse où la France remportait une victoire sur les combattants, et qu’une partie des troupes françaises se retirent, une autre restera sans doute bien plus longtemps.
D’abord, parce que si l’élection présidentielle malienne a lieu en juillet, comme le souhaite la France, il faudra veiller à ce qu’elle se déroule dans de bonnes conditions de sécurité.
Ensuite, Paris doit garder une capacité d’intervention rapide au cas où les troupes africaines se trouveraient en difficulté face à des djihadistes qui seraient tentés de reconstituer leurs forces une fois les troupes françaises réduites.
Si Paris estime que l’armée française, aidée des soldats tchadiens, a réussi à neutraliser la colonne vertébrale du commandement d’Aqmi qui agit au Sahel, les risques d’attentats sont bien réels, et l’attaque, jeudi 21 mars à Tombouctou de la zone autour de l’aéroport par une dizaine de djihadistes est venu le rappeler.
Cette menace suppose que la France maintienne des bases sur le territoire malien ou prépositionne des unités dans la région, comme en Côte d’Ivoire. La France est intervenue au Tchad en 1969, et de mission Manta en opération Epervier, elle y est encore… Aussi la présence d’une force aérienne pour appuyer des troupes au sol et des forces spéciales pourrait être acquise.
« François Hollande tiendra probablement son engagement. Mais quand il dit qu’il retirera des troupes, il parle des troupes qui ne seront plus utiles, explique Vincent Desportes au « Nouvel Observateur ». Je pense, en particulier aux troupes lourdes, dont la projection a été déclenchée alors que nous étions au cœur de la première bataille, alors que Gao et Tombouctou n’avaient pas été repris ».

Les Français resteraient pour accompagner la mission de la paix onusienne

Paris a bon espoir de voir voter autour du 15 avril une résolution au Conseil de sécurité qui permettra le transfert des compétences de la Misma vers une opération de maintien de la paix (OMP) de l’ONU, la Minuma. Cette dernière pourrait mobiliser au total jusqu’à 10.000 hommes : aux forces africaines de la Misma s’ajouterait le contingent tchadien et d’autres unités, notamment burundaises et mauritaniennes.
Mais la Misma, qui compte aujourd’hui environ 6.300 hommes sur le sol malien, en y intégrant les 2.000 soldats tchadiens, est loin d’être prête, elle doit encore être formée et équipée. Elle manque de tout pour le moment : armes, pick-up, produits alimentaires… Avant qu’elle ne constitue un ensemble cohérent, il va se passer plusieurs mois.
Même après une éventuelle adoption d’une résolution au Conseil de sécurité, plusieurs sources indiquent que la présence des Français sera nécessaire pour accompagner cette opération de maintien de la paix. Le responsable du département d’Etat chargé des questions africaines, Johnnie Carson, a indiqué en février que les opérations anti-terroristes devaient être aux mains des Français et non des Nations unis. De quelle manière la France restera-t-elle ? Un contingent serat-il intégré à la Minuma ? Des forces spéciales seront-elles directement déployées ?

Soulagement financier

Ces annonces semblent plus d’ordre politique et n’engagent en rien un retrait effectif. Elles visent dans un premier temps à assurer que la France n’a pas vocation à rester au Mali. Ensuite, elles permettent de mettre la pression sur les forces africaines qui sont censées prendre le relais à terme. Et presser l’Union africaine et la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) d’accélérer la mise en place de la Misma, et les Nations unis de transformer éventuellement la Misma en force onusienne. Le financement sera ainsi assurer par l’ONU, allégeant les dépenses militaires françaises.
Grande absente de tout cette orchestration : l’armée malienne. Le 11 mars, Jean-Yves Le Drian a expliqué que la fin de la mission française doit coïncider avec une solution politique au Mali. Au moins deux conditions au bon déroulement de ce processus : la tenue d’élection en juillet et la mise en place d’une Commission dialogue et réconciliation conformément à la feuille de route votée par Bamako. « Souhaitable et faisable » assure-t-on à Paris.
http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-au-mali/20130321.OBS2663/mali-pourquoi-les-francais-sont-encore-la-pour-longtemps.html
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