Exactions anti-Touaregs, activisme du MNLA et de djihadistes encore actifs

Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2013
Des habitants de plusieurs localités du nord du Mali (‘In Essnane, Aghezraghen et Tijirit) ont manifesté jeudi et vendredi en portant les drapeaux du MNLA pour réclamer l’indépendance de l’Azawad et refuser l’autorité de Bamako, rapporte le site mauritanien Sahara Media. Pour eux, l’Etat malien ne leur a apporté que des malheurs en «tuant les hommes» et «exilant les femmes et les vieux». Les manifestations ont eu lieu alors que des chefs de tribus de la région se sont réunis pour trouver un accord sur la manière de gérer la région et de travailler avec le MNLA. Les habitants ont annoncé qu’ils quitteront la région avant l’arrivée de l’armée malienne qui, affirment-ils, «n’apportera que des liquidations ethniques, le pillage et la spoliation». Ils ont déclaré refuser de vivre aux côtés de l’armée malienne tant qu’il n’y a pas un accord international garantissant leur sécurité et leurs droits.

UN BILAN DES EXACTIONS AU NORD

Cette manifestation intervient alors qu’une association des réfugiés et victimes (ARVRA) a dressé un bilan au 28 mars 2013 faisant état de 1.585 victimes identifiées d’exactions dont 295 personnes tuées et 123 enlevées. L’ARVRA indique par ailleurs que 1.170 personnes ont vu leurs boutiques, domiciles et biens pillés. Ces exactions et pillages auraient eu lieu à Seribala, Diabaly, Sévaré, Konna, Hombori, Gossi, dans les régions de Tombouctou, Gao, Mopti. Les auteurs des exactions ont été identifiés comme faisant partie de «patrouilles venant de Sévaré, Konna, Gossi, Tombouctou, Léré et Gao, et des milices supplétives ainsi que des foules de personnes de ces villes et sites». «La plus grande majorité des victimes sont des Touaregs (au moins 207) dont Bellahs (6), suivis par les Maures (au moins 69) et aussi des Peulhs (au moins 9) et Sonrhaïs (au moins 2)», indique l’ARVRA en soulignant que le décompte n’a rien d’exhaustif. Ces informations sont corroborées par des témoignages recueillis par Human Rights Watch sur des tortures infligées par des soldats maliens à sept Touaregs. «Coups de poing et de pied, brûlures et injections intraveineuses de substances corrosives… Les sept hommes ont vécu un véritable calvaire», selon HRW, qui les a rencontrés. Sur le terrain, le MNLA a indiqué qu’une de ses unités militaire s’est accrochée, le 29 mars, avec des éléments du MUJAO dans la région d’Anefis. Le MNLA, qui précise qu’il a «affronté seul les terroristes sans aucun renfort international», a indiqué que deux de ses éléments ont été tués et 4 blessés et 5 éléments du MUJAO ont été tués et un a été fait prisonnier.

ECHANGES AIGRES ENTRE LE MNLA ET BAMAKO

Il a surtout démenti les affirmations du ministre malien de la Défense et des Anciens combattants, le général Yamoussa Camara, selon lesquelles le MNLA a attaqué le 20 mars dernier le village de Bougoumi dans la région de Mopti. Le ministère malien de la Défense avait indiqué que le bilan de l’attaque s’élevait à 20 morts et plusieurs disparus. «En plus des tueries, des viols ont été perpétrés, des populations spoliées de leurs biens: deux véhicules pick-up ont été emportés», avait-il indiqué dans un communiqué. Pour le MNLA, cela relève de la propagande. Le mouvement a apporté un «démenti formel aux allégations éhontées du ministre de la Défense du gouvernement putschiste de Bamako» en relevant qu’il est de notoriété publique que le «MNLA n’a aucune de ses forces combattantes dans le sud du Mali, celui-ci étant considéré par le MNLA comme un territoire malien et non azawadien». Le MNLA souligne qu’il «ne s’est jamais engagé ailleurs que sur son propre territoire: l’Azawad». Pour le MNLA, le «gouvernement putschiste» tend à discréditer le MNLA à chaque fois qu’il affronte le MUJAO «afin de minimiser leur lutte contre les terroristes, une action qu’ils n’ont jamais été en mesure d’accomplir si ce n’était les forces françaises venues faire le «travail» à leur place». Pour le MNLA, les «seules actions connues de l’armée malienne résident dans les exactions, les viols et les exécutions sommaires commis sur les civils azawadiens». Par ailleurs, Sahara Media indique que le mouvement Ansar Eddine a condamné à mort un Malien accusé «d’espionnage» au profit de l’armée française tandis que trois de ses complices présumés «ont été condamnés à des peines de flagellation». Sahara Media, qui cite des sources au sein d’Ansar Eddine, déclare que les éléments du mouvement «ont tendu un piège, dans une zone éloignée de 30 km de la localité d’Aguelhok, à un groupe d’espions composé de Touaregs et dirigé par un ancien douanier devenu membre de la milice affiliée à l’armée malienne et conduite par Elhadji Ag Gamou».

«ESPIONS» ET «THURAYA»

Le groupe aurait eu pour mission de «repérer les positions des djihadistes et de les déterminer par Thuraya ainsi que les points où ils se ravitaillent en eau», rapporte Sahara Media, en ajoutant que le groupe avait aussi pour «mission de convaincre les jeunes combattants d’Ansar Eddine de leur fournir des renseignements contre des montants de 50 mille francs CFA, pour toute information importante livrée». La situation au nord du Mali où les djihadistes ont reçu des coups durs reste néanmoins marquée par l’instabilité. L’ONU envisage de prendre le relais de l’armée française avec une force de 11.200 hommes au maximum qui aura besoin «d’une «force parallèle» antiterroriste», selon un rapport du secrétaire général Ban Ki-moon aujourd’hui. «Etant donné le niveau et la nature de la menace résiduelle, il y aura absolument besoin d’une force parallèle opérant au Mali (et potentiellement dans la sous-région) aux côtés de la mission de l’ONU afin de mener des opérations importantes de combat et de contre-terrorisme», souligne le rapport. Il reste, encore une fois, à désigner les «cibles» de cette «force parallèle». Est-ce les djihadistes ? Ou le MNLA qui, malgré sa volonté de collaborer avec l’armée française, est «casé» dans le terrorisme par les politiciens de Bamako. Le nord du Mali est loin d’être «pacifié».

http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/mali/situation_non_pacifiee.htm
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