Touaregs, visions et ordre colonial

Conférence de l’anthropologue Dida Badi, maître de recherche au CNRPAH, intitulée  «  Les Touaregs du Tassili n’Ajjer : Pour une lecture renouvelée de la structure sociopolitique touarègue », le mercredi 20 mars à 18 h, au Centre d’Etudes Diocésain, 5 chemin Slimane Hocine, Alger
« L’une des conséquences de la vision héritée du rapport violent entre les Touaregs et les forces coloniales consiste à les présenter sous l’image d’une société nomade produisant du désordre. De ce fait, elle menace, par son rapport horizontal à l’espace, l’ordre que constituent les sédentaires ancrés dans la terre et, par la suite, les frontières des Etats. Cette vision a largement dominé les recherches sur cette société tout au long des décennies passées. Elle s’est constituée, dès le départ, en un paradigme d’analyse de la société touarègue, évacuant ainsi sa dimension sédentaire et a ainsi contribué à détourner le regard de jeunes chercheurs d’une dimension très importante de cette société pour la compréhension profonde de ses fondements civilisationnels.
Les cavaliers, huile sur toile de Houcine Ziani

L’une des raisons de cette situation est le travail d’Henri Duveyrier, par ailleurs excellent, sur Les Touareg du Nord (1864). En effet, Duveyrier, n’ayant pas réussi à pénétrer dans Ghât, passa sous silence toute référence aux Touaregs sédentaires. Son livre rend largement compte de sa relation particulière avec l’Amanukal Ikhanoukhen et de la chefferie des nomades Uraghen qui l’ont accueilli dans leurs campements.

La deuxième raison est que l’objectif essentiel de la plupart des chroniqueurs qui ont été à l’origine des connaissances sur le monde touareg, au début du siècle dernier, était essentiellement orienté vers la compréhension des mécanismes qui régissaient cette société, dans le contexte particulier des rapports de force entre les guerriers nomades et les troupes françaises désireuses d’imposer la «paix coloniale».

Les sédentaires touaregs n’ayant pas, quant à eux, opposé aux troupes coloniales une résistance similaire à celle des nomades, n’ont pas suscité un pareil intérêt. C’est dans ce sens que Mouloud Mammeri écrivait (…) concernant les Zénètes du Gourara : « Mais tous les groupes n’ont pas suscité un égal intérêt. Souvent les plus étudiés étaient ceux qui avaient opposé à la conquête coloniale la plus vive résistance ». »
«  Après une licence en préhistoire à l’université d’Alger, le Dr. Dida BADI a suivi une formation en langue et littérature amazighes à l’université de Tizi-Ouzou, dans le cadre de la préparation d’un diplôme de magistère. Diplômé d’un PhD en anthropologie de l’université de Bayreuth (Allemagne), il occupe la fonction de maître de recherche au CNRPAH. Il est en 2008 le lauréat du prix du Salon international du livre d’Alger pour son livre L’Imzad : une musique millénaire touarègue publié à l’ENAG en 2007. Son domaine de recherche porte sur la collecte et l’étude des savoirs et savoir-faire traditionnels des populations touarègues du Sahara dont il est issu. Il est auteur de plusieurs ouvrages et études sur le Sahara et le Sahel, édités aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. » 

http://www.babeddart.com/article-histoire-touaregs-visions-et-ordre-colonial-conference-de-l-rsquo-anthropologue-dida-badi-1179
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