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A la Une : le dialogue avec le MNLA

La presse malienne est au mieux dubitative après la décision du président par intérim, Dioncounda Traoré, de nommer Tiébilé Dramé conseiller spécial chargé d’engager des contacts avec les groupes armés du Nord. Président du Parti pour la renaissance nationale(PARENA), ancien ministre, Tiébilé Dramé a mission de négocier pour que les élections puissent se tenir à Kidal où sont installés les rebelles du MNLA.
Pour Le Procès-verbal, « en décidant de nommer un émissaire pour tenter de sortir de l’impasse avant les élections, Dioncounda envoie un signal, le premier, que l’Etat malien veut s’investir dans le règlement pacifique de la question touarègue au Nord. Dramé va devoir trouver un compromis avec le MNLA qui refuse le retour de l’administration et de l’armée malienne à Kidal. »
En outre, relève encore Le Procès-verbal, « la présidence malienne souhaite que son émissaire devienne l’interlocuteur des initiatives diplomatiques menées par les multiples médiations régionales et internationales. Le président malien entend obtenir que les médiations de la CEDEAO, de l’Union africaine ou des Nations unies n’opèrent plus chacune dans leur coin mais en synergie avec Dramé. »
Alors, « reste maintenant à mettre ce dialogue en œuvre et le moins que l’on puisse dire est que cela n’est pas gagné d’avance, estime L’Indépendant, autre périodique malien. Le premier écueil à surmonter sera la question de savoir si le MNLA acceptera de déposer l’arme au vestiaire avant de prendre place autour de la table des négociations ou si, au contraire, il s’y installera le doigt posé sur la gâchette. Le résultat sera différent, selon l’un ou l’autre cas. Le second obstacle, qui ne manquera pas de surgir, relève encore L’Indépendant, sera la définition du champ d’application des négociations. A l’évidence, dans l’esprit du président intérimaire, celui-ci se limite à la seule région de Kidal », alors que le MNLA, lui, « parle de “l’Azawad” qui, dans son discours et dans son entendement, recouvre les trois régions du Nord Mali, y compris Gao et Tombouctou, même s’il n’y a jamais contrôlé un arpent de sable. »
Enfin, autre grain de sable et non des moindres, note L’Indépendant, « les deux parties sont loin de partager la même vision de ce qui pourrait résulter d’éventuelles discussions. Dioncounda pense qu’une décentralisation plus hardie, concédant de plus larges prérogatives et des moyens accrus aux autorités locales est la clé pour stabiliser la région de Kidal et la réconcilier avec le reste du pays. Le MNLA voit plus loin. A défaut de l’indépendance dont il a dû faire son deuil face à la fin de non recevoir vigoureusement opposée par la communauté internationale, il réclame “un statut juridique spécial” qui renvoie à l’autonomie.»
Mauvaise foi ?
Plus radical, le journal L’Aube, estime pour sa part que ces négociations sont vouées à l’échec, avant même d’avoir commencé… « Après tous ces signaux forts des autorités maliennes, écrit-il, les responsables du MNLA n’ont pas encore posé un acte prouvant leur attachement à la République. Pis, ils continuent de harceler les Maliens et la communauté internationale avec leur histoire d’“Azawad” dont ils sont les seuls à en savoir les origines. Ce qui démontre la mauvaise foi de ce mouvement, s’exclame L’Aube. Une mauvaise foi qui ne date pas d’aujourd’hui. Le MNLA est connu pour ses tromperies et ses voltefaces spectaculaires. »
L’Indicateur Renouveau hausse encore le ton et s’en prend tout à la fois au MNLA et au président par intérim… « Le pas a été franchi par le président Dioncounda, qui a capitulé de manière honteuse face aux pressions de la France, et contre la volonté de son peuple, martèle le journal. En choisissant la voie du dialogue avec ceux qui ont tué impunément, sans consulter le peuple malien, Dioncounda Traoré confirme qu’il n’est pas un président digne des Maliens qui, dans leur majorité, ont dit “non” à tout dialogue et réconciliation avant la justice. » Bref, résume L’Indicateur Renouveau, « toute négociation consacre l’humiliation pour le Mali. Car, elle traduit la volonté de travestir la nature de la rébellion armée conduite par un groupuscule minoritaire en la présentant comme un conflit opposant les populations du Nord du Mali à celles du Sud. (…) Le peuple malien est donc interpellé, conclut L’Indicateur. Face à l’option imposée par Dioncounda, il a le devoir d’opposer le sentiment de refus. Et il doit le faire savoir. »

http://www.rfi.fr/emission/20130521-une-le-dialogue-le-mnla

Bamako se résout à négocier avec les Touaregs



Le ministre des Affaires étrangères malien, Tieman Coulibaly, et le commissaire européen, Andris Piebalgs, signent un accord entre l'Europe et le Mali en présence de Dioncounda Traoré, José Manuel Barrosoet François Hollande, le 15 mai à Bruxelles. Crédits photo : THIERRY CHARLIER/AFP

Le sort de Kidal, pour l'heure sous contrôle des rebelles du MNLA, doit être tranché avant l'organisation de la présidentielle.
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La réunion des bailleurs de fonds pour le Mali, le 15 mai à Bruxelles, s'étant achevée sur un succès, l'urgence est maintenant de boucler au plus vite le processus politique. «Il faut organiser un vote pour donner au pays un gouvernement légitime», souligne un diplomate. L'objectif principal est de remplacer le président par intérim Dioncounda Traoré, installé en catastrophe, après le coup d'État du 22 mars 2012.

Dioncounda Traoré s'est engagé à plusieurs reprises à appeler aux urnes au mois de juillet. La date officielle a été fixée au 28. Un choix que beaucoup jugent optimiste. Les difficultés logistiques, de l'impression des cartes d'électeurs à la mise en place du matériel électoral, sont énormes. «C'est faisable avec de l'organisation», assure un haut fonctionnaire de l'ONU.

Le vrai problème se trouve dans les séquelles de la guerre, à Kidal. Cette ville de l'extrême nord du pays, un temps occupée par les islamistes, est passée en février sous le contrôle armé de Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ce groupe rebelle touareg a toujours été hostile aux djihadistes mais revendique l'indépendance de l'Azawad, le nord du Mali, à la grande colère de Bamako.

Paris a bien pris soin jusqu'à présent de ne pas prendre parti dans ce conflit entre les Touaregs et le gouvernement central, opposition qui plonge ses racines dans une défiance mutuelle bien plus vieille que le Mali. L'armée française n'entretient qu'une présence minimale à Kidal. Les soldats maliens, chassés de la ville en janvier 2012 par le MNLA, en sont toujours absents, tout comme l'administration. Or, sans le retour au moins des fonctionnaires le déroulement d'une élection est impossible. «Cela entraînerait le report du vote dans tout le pays», reconnaît-on à l'Élysée et à Bamako.



Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. « Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad », martèle Moussa Ag Acharatoumane

La solution de la force a été écartée. L'hostilité entre militaires maliens et MNLA est telle que toute tentative de reprise conduirait à une lutte sanglante. Reste donc la négociation. Cette semaine, Touaregs et gouvernement se sont dits prêts à ouvrir un dialogue sous le contrôle de Blaise Compaoré, le président burkinabé. Dans les jours prochains, une délégation touareg conduite par Bilal ag Achérif, le chef du MNLA, devrait se rendre à Ouagadougou. De son côté, Bamako a nommé vendredi Tiébilé Dramé, un homme politique malien, comme négociateur. Les positions des uns et des autres restent très éloignées.

Jeudi, Dioncounda Traoré, a ainsi répété son hostilité à toute autonomie, pensant qu'un «processus de décentralisation» est suffisant. «Un statut précis pour l'Azawad, comme une autonomie est le minimum», souligne Moussa Ag Acharatoumane, un proche de Bilal Ag Achérif. Autre point de friction: le sort des combattants du MNLA. Bamako demande le désarmement des miliciens, une option dont ne veut pas entendre parler le MNLA. Même le calendrier pose une difficulté. Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. «Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad», martèle Moussa Ag Acharatoumane.

Dans la réalité, la position des uns et des autres pourrait être plus nuancées et d'autres négociations, plus discrètes, devraient se tenir dans les jours à venir. «Le MNLA sait que sa carte maîtresse tient à sa capacité à bloquer l'élection mais il sait aussi qu'il n'est plus en position de force militaire», souligne un bon connaisseur du dossier. Paris et l'ONU tentent donc de rapprocher les points de vue et de dessiner une issue. «Nous sommes prêts à accompagner l'administration civile malienne à Kidal», a expliqué François Hollande. En claire, l'armée française assurerait, en accord avec le MNLA, la protection des fonctionnaires maliens pendant l'élection. L'armée malienne, elle, resterait pour un temps encore loin de Kidal. «C'est une possibilité mais rien n'est fait», assure un haut responsable français.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/17/01003-20130517ARTFIG00705-bamako-se-resout-a-negocier-avec-les-touaregs.php

Ténéré Show: A voir absolument!


Mali - Richard Zink (UE) : "La question du MNLA est politique, il faut la traiter politiquement"


Réconciliation nationale, reconstruction, développement, élections... Avant de prendre son vol pour Bruxelles, où il devait participer à une importante conférence de bailleurs internationaux, le 15 mai, l’ambassadeur de l’Union Européenne au Mali, Richard Zink, nous a livré son analyse de la situation dans le pays. Interview.

Jeune Afrique : Qu’est-ce la conférence sur l'aide au Mali, le 15 mai à Bruxelles, doit aborder en priorité ?
Richard Zink : D’abord, les autorités maliennes exposeront leurs plans de reconstruction du pays. L’UE donnera 15 millions d’euros pour le financement des élections et 2 autres pour la mobilisation des électeurs. Il y aura aussi des financements de programmes d’adduction d’eau et l’appui à la décentralisation. On parlera aussi de la reconstruction de la route Goma-Coura Tombouctou, arrêtée à cause de la crise et nous sommes prêts à les reprendre.
Nous sommes en contact avec l’Algérie, la Banque africaine de développement (BAD), etc…  pour financer la route Gao – Bourem – Kidal – frontière algérienne. Et les Algériens sont en train de travailler sur la route Tamanrasset - frontière malienne. Si nous arrivons à réaliser ce projet, nous aurons réussi à réaliser un rêve qui date des années 1930, qui est de relier la mer méditerranée à l’Océan Atlantique [à travers le Sahara, NDLR].

Que se passera-t-il si l’armée malienne prenait le contrôle de Kidal avant l’ouverture du dialogue ?
C’est un très mauvais scenario qui aggravera certainement la crise. Si les troupes françaises et tchadiennes sont dans la région de Kidal, ce n’est pas pour protéger les séparatistes, mais l’intégrité du Mali menacée par les jihadistes. Il faut une solution politique sur la base de discussions. Je suis convaincu qu’un compromis sera trouvé.
Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA.

Mais les autorités maliennes accusent le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) d’être le cheval de Troie des djihadistes qui ont attaqué le pays...
Si le MNLA n’est pas le seul problème du Mali, c’est une question politique qu’il faut traiter politiquement. Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA. Depuis 15 ans, il y a eu beaucoup de prises d’otage, de trafic de drogue, mais aucune condamnation par un tribunal… Tous ces facteurs ont contribué à la crise.

Les leaders des groupes touaregs armés demandent une large autonomie de l’Azawad. Pensez vous que c’est une solution ?
Si cela convient aux Maliens, nous la soutiendrons. Il y a aussi la décentralisation. Nous voulons que les Maliens trouvent leur modèle, pour rétablir l’harmonie en évitant les frustrations qui peuvent créer d’autres problèmes. En tout cas pour la stabilisation et le progrès, il faut l’unité, la paix et le développement économique.

Pensez-vous qu’il sera possible de tenir les élections à Kidal sans la présence de l’armée malienne ?
Cette question fait partie des points en discussion. Mais c’est la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui organise les élections, pas l’armée. L’essentiel, c’est que le scrutin ait lieu partout au Mali.

Pensez-vous que les électeurs qui soutiennent l'indépendance de l'Azawad se rendront aux urnes avant le dialogue ?
Le processus de dialogue prendra deux ans, et peut être même plus. Il faut des autorités crédibles et légitimes pour y participer, c’est pour ça que ces élections sont très importantes en ce moment. Attendre que le dernier refugié soit rentré et que le dialogue soit clos, ce serait vraiment jouer avec le feu.
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Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako


« Guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?…

Il y a de fortes probabilités pour que dans dans les jours (ou même les heures) qui viennent, la guerre reprenne autour de Kidal. Aux infos de France-Culture ce midi, on a réutilisé le terme de « guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?Ce qu’on a appelé la « guerre au Mali » (de janvier à avril 2013) n’était qu’une « guerre dans la guerre », un sur-conflit rajouté au conflit initial, qui est beaucoup plus ancien. La tension historique entre Nord et Sud du Mali qui dure maintenant depuis plus de 50 ans, depuis la décolonisation, avait pris, une fois de plus, une tournure extrêmement violente par le déclenchement début 2012 d’une quatrième rébellion au Nord-Mali. Et puis, en plein milieu de cette rébellion, un nouvel élément est apparu de façon assez prévisible : l’irruption des groupes salafistes – Aqmi, Mujao, Ansar ed-Dine –, groupes armés qui, par leur puissance militaire et financière, débordent rapidement le MNLA et finissent par le supplanter il y a environ un an. C’est contre eux que la France est intervenue ces derniers mois.
Il y a donc, au beau milieu de cette quatrième guerre entre Nord et Sud du Mali, un épisode parasitaire qui s’installe en janvier 2013 : la guerre entre une force islamiste radicale et une force internationale, toutes deux n’ayant quasiment rien à voir avec le conflit initial. C’est cette guerre-là, cette « guerre dans la guerre », qu’ont rapporté nos médias, mais ils ont un peu oublié de comprendre d’où elle venait… En faisant à l’époque (ce printemps) l’amalgame entre combattants indépendantistes locaux et djihadistes (le plus souvent étrangers à la région), ils ont considérablement contribué à brouiller la compréhension des événements en cours.
Il n’y a pas eu « internationalisation du conflit », contrairement à ce qu’on pu dire. Il y a eu superposition temporaire de deux conflits distincts, l’un, très ancien, interne au Mali, entre combattants du Nord et gouvernement, et l’autre externe, entre une internationale djihadiste radicale et des armées étrangères, qui est venu temporairement se greffer sur le premier. Une fois les djihadistes désorganisés et les forces françaises parties, alors les deux belligérants initiaux, l’armée nationale et les combattants indépendantistes, se retrouvent inévitablement face à face. Or rien n’étant réglé concernant les causes premières du problème, la guerre va inévitablement reprendre. Sauf si, de part et d’autre, les bonnes volontés et l’humanité qui est en chacun l’emportent sur les calculs politiques individuels. Ou sauf si la force onusienne d’interposition a pour mission de s’interposer en toute neutralité, mais ça n’en prend pas le chemin puisqu’apparemment les troupes tchadiennes convergent elles aussi vers Kidal.
Je ne peux pas prédire l’avenir mais j’ai peur qu’un sentiment de revanche s’empare du Sud – il est déjà visible dans l’opinion de la rue, à Bamako ou sur les réseaux sociaux – et, qu’une fois encore, la violence aveugle l’emporte sur la compréhension mutuelle. Si la force internationale onusienne prend parti, que ce soit à cause d’une mission mal définie, mal préparée ou par engagement pour un camp contre l’autre, la situation au Nord va vite devenir encore plus difficile pour des populations nomades déjà durement touchées par la guerre en cours.
Mais il ne faut pas se leurrer ni se bercer d’illusions : c’est de Paris que viendra la solution. Selon ce que Paris voudra ou pas, la solution sera politique ou militaire. Elle sera pacifique ou meurtrière. D’ailleurs l’attitude générale chez les combattants du Nord est de considérer que, puisque c’est la France qui est depuis 50 ans responsable du problème initial – en ayant refusé en 1958 l’autonomie du Nord et en ayant contraint des populations qui ne le souhaitaient pas à cohabiter avec d’autres dans une nation artificielle -, c’est à elle de clore définitivement la question. C’est donc le choix de Paris qui s’imposera. Il ouvrira un nouvel espoir ou apportera une plus grande souffrance, on le saura bientôt.
Il y a eu dès janvier un consensus entre les combattants (MNLA, MIA), Paris et Bamako pour empêcher l’armée nationale d’entrer dans Kidal, alors qu’à Gao ou à Tombouctou elle avait été en première ligne pour reprendre la ville, sitôt les raids aériens terminés. A ce jour, pas un seul soldat malien n’est entré dans Kidal. Ni les combattants, qui avaient annoncé qu’ils ne laisseraient jamais reprendre Kidal sans combattre, ni Paris, qui avait besoin de Kidal et de Tessalit pacifiées comme bases arrières pour ses opérations dans le massif du Tegharghar, ne pouvaient tolérer la présence de l’armée dans la région. A partir de là la situation devenait très compliquée pour Bamako, qui n’a jamais réussi à tenir un discours de vérité à son opinion publique. Alors que la rue bamakoise ne comprend pas pourquoi Kidal n’est toujours pas réoccupée, commençant même à laisser enfler une rumeur de « coalition entre Blancs » conduite par Paris au détriment du Mali – le héros libérateur d’hier devenant d’un coup le traître – le pouvoir s’empêtre dans toutes sortes d’explications maladroites, la dernière en date étant que l’armée n’est pas suffisamment préparée pour participer à de telles opérations.
L’histoire du Nord-Mali est ignorée par la plupart des gens au Sud, y compris parmi mes amis les plus proches. Si cette histoire, qui est pourtant une histoire nationale commune à tous les Maliens, avait été expliquée, partagée, racontée, et si les hommes s’étaient parlé au lieu de s’entre-déchirer, on n’en serait pas là. Au lieu de tenir des langages de vérité, certains politiques bamakois ont joué des clivages pour radicaliser chaque camp, au lieu de chercher à les rapprocher. Leur carrière valait-elle tout ce sang inutilement versé ?
Bien sûr, il fallait arrêter la folie extrémiste et restaurer la paix et la confiance entre les communautés, mais depuis le premier jour de cette guerre il était évident que sans une gestion politique, volontaire et transparente, de la « question du Nord » posée depuis plus d’un demi-siècle, les victoires militaires ne seraient que des coups d’épée dans l’eau, sans aucune autre portée que momentanée. Si dans les jours ou les semaines qui viennent, le conflit entre Bamako et le Nord gagne en intensité et redevient une guerre ouverte, alors le risque est grand qu’un chaos plus grand encore s’installe, pour une période beaucoup plus longue et sur un espace beaucoup plus vaste. Et si les forces africaines présentes sur place ne s’interposent pas – ou pire, participent directement aux combats – il y a de fortes chances pour que des groupes armés venus de pays voisins (Niger, Libye, Algérie…) viennent prendre fait et cause pour le Nord-Mali. Et ce n’est alors plus le Mali seul qui brûle, mais toute une région du globe.

Alain Brégy, fondateur de Kidal-Info, facebook

Des réfugiés touaregs au Niger mènent leur bétail en lieu sûr

INTIKANE, Niger, 7 mai (HCR) – La longue colonne d’animaux, flanquée d’hommes perchés sur leur selle, se dirige vers l’est en direction de nouveaux pâturages à une allure régulière, soulevant des nuages de poussière sur leur passage.
Cela peut ressembler à une scène de Western, mais ce drame se joue à des milliers de kms de l’autre côté de l’océan, au Niger, en Afrique de l’ouest. La distribution comprend 800 animaux, des nomades touaregs originaires du Mali et l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.
Fin avril, la caravane, composée de chameaux, de bétail, d’ânes, de chèvres, de moutons et de trois chevaux, a quitté le site de réfugiés d’Agando, situé à 10 kms environ de la frontière avec le Mali, pour un périple de trois jours vers Intikane, une vaste région où les Touaregs pourront vivre dans un espace ouvert et mener leur style de vie nomade traditionnel en toute sécurité.
© HCR/B.Ntwari
Des nomades touaregs originaires du Mali se dirigent vers l’est à dos de chameaux pour mener leur bétail au Niger.
L’ensemble des 8 000 réfugiés d’Agando et du village voisin de Chinourawen ont fui vers l’ouest du Niger avec leurs animaux pour échapper aux combats qui ont éclaté au Nord Mali début 2012 ou en raison de l’insécurité constante ou par crainte des représailles depuis janvier 2013, date à laquelle une contre-attaque dirigée par les forces françaises a repoussé les forces rebelles.
La décision du gouvernement du Niger de déplacer les Touaregs vers Intikane a été motivée par des raisons de sécurité : Agando est situé à seulement 10 kms de la frontière, dans une région qui demeure instable. C’est aussi un moyen de leur permettre de mener une vie plus normale.
« Aider les réfugiés à déplacer leurs animaux leur permettra de maintenir leurs moyens de subsistance et de continuer à vivre comme des pasteurs et des nomades plutôt que de finir dans un camp de réfugiés à dépendre d’une aide extérieure », fait remarquer Karl Steinacker, Représentant du HCR au Niger.
Les Touaregs ont été impliqués dans le processus de transfert dès le début. « Nous avons organisé plusieurs réunions et défini un itinéraire », affirme Mouhamoud Abdoulaye Al Kan Afi. « Nous avons pu aller voir Intikane. Ce lieu nous convient, ainsi qu’à nos animaux », ajoute ce réfugié, ancien respecté et l’un des principaux gardiens de troupeau, qui monte son cheval comme un jeune homme.
Le HCR a associé un partenaire local, Akarass, pour aider à organiser cette caravane qui constitue une opération logistique importante. « Nous avons pensé à tous les détails : des points d’eau le long de la route et des vivres pour les gardiens de troupeau », explique Oumarou Danni Saadou, employé de l’ONG. Il ajoute que des gendarmes à dos de chameaux ont assuré la sécurité.
La santé des animaux a été surveillée par un vétérinaire et, à leur arrivée à Intikane, tous les animaux ont été vaccinés pour éviter la propagation de maladies au bétail appartenant à la communauté locale.
Le train d’animaux s’étendant sur trois kms a été chaleureusement accueilli par la communauté locale à son arrivée à Intikane. « Les réfugiés et leurs animaux sont les bienvenus. Ce qui leur est arrivé pourrait arriver à tout le monde », déclare Alghadawi Ilhouda, le chef du village, situé dans une zone aride de broussailles et de sable. « Nous devons les soutenir en partageant notre eau et nos pâturages », ajoute-t-il.
Certains bergers maliens ont été ravis de découvrir qu’il y avait un puits à Intikane, actionné par des pompes et des générateurs puissants rénovés grâce au HCR. « C’est comme de l’eau de pluie », déclare un réfugié dénommé Omar Mouhamadou. Le puits, d’une profondeur de 700 mètres, bénéficie également à la communauté d’accueil dans cette partie de la région de Tahoua au Niger, où la région du Sahel rejoint le Sahara.
Le gouvernement du Niger, avec l’aide du HCR, prévoit d’amener d’autres communautés de réfugiés vers des pâturages plus sûrs situés davantage à l’intérieur du pays au cours des prochaines semaines. Mais contrairement aux animaux et à leurs gardiens, la plupart des réfugiés feront le voyage à bord de convois organisés par le partenaire du HCR, l’Organisation internationale pour les migrations.
Le HCR protège et assiste quelque 50 000 réfugiés maliens au Niger. Ils font partie des plus de 175 000 réfugiés maliens dans les pays voisins, dont le Burkina Faso et la Mauritanie.

Par Bernard Ntwari à Intikane, Niger,http://www.unhcr.fr/518ce455c.html

Lettre ouverte du Secrétaire Général du MNLA

Mouvement National de Libération de l’Azawad
°°°°°°°°°
MNLA
Unité – Liberté - Justice



Lettre N°015-2013/P-CTEA


Le Secrétaire Général du MNLA, Président du CTEA A

Son Excellence, Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, New York,
Son Excellence, Madame la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Addis Abeba,
Son Excellence, Monsieur le Président de la Commission de l’Union Européenne,
Son Excellence, Monsieur le Président en exercice de la CEDEAO,
Son Excellence, Monsieur le Chef de la MISMA- Bamako,
Son Excellence, Monsieur le Président de la République Française,
Son Excellence, Monsieur le Président des Etats Unis d’Amérique,
Le Mouvement National de libération de l’Azawad (MNLA) se félicite de tous les efforts que vos institutions respectives et vous–mêmes ne cessez de déployer en faveur de la paix et particulièrement pour trouver une issue au conflit opposant le MNLA au gouvernement de transition du Mali.
C’est pourquoi le MNLA saisit l’occasion pour vous renouveler sa confiance en vue d’un règlement pacifique, équitable et définitif de la question de l’Azawad.
1 - Négociations politique : le MNLA a, à maintes reprises,tendu la main aux négociations politiques avec les autorités maliennes, et ce bien avant le déclenchement des hostilités. Le MNLA a renouvelé son offre de négociations de façon constante après la libération de l’Azawad. Depuis le mois de septembre 2012, une plate-forme de règlement politique du conflit opposant l'Azawad au Mali a été élaborée et remise au médiateur de la CEDEAO par le MNLA ainsi qu’à d’autres pays impliqué dans la recherche d'une solution négociée entre les deux parties ; toutefois, pour éviter de renouveler les échecs antérieurs (1964, 1991, 1992, 2006), le dialogue politique doit se faire sous l’égide, et avec les garanties, de la communauté internationale, de même que celles de tous les pays engagés à servir la paix.
Le MNLA rappelle qu'il demeure prêt à entamer, et dès maintenant, des négociations politiques avec les autorités maliennes de la transition, conformément aux termes de la résolution 2100 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il est cependant utile de préciser que les négociations politiques ne semblent êtres souhaité et recherché que par une seule partie, le MNLA en l’occurrence. Or, il est indispensable que les autorités de transition de Bamako affichent clairement leur volonté quant à la recherche d’une véritable solution négociée.
Nous avons remarqué avec regret que le Mali, après son échec dans la sécurisation des villes qu’il occupe et son inefficacité dans la lutte contre le terrorisme, cherche à présent à attaquer les positions tenues par le MNLA. C'est pourquoi, nous souhaitons attirer l’attention de la communauté internationale sur cette préoccupante question car si le Mali ouvre à nouveau les hostilités, cela anéantira les efforts déjà consentis et les résultats positifs de l’opération SERVAL. Le MNLA constate également que les appels émis jusqu’à présent par certains acteurs de la communauté internationale en faveur de la paix ne semblent pas avoir été entendus par Bamako.
Pour notre part, le MNLA assure la communauté internationale qu'il ne relancera en aucun cas les hostilités, mais il n'aura pas d'autre choix que de se défendre s’il est attaqué. Par ailleurs, le MNLA précise qu'il sera, dans ce cas, dans l’obligation de réviser ses décisions antérieures relatives à sa volonté et à son engagement à œuvrer pour une solution politique négociée avec les autorités de transition de Bamako.
Aussi, le MNLA appelle solennellement tous les pays engagés à servir la paix à ramener les autorités de transition de Bamako à la raison. Si l’armée malienne, qui serait plus utile à assurer la protection des populations civiles livrées aux exactions, en venait à attaquer les positions du MNLA, nous nous considérerons alors en légitime défense.
2- L’intégrité territoriale du Mali: conscient des contraintes imposées par la communauté internationale, le MNLA a reconnu l'intégrité territoriale du Mali mais constate cependant que jamais rien de significatif n’a été fait en matière de développement dans l’Azawad, et ce à la suite de multiples conflits et négociations antérieures. C’est pour cela que le MNLA estime que la création d’une entité fédérale pour l’Azawad, regroupant l'ensemble de l’espace communément appelé Nord–Mali, au sein d’un Mali réellement rénové, constitue véritablement une solution juste et durable pour le conflit qui oppose l'Azawad à Bamako depuis l'indépendance du Mali.
Par ailleurs, le MNLA rappelle encore une fois qu’il a déjà déclaré, à plusieurs reprises, dans des lettres officielles et à travers des communiqués sur son site officiel, qu’il reconnaissait les frontières internationales du Mali.
3 - Observateurs des Nations Unies : afin de garantir la sécurité et l'intégrité physique des azawadiens, le MNLA souhaite le déploiement immédiat des observateurs des Nations Unies sur l’ensemble du territoire de l’Azawad. L’ouverture des bureaux de l’ONU dans les régions de l’Azawad permettra le retour à la paix et sa réelle consolidation et permettra par ailleurs la réalisation effective du développement de la région.
4 - Situation humanitaire : un nombre important des populations de l’Azawad est actuellement réfugié dans les pays voisins: Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Algérie. D’autres populations sont déplacées à l’intérieur. Celles-ci sont dans une situation dramatique, dans l'insécurité la plus totale, comme ont pu formellement en témoigner les organisations internationales des droits humain. Le MNLA estime que le sort de ces populations mérite une attention particulière des organisations humanitaires et que leur sécurité relève de la responsabilité internationale et plus particulièrement de celle de tous les acteurs impliqués dans le conflit.
Pour conclure, le MNLA réitère son entière disposition à s’asseoir à la table des négociations avec les autorités maliennes de transition, sous l’égide et la garantie de la communauté internationale.
Le MNLA s'est formellement engagé à cesser toute hostilité, et il tiendra ses engagements. Le MNLA ne reprendra le combat que s’il y est contraint, mais s'il y est contraint, il le fera avec détermination.
Aussi, le MNLA attire vos honorables attentions et vous sollicite respectueusement car vous pouvez empêcher que le Mali ne relance la guerre et vous pourrez ainsi éviter aux populations civiles de nouvelles et inutiles souffrances car le peuple de l'Azawad, dont le MNLA est le représentant légitime, est déterminé à régler définitivement ce conflit qui nous oppose depuis déja trop longtemps.
Je vous prie d’agréer, vos Excellences, l’expression de notre plus haute considération.


Kidal, le 05 Mai 2013

Pour le MNLA,
Le Secrétaire Général,
Président du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA)
Bilal AG ACHERIF

Avec les Touaregs de l’Azawad

Ferhat Bouda est un photographe kabyle installé à Francfort, en Allemagne. Il s’attache à documenter tous les aspects de la culture berbère. En septembre 2011, à Djerba, il rencontre des Touaregs et décide de partager un temps leur vie. Lorsque qu’il fut prêt à partir, au début de l’année 2012, la guerre était déclenchée dans l’Azawad, cette région désertique appelée aussi Nord-Mali. Il y est « rentré par le nord-est de la Mauritanie, raconte-t-il au site Tamazgha. À la frontière, j’étais pris en charge par des combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et je suis parti avec eux jusqu’à leur base. Là-bas j’ai rencontré d’autres soldats, des responsables du MNLA et des prisonniers maliens.» C’est le quotidien des combattants du MNLA qu’il nous propose dans ces images rares d’un conflit qui désormais touche la France.
  • Ferhat Bouda est exposé au festival ImageSingulières, du 8 au 26 mai à Sète. Voir ici.
   
http://www.mediapart.fr/portfolios/avec-les-touaregs-de-lazawad
  
© Ferhat Bouda
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Février 2012, à Hassi el Beidh. Beaucoup de civils ont quitté les zones de combat mais certaines familles préfèrent rester au Nord-Mali.
© Ferhat Bouda
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Février 2012, région de Tombouctou. Combattants du MNLA dans la base d’opération militaire de Léré.
© Ferhat Bouda
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Février 2012, région de Tombouctou. Le drapeau de L’Azawad flotte sur les terres libérées.
© Ferhat Bouda
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Février 2012, dans la région de Tombouctou. A gauche: Mana, 17 ans, n’a jamais été à l’école et ne parle que le berbère. Le seul espoir, pour les jeunes touaregs, est d’obtenir l’indépendance. A droite : Un combattant du MNLA, déserteur de l’armée malienne. Dès le début de l’insurrection de 2012, plusieurs centaines de militaires touaregs ont déserté l’armée malienne pour rejoindre le MNLA.
© Ferhat Bouda
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Février 2012, région de Tombouctou. Combattant du MNLA avec une mitrailleuse.
© Ferhat Bouda
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Février 2012, région de Tombouctou. Tôt le matin, un combattant dort par terre.

Une exception nommée… Kidal !

Kidal, dernière ville du Nord-Mali à être toujours sous le contrôle du MNLA, avec la bénédiction des forces françaises qui occupent la ville. Une situation qui agace les autorités maliennes ainsi que la presse bamakoise, d’autant que ces derniers jours, l’armée malienne qui s’apprêtait à entrer dans la ville, a reçu l’ordre de rester sur ses positions, apparemment sous la pression de Paris…
Inacceptable pour L’Indicateur Renouveau : « Il faut dire non à la France ! », s’exclame le journal bamakois. « Au moment où nos forces armées et de sécurité s’apprêtaient à offrir au peuple malien l’ultime victoire de la reconquête des régions du Nord, la France, par un détour révoltant et méprisable, vient de mettre les pieds dans le plat. Aux portes de Kidal, ordre a été donné à l’armée malienne de se replier. (…) L’indignation est à son comble, fulmine L’Indicateur Renouveau, quand nos “autorités” de la transition acceptent, sans réfléchir, de se plier à une telle exigence, fut-elle d’un pays ayant soutenu le Mali dans la guerre contre les jihadistes. Le dernier pas vient donc d’être franchi par la France, qui ne cache plus sa complicité avec les mouvements indépendantistes touaregs. »
En effet, précise le journal malien, « la France, par son jeu trouble, tente mordicus de mettre les groupes armés du MNLA au du MIA au centre du jeu. Et visiblement, l’ex-colonisateur se moque de cet appel solennel du peuple malien, qui refuse tout dialogue avec ceux qui ont égorgé nos militaires, violé les femmes, pillé les biens des populations, saccagé les bâtiments publics au Nord. »
« Quand ira notre vaillante armée à Kidal ? », s’interroge pour sa part Le Matin, autre périodique malien. Le Matin avance une date, celle du 15 mai prochain. « Les préparatifs seraient très avancés afin que l’armée puisse faire mouvement vers Kidal. Elle ira imposer la souveraineté du Mali sur la ville, ses environs et toute la région. (…) Nous, civils, sommes impatients de voir Kidal libéré. Et nos soldats sont encore plus impatients. Ils meurent littéralement d’envie de recevoir l’ordre d’aller bouter tout ce qui est “azawadiste” hors de Kidal et d’ouvrir la voie à l’administration, aux opérateurs économiques et aux autres citoyens. »
La voie de la négociation…
Alors, l’armée malienne bientôt à Kidal ? Pour Le Prétoire, rien n’est moins sûr… Le Prétoire, qui estime en effet que « la voie militaire n’est pas l’option privilégiée pour la reprise de Kidal, toujours sous contrôle du MNLA. » Mais plutôt celle de la négociation. Le Prétoire annonce qu’une « mission gouvernementale qui devrait être conduite par le Premier ministre prévoit de se rendre dans les jours à venir à Kidal, pour poser les jalons de la négociation avec le MNLA, en convaincant ce mouvement de déposer les armes et de revenir ainsi dans la République. Comme pour donner raison au ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui avait récemment indiqué que le dialogue devait permettre de régler le cas de Kidal. »
Toutefois, remarque le journal malien, on risque fort de s’orienter vers un dialogue de sourds : « Le MNLA, en préalable à toute idée de désarmement, réclame un statut juridique et politique pour son territoire imaginaire de l’Azawad. Un préalable auquel le Mali, encore moins la communauté internationale, pourrait difficilement adhérer. En tout cas, conclut Le Prétoire, la complexité et le flou qui entourent la situation de Kidal sont tels que les Maliens sont nombreux aujourd’hui à se demander si cette partie de notre territoire pourra revenir dans notre giron avant la tenue des élections, bien que les autorités transitoires affichent leur détermination à les tenir sur toute l’étendue du territoire national. »
Pas de bain de sang !
Le Procès-verbal, autre périodique malien, tente d’expliquer également le pourquoi de la position française. « La France, semble-t-il, ne veut pas d’un bain de sang qui pourrait lui être reproché comme cela est arrivé au Rwanda ; ensuite, elle veut, tout en maniant la menace des armes, se donner le temps de convaincre le MNLA, qui considère le Mali comme une puissance coloniale, de libérer pacifiquement la ville et de s’inscrire dans le cadre d’une négociation politique avec le gouvernement malien. Dans le même temps, poursuit Le Procès-verbal, la France met la pression sur le gouvernement malien en vue d’engager des négociations concrètes avec le MNLA. Le MNLA que tous les Maliens considèrent pourtant, relève le journal malien, comme le déclencheur des maux qui ont déferlé sur le pays depuis janvier 2012. » Et Le Procès-verbal de conclure : « Lourd challenge ! »
http://www.rfi.fr/emission/20130509-une-exception-nommee-kidal

Mali: le MNLA, il existe ou il n'existe pas?


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L'eurodéputé François Alfonsi (EELV), avec à sa gauche le vice-président du MNLA Mahmadou Djéri Maïga, et le porteparole du mouvement Moussa Ag Assarid (H. H. )
L'eurodéputé François Alfonsi (EELV), avec à sa gauche le vice-président du MNLA Mahmadou Djéri Maïga, et le porteparole du mouvement Moussa Ag Assarid (H. H. )

Le MNLA, qui participe à la libération du Mali aux côtés de la France et des armées africaines, reste un mouvement à l'image brouillée.


Dans les évènements qui ballotent le nord du Mali, le rôle du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad), cette milice et parti rebelles composée essentiellement mais non uniquement de Touaregs, reste la grande inconnueLe mouvement lui-même voudrait une négociation directe avec le pouvoir - quel pouvoir? - à Bamako. D'égal à égal, en tant qu'incarnation de la volonté populaire des "Azawadiens", comme disent leurs quelques représentants officiels à Paris.
Vu de Bamako, dans la confusion des partis et des ambitions, le MNLA est le gros méchant loup, le groupe par qui tout le mal est venu. Début 2012, il a mis les troupes maliennes en déroute à Aguelhok. (Le monstrueux épisode des soldats maliens éventrés devra attendre une éventuelle enquête pour dire si vraiment des éléments du MNLA ont commis ce crime).

Pour les militaires, MNLA = Ansar Dine = MUJAO

Mais en plus de l'esprit de revanche militaire à Bamako, il y a une idée fixe: les gens du MNLA, ce sont les mêmes qu'Ansar Dine, et que ceux du MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique occidentale). AQMI est différent: des étrangers, djihadistes dont les épisodes de contrebandes et d'enlèvements financent leur cause.
Dans cette logique, tous les groupes hors AQMI sont  des narco-contrebandiers. Parfois Ansar Dine et le MUAJO singent al-Qaïda, avec des jeunes désœuvrés que les chefs mafieux transforment en zombies violentes. Une histoire de faux nez, de mascarade, de cynisme, de manipulation. Le MNLA et les autres groupes voudraient accroître leurs gains, leurs pillages, leurs rapines, et se transmuent sans cesse.
 Toujours vu du point de vue des Maliens classiques - c'est-à-dire tous les sudistes et une partie des nordistes, comme à Gao et à Tombouctou - le MNLA dispose de porteparoles divers et incohérents à Paris et à Nouakchott, qui ne représentent qu'eux-mêmes. Au moins un ministre français est de cet avis. Le gouvernement français, selon ces "classiques", a bien fait d'envoyer notre armée attaquer les rebelles du nord, et ne doit pas donner de légitmité au MNLA.

Les dirigeants français respectent néanmoins le MNLA

Quand on parle aux porteparoles militaires, le MNLA n'est jamais mentionné comme tel. J'ai posé jeudi 2 mai une question par liaison Internet publique au Général commandant des opérations terrestres de Serval, Bernard Barrera. Lui disait que les forces françaises sont en contact avec les éléments touaregs dans le nord, sans nommer le MNLA (pourtant explicitement nommée dans ma question).
Le contraste est saisissant cependant entre la branche en uniforme et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en costume civil et qui parfois use d'une clarté de langage rafraîchissante. Voici une déclaration du ministre, toujours ce 2 mai (à la 3e personne car lue par le porteparole du ministère de la défense): Jean-Yves Le Drian a dit qu'il faut veiller "à ne pas laisser de 'vide sécuritaire' au Mali et il a rappélé l'importance du  processus de réconciliation, notmment celle du dialogue entr le pouvoir [malien à Bamako] et le MNLA ds ce pays."
Eh oui, Le Drian a dit "MNLA"!

Réaction du MNLA à Paris:

Moussa Ag Assarid, directeur des relations avec l'Europe et l'un des porteparoles, m'a fait un rappel des faits vus par lui, toujours en ce jeudi 2 mai:
– le 14 janvier (deux jours après le début de Serval), le MNLA a annoncé qu'il collaborerait avec les forces françaises  contre le terrorisme.
– le MNLA a perdu plusieurs dizaines d'hommes: à Gao, Ansango, Menaka, d'autres endroits. À Kidal, le MNLA avait deux camps militaires: il en a cédé l'un à l'État-major français, l'autre aux forces tchadiennes.
Ag Assarid de poursuivre: "Nous n'avons pas la pleine reconnaissance de nos actions dans la lutte contre le terrorisme. Le MNLA a assuré un versant dans l'avancée des Français et des Tchadiens dans le Massif des Ifoghas. MNLA est le protecteur naturel et légitime des populations de l'Azawad. Le MNLA se veut multiethnique, touareg et songhaï et autres ethnies du nord. Jean-Yves Le Drian connait bien le problème à présent, et sait que nous sommes ceux avec qui il faut négocier vraiment."
Je signale en passant que par terroristes, le MNLA désigne AQMI, le MUJAO, et parfois Ansar Dine. Ce dernier, presque entièrement touareg, est composé de brebis égarées et manipulées par leur chef djihadistes Iyad Ag Aghaly selon le MNLA. Le passage des éléments du MNLA à Ansar Dine, et vice-versa, est constaté sur le terrain, par la presse, l'armée française, l'armée malienne, et dans une moindre mesure par le MNLA lui-même.

Conclusion: il vaut mieux parler du MNLA, en attendant de parler au MNLA

Lorsque le ministère de la défense et l'État-major gomment la mention du MNLA dans leurs déclarations, et lorsque les Maliens "classiques" dénigrant le MNLA à Bamako, l'importance de cette rébellion qui se veut "révolution d'un peuple, celui de l'Azawad", s'accroît.
Le déni ou le dénigrement de l'ennemi dans les luttes internes est une tactique de guerre psychologique très connue. Rappelons au hasard les cas du Timor oriental versus l'Indonésie, le Sahara occidental versus le Maroc, ETA versus l'Espagne. Ça se termine par la victoire de l'un ou de l'autre, ou par un match nul, mais le seul fait de jouer avec les mots ne produit pas la victoire. Par contre cela crée bien de la confusion.
Harold Hyman 
Le 09/05/2013 à 11:46
SourceBfm.tv

Niger: exploitation de la mine d’Imouraren « au plus tard » en septembre 2015 (Issoufou)


Le Président de la République François Hollande reçoit son homologue nigérien Mahamadou Issoufou au Palais de l’Elysée.
Le Président de la République François Hollande reçoit son homologue nigérien Mahamadou Issoufou au Palais de l’Elysée.

L’exploitation de la mine d’uranium géante d’Imouraren, dans le nord du Niger, débutera « au plus tard » en septembre 2015, a déclaré vendredi le chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, à l’issue d’un entretien à l’Elysée avec le président français François Hollande.

« C’est vrai qu’il y a eu des retards (dans l’exploitation) pour des raisons qui ne dépendent pas totalement d’Areva. Il y a eu la situation sécuritaire (…) qui a contribué à allonger les délais de réalisation du projet », a reconnu le président nigérien devant des journalistes, faisant allusion à l’enlèvement en 2010 de travailleurs français du groupe nucléaire français à Arlit, dans le nord du pays.
« Mais là, a poursuivi M. Issoufou, nous sommes sur un (agenda) sur lequel nous nous sommes entendus avec Areva. Nous pensons qu’à la mi-2015, ou au plus tard en septembre 2015″, débutera l’exploitation du gisement d’Imouraren.

Le président nigérien a également estimé que les discussions en cours entre le Niger et Areva évoluaient « dans la bonne direction. Nous trouverons un compromis qui permettra d’équilibrer le partenariat entre le Niger et Areva dans le cadre de l’exploitation de l’uranium ».

Le Niger, qui compte parmi les grands producteurs mondiaux d’uranium mais un des pays les plus pauvres du monde, avait critiqué fin 2012 le partenariat historique « très déséquilibré » avec Areva et réclamé des retombées plus importantes.
Début mars, Areva a dit avoir offert 35 millions d’euros au Niger pour l’aider à sécuriser ses sites d’uranium, démentant que ce don soit destiné à compenser le retard dans l’exploitation de la mine d’Imouraren.

Le président français, interrogé sur les otages enlevés à Arlit et ensuite conduits au Mali, a assuré que le sujet avait été évoqué avec M. Issoufou.

« Nous avons évoqué tous les contacts que nous pouvons établir pour permettre la libération de nos otages. Cela reste l’objectif que nous poursuivons. L’intervention militaire au Mali n’a rien changé par rapport à cet enjeu », a dit le président français.
Quatre Français enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit sont toujours aux mains d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), vraisemblablement détenus dans le nord du Mali.

Mali: à Kidal, le nouveau Haut conseil de l’Azawad veut «faire la paix avec le sud»

Groupe de soldats touaregs du MNLA dans la région de Kidal, le 4 février 2013.



Groupe de soldats touaregs du MNLA dans la région de Kidal, le 4 février 2013.
Une nouvelle initiative pour la paix est née dans le nord du Mali. Le Haut conseil de l'Azawad vient de voir le jour à Kidal, localité où l'armée malienne n'est toujours pas présente. L'initiateur de ce HCA, Mohamed Ag Intalla, un élu de Kidal, affirme vouloir fédérer tous les groupes armés ou non qui veulent faire la paix avec Bamako.
Le Haut conseil de l’Azawad (HCA) qui vient de voir le jour à Kidal dans le nord-est du Mali, se veut catégorique sur trois points : pas question de revendiquer l’indépendance d’une partie du Mali, pas question de prendre ou de reprendre les armes, et enfin pas question de faire une alliance avec les islamistes.

Fédérer les mouvements touaregs

L’ambition du HCA ? Fédérer tous les mouvements, armés ou non. Tous les groupes touaregs qui acceptent ces principes. Son objectif ? « Faire la paix avec le sud » du Mali.

Le président du Haut conseil de l’Azawad s’appelle Mohamed Ag Intalla. C’est un élu de la région. C’est également l’un des fils de Intalla Ag Attaher, patriarche, et chef traditionnel respecté de la région de Kidal, le cœur de l’Adrar des Ifoghas.

Dans un entretien accordé à RFI, le président du HCA affirme avoir déjà pris contact avec la Commission dialogue et réconciliation, récemment installée à Bamako, pour amorcer les premières démarches. Il invite également les institutions internationales, notamment l’ONU, à prendre contact avec son organisation pour « parler de paix ».

Intégrer le MNLA et le MIA

Le président du HCA, Mohamed Ag Intalla, espère vivement voir bientôt les deux principaux mouvements armés touaregs intégrer son organisation : le Mouvement islamique de l’Azawad(MIA, une dissidence du groupe islamiste Ansar Dine), et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ou du moins ce qu’il en reste dans la région de Kidal.

Interrogés à Bamako, plusieurs officiels apprécient plutôt les objectifs du HCA, un peu comme si, enfin, le dialogue pouvait commencer.
TAGS: ANSAR DINE - MALI - MNLA - TOUAREG

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise:
Diploweb-Patrice GOURDIN, le 5 mai 2013 
Les conflits en Libye puis au Mali ont attiré l’attention sur les Touaregs. P. Gourdin propose ici une mise en perspective. Maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs vivent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.
Cet article reprend et développe la conférence prononcée le 5 avril 2013 à Grenoble, dans le cadre du 5e « Festival de Géopolitique et de Géoéconomie » organisé par Grenoble École de Management sur le thème : « Mondialisation : Abus-Menaces-Perspectives ».
AVEC les Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et la naissance du capitalisme marchand, apparut le processus historique de mondialisation. Celui-ci prit une forme industrielle et financière au XIXe siècle et connut un premier apogée avant la Grande Guerre. Les deux conflits mondiaux, la crise des années 1930 et la Guerre froide rétractèrent et/ou figèrent le processus. La fin du communisme le relança dans les années 1990 et, depuis, il se trouve en phase d’accélération et d’amplification.
La mondialisation engendre une dynamique qui, tout à la fois, intègre et fragmente ou marginalise, car elle produit de l’inégalité. Ainsi s’opposent un “centre“- polycéphale – du monde et des “périphéries“. Cette hiérarchisation, très marquée par rapport aux multiples flux qui parcourent la planète, résulte de l’articulation plus ou moins possible et/ou réussie de chaque territoire avec les réseaux qu’empruntent ces flux, ainsi que de son aptitude plus ou moins grande à accumuler de la richesse.
De l’Antiquité à nos jours, la région Sahara-Sahel comprit de multiples espaces échappant à l’exercice d’une réelle autorité politique. Ils bénéficièrent de leur situation à la charnière de chacune des constructions politiques stables et sédentarisées qui se succédèrent. Il s’agit donc souvent d’un espace périphérique. Aujourd’hui, elle fait partie des “zones grises“ de la mondialisation, ces territoires marqués par l’absence de la loi et de l’ordre que chaque État, de par son devoir de sécurité, est sensé faire régner. La zone Sahara-Sahel sert de base à des rébellions et offre un espace d’impunité relative à des activités mafieuses, ainsi qu’un sanctuaire à des organisations terroristes salafistes.
Cela fait par conséquent planer une lourde menace sur la sécurité des États de la région, sur l’Union européenne et sur les États-Unis. Cela motiva la décision d’intervention militaire prise par le Président de la République française le 11 janvier 2013. Il répondait à l’appel des autorités de transition du Mali et des voisins de celui-ci, dans le cadre des résolutions (2056 du 5 juillet 2012, 2071 du 12 octobre 2012 et 2085 du 20 décembre 2012) adoptées par l’ONU. Démarche qui lui valut l’approbation unanime du Conseil de sécurité, le 14 janvier 2013, et des États membres de l’Union européenne, le 17 janvier 2013. La même cohésion ne se retrouve guère dans le soutien actif à l’intervention française. Outre les restrictions budgétaires qui touchent tous les acteurs, cela tient à l’indifférence de la plupart des États européens à l’égard du Sahel, ainsi qu’à la crainte (feinte ou sincère) d’œuvrer au seul bénéfice de la politique africaine de la France. Formulé ainsi, cela ne serait guère diplomatique, aussi est mise en avant la volonté de privilégier l’indispensable dimension politique de la solution à la crise malienne. Or, cela dépend en partie de la résolution de la difficile question touarègue.
Celle-ci résulte d’un processus assez classique : maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs virent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.

I. LES MAÎTRES DÉCHUS DU SAHARA CENTRAL

Les Touaregs dominèrent pendant plusieurs siècles le Sahara central. Ils s’étaient remarquablement adaptés à ce milieu très difficile et avaient construit une société originale, bien connectée avec l’extérieur.

A. DES BERBERES

Les Touaregs descendent de populations arrivées dans le Sahara humide vers le VIIIe millénaire av. J-C. L’appellation “Touareg“ est d’origine arabe. Les intéressés se dénomment “kel tamasheq“ – littéralement : “ceux qui parlent tamasheq“, une variante de la langue berbère. Cette langue constitue la base de leur identité. Et ce d’autant plus que, sur l’ensemble de la zone de peuplement berbère, seuls ils ont préservé l’alphabet tifinagh, dérivé de l’écriture dont usèrent leurs ancêtres dans toute l’Afrique du Nord et au Sahara.
Hormis la langue, leurs référents identitaires communs principaux sont le port du voile par les hommes, le mode de vie nomade et l’usage d’armes blanches venues (puis copiées) de l’Occident médiéval. La sédentarisation et l’acquisition d’armes à feu réduisirent considérablement ces singularités.
Traditionnellement très hiérarchisée, la société touarègue était dominée par les guerriers et marquée par une grande fluidité. D’une part, les rivalités multiples et incessantes provoquaient une très forte instabilité au sein des tribus et entre celles-ci. D’autre part, il existait une relative mobilité interne parmi les hommes libres, car les statuts ne demeurent pas immuables. À quoi il faut ajouter des possibilités d’affranchissement pour les esclaves. Chaque homme avait des droits et des devoirs en fonction de son appartenance sociale – héritée de sa mère. Son parcours personnel pouvait modifier son statut. Les observateurs relevèrent une relative liberté des femmes, mais c’était par comparaison avec le statut réservé à ces dernières dans les sociétés voisines, notamment arabo-musulmanes du Moyen-Âge. Cela ne semble guère faire de la femme touarègue un être réellement libre.
La société touarègue est composée de tribus de rang inégal, regroupées en sept confédérations, dont trois sont présentes au Mali : les Kel Adrar ou Kel Adagh (dans la région administrative de Kidal), la branche Kel Ataram des Iwellemmeden (dans la région administrative de Gao) et les Kel Antessar ou Kel Ansar (dans la région administrative de Tombouctou). Les relations forgées au fil des siècles au sein de ces tribus, entre ces tribus et entre leurs confédérations, influencent encore aujourd’hui la population touarègue. Les alliances fluctuantes et les rivalités de pouvoir pèsent toujours plus ou moins sur les activités et les engagements individuels et collectifs.

B. DES SAHARIENS

Arrivés vers le VIIIe millénaire av. J-C, alors que le Sahara était humide, les ancêtres des Touaregs s’adaptèrent à la dégradation climatique. Depuis plusieurs siècles, ces êtres vivent dans un milieu très difficile, marqué par l’aridité et la limitation des ressources, qui ne supporte par conséquent que de faibles effectifs. Leur nombre est aujourd’hui estimé entre 1 et 3 millions, répartis sur 2 500 000 km2  : environ 50% au Niger, 35% au Mali, 10% au Burkina Faso, 3% en Algérie, 2% en Libye.
Cette précarité impose la mobilité, qui fut atteinte et érigée en mode de vie – le nomadisme – grâce au chameau. Celui-ci leur permit de pratiquer l’élevage (au côté d’autres animaux considérés comme moins prestigieux, mais qui n’en sont pas moins très utiles, chèvres et ânes notamment), de se livrer au commerce et de mener longtemps avec succès la guerre, tant défensive que de prédation (rezzous).
La précarité impose aussi un partage très strict des ressources : chaque individu jouit d’un accès aux pâturages, à l’eau, au bois, au gibier et de droits d’usage du sol. La répartition s’établit en fonction du rang, mais du plus puissant au plus humble, chacun ne jouit que de l’usufruit, aucun ne possède ces ressources en propre.
Les richesses naturelles sont comptées et leur quantité demeure soumise aux aléas. Aussi les Touaregs avaient-ils complété leurs moyens d’existence en se faisant commerçants. Ils effectuaient des échanges dans chaque dimension spatiale : esclaves, dattes, sel, minerai de cuivre, bétail, peaux, artisanat (bois, cuir, métal) aux échelons local et intra-saharien ; esclaves, céréales, plumes d’autruche, or, étoffes indigo, produits manufacturés – notamment armes -, thé, sucre, soie, épices, parfums, encens, dans le cadre transsaharien. Cela passait par deux systèmes différents : celui du relais, les produits transitant de tribu en tribu ; celui du réseau, le même marchand (pas nécessairement un Touareg) traversant le territoire de chaque tribu dans le cadre d’accords et d’alliances (notamment matrimoniales) divers. Par leur participation aux traites négrières, ils s’inséraient dans le commerce triangulaire Europe-Afrique de l’Ouest-Amériques, réseau précoce de cette première mondialisation qui s’épanouit au XIXe siècle.
Ils restèrent à l’écart des révolutions agricole et industrielle, aussi la guerre demeura-t-elle pour eux une ressource essentielle. Les impératifs de sécurité et de prédation expliquent la forte tradition guerrière des Touaregs. Toutefois, les difficultés extrêmes liées au milieu naturel dans lequel ils évoluent les privèrent des bases démographiques et matérielles indispensables à la création d’un empire. En outre, du fait de leurs querelles intestines et de leur infériorité en matière d’armement, ils subirent une succession de défaites à partir de la conquête coloniale. Mais il subsiste un état d’esprit ne rechignant ni aux prises d’armes ni aux révoltes. En dépit de leurs qualités guerrières, les Touaregs se trouvèrent absents des armées “nationales“ formées après l’indépendance, en 1960, par le Mali et le Niger. Cela explique les revendications d’intégration d’ex-rebelles dans ces armées lors des processus de paix depuis les années 1990.

C. DES MUSULMANS

Le Mali compte 94% de musulmans dans sa population. Mais cette communauté en religion ne joue aucun rôle fédérateur entre les différentes composantes du peuple malien. En particulier, elle ne constitue pas une base de rapprochement entre les habitants du sud et les Touaregs
Les commerçants figurèrent parmi les musulmans les plus précocement convertis dans la zone Sahara-Sahel. En effet, la foi partagée est sensée leur assurer, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, honnêteté en affaires, solidarité et protection. L’islamisation des Touaregs commença, au XIe siècle, par les marchands et se poursuivit lentement. Ils ne revendiquent pas le facteur religieux comme élément fondant leur identité. Toutefois, celui-ci joue un rôle important dans leur organisation sociale. Les religieux constituent un groupe de spécialistes, formant une catégorie à part, respectée par tous et protégée par les nobles guerriers. Mais ce sont des non-combattants. Donc, bien qu’ils fassent partie des hommes libres, tout “descendants du Prophète “ qu’ils se prétendent, ils n’en sont pas moins tributaires des nobles.
Tous rattachés à la branche sunnite – comme les autres Maliens -, les Touaregs en embrassent les nombreuses nuances. Le soufisme exerce une forte influence à travers les confréries Tidjanyia et Kadryia. Ces dernières, avec leur culte des saints et leur enseignement de sagesse, inclinent leurs adeptes à la modération. Mais les autres courants peuvent provoquer des réactions plus vives. Dans certaines circonstances, la tiédeur des malékites n’exclut ni le fanatisme, ni le recours à la violence. Cela s’avère plus marqué avec les wahhabites (présents, à travers la Sanoussiya, dès le XIXe siècle), en particulier la minorité salafiste djihadiste. La répartition des Touaregs entre ces différentes perceptions de l’islam n’est pas connue avec précision. Néanmoins, celles-ci semblent présentes au sein de chaque tribu, voire de chaque famille. La tradition, l’histoire, les parcours individuels contribuent à cette diversité. D’ailleurs, l’islam s’avère, depuis un millénaire, tout autant un outil permettant de transcender les oppositions et les compétitions internes à la société touarègue, qu’un instrument pouvant les attiser.

D. DES CO-HABITANTS

Les Touaregs n’occupent pas seuls le territoire du Sahara central. Ils y cohabitent plus ou moins pacifiquement avec d’autres populations ayant parfois un passé aussi prestigieux que le leur. Cela interfère gravement avec leurs prétentions à l’indépendance ou à l’autonomie.
Au Mali, ils comptent pour environ 10% de la population. Installés dans le nord du pays, ils y côtoient plusieurs groupes. Les Maures (3% de la population) se rattachent au même rameau que les Touaregs, à l’origine, mais ils s’arabisèrent. Toutefois, ils ne se confondent pas avec les Arabes au sens strict (1,5% de la population), descendants proclamés des conquérants venus par le Nord. Des populations issues de brassages complexes remontent aux fondateurs de deux empires : les Songhaï (empire aux XVe-XVIe siècles) représentent environ 10% de la population et les Peul (empire au XIXe siècle) 14%.

II. SOUMISSION ET DÉSTRUCTURATION

Avec le processus de mondialisation, les Touaregs assistèrent à la ruine de leur système économique, social et politique traditionnel. Plusieurs bouleversements se conjuguèrent pour provoquer ce déclin. Avec l’affirmation de la domination européenne et l’essor du transport maritime, la place du commerce caravanier transsaharien diminua considérablement. La restriction continue de la liberté de déplacement, la rupture des liens de dépendance et la dégradation du milieu naturel compromirent irrémédiablement les ressources et le mode de vie touaregs. L’éloignement des centres de décision, l’insuffisance des infrastructures, l’absence dans les circuits économiques réorganisés, l’exclusion de l’exercice du pouvoir et le désintérêt de l’État malien entretinrent la marginalisation.

A. LA DOMINATION COLONIALE FRANÇAISE

Le développement par les Européens du commerce maritime au long cours dès le XVIe siècle sapa lentement une base essentielle de la prospérité, donc de la puissance des Touaregs. L’invasion marocaine, à la même époque, provoqua parmi eux des désordres politiques et économiques. L’interdiction du commerce négrier par le traité de Vienne en 1815, si elle n’aboutit pas à sa disparition instantanée, le rendit plus difficile et le déplaça vers le sud de l’équateur, ce qui pénalisa l’économie touarègue. Celle-ci subit également le choc du transfert en Afrique de certaines activités productives au fur et à mesure du recul de l’esclavage aux Amériques : la rente négrière disparaissait, les échanges de produits traditionnels (or, peaux, gomme arabique, par exemple) stagnaient et, déjà marginalisé par la révolution des transports, l’espace touareg était impropre aux cultures de plantation, notamment oléicoles, qui connurent alors un grand essor en Afrique de l’Ouest. Bref, les Touaregs perdaient pied dans la division internationale des activités. Après que la diffusion de la quinine eût commencé de briser l’obstacle sanitaire qui faisait de l’Afrique le “tombeau de l’homme blanc“, et alors que la grande crise économique apparue en 1873 perdurait dans les pays industrialisés, la conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885), mit en forme la colonisation de ce continent. À la suite de la prise de contrôle des régions côtières, le mouvement s’accéléra dans la zone saharo-sahélienne, avec la soumission imposée par les armes françaises entre 1894 et 1904. Les voies du commerce transsaharien achevèrent de se décaler vers l’est, qui préserva son indépendance le plus longtemps et qui capta la majeure partie des flux, au détriment du centre et de l’ouest. Le coup de grâce vint de l’achèvement des voies ferrées Kayes-Bamako (1904) et Lagos-Kano (1912), qui court-circuitèrent le commerce transsaharien dans la boucle du fleuve Niger et le pays haoussa.
Dès 1908, l’administration coloniale définit sa “politique touarègue“. En priorité, il s’agissait de contrôler la population : soumission des tribus, recensement, quadrillage militaire, contrôle des armes, imposition de l’arrêt des rezzous, suppression de la traite esclavagiste, abolition du système tributaire, obligation de fourniture de guides et d’animaux, contrôle des déplacements, fixation des prix du bétail, ingérence dans l’organisation politique traditionnelle (dislocation des fédérations, intervention dans la désignation des chefs, notamment). Après l’écrasement de la brève mais violente révolte de 1916-1917, la paix régna jusqu’à la décolonisation. Le renforcement du contrôle des populations et l’organisation d’unités méharistes, très mobiles et très efficaces, assurèrent la quiétude dans cette zone. À l’heure des décolonisations, alors que les combattants d’origine arabe devenaient de moins en moins fiables, la France recruta des supplétifs parmi les Touaregs. Ils firent preuve d’une loyauté constante et assurèrent un blocage efficace de la wilaya 7 organisée par le FLN. À partir de Tessalit, Kidal et Gao, celui-ci entendait contourner – par l’Adrar des Ifoghas, le Hoggar et l’oasis de Tindouf – les barrages établis par les Français le long des frontières marocaine et tunisienne.
Avant la découverte des hydrocarbures, à la fin des années 1950, le Sahara central ne présentait pas d’autre intérêt que sa position stratégique à la charnière des trois composantes de l’empire colonial africain de la France (Afrique du Nord, Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale française). Aussi, en dépit de la soumission et de la fidélité des tribus, l’investissement colonial (infrastructures, santé, éducation, notamment) en zone touarègue fut très limité, ce qui n’améliora guère la vie quotidienne des populations nomades. En revanche, la disparition des grands mouvements de migration qui avaient lieu en cas de fortes sécheresses provoqua la perte du savoir-faire ancestral d’adaptation et de réaction aux aléas météorologiques. Cela aggrava les conséquences des dysfonctionnements climatiques majeurs intervenus depuis l’indépendance. Ajoutons que les nomades demeurèrent loyalistes car ils craignaient de perdre le peu de liberté de déplacement qu’il leur restait. En outre, les chefs traditionnels, déjà déstabilisés par l’introduction du suffrage universel à partir de 1945 (qui desserra ce qui subsistait des liens de dépendance), redoutaient la subversion sociale contenue dans le programme socialisant du FLN. À quelques très rares exceptions, les chefs touaregs refusèrent constamment la scolarisation de leurs enfants. Ils demeuraient attachés au mode oral de transmission de la somme considérable de connaissances qu’ils avaient acquises (chez les nobles touaregs, la culture est une qualité tout aussi importante que le courage). De plus, ils craignaient une déculturation massive et, à terme, la perte totale de leur identité. Cela s’avéra une très lourde erreur, tant vis-à-vis du colonisateur que vis-à-vis des autres composantes de la population des colonies. En effet, de ce rejet date le déficit chronique des Touaregs en personnels qualifiés, en intellectuels et en cadres politiques compétents.
Pas ou peu au fait des rouages de la démocratie occidentale contemporaine, les chefs touaregs ne semblent guère avoir perçu clairement les enjeux de la décolonisation. Par conséquent, lorsqu’en 1958 ils comprirent que la France allait partir, ils raisonnèrent dans la logique politique tribale qui était la leur. Ils s’étaient soumis au pouvoir du plus fort et, à ce titre, avaient acquitté tribut. En retour, suivant leur conception des règles du jeu politique, ils attendaient aide et protection du vainqueur. À l’aube des indépendances africaines, cela prit la forme d’une demande à la métropole de leur confier un État en propre. Or, cette requête ne fut pas honorée, car elle obérait les bonnes relations voulues par Paris avec les États en voie d’émancipation.

B. LA MARGINALISATION DANS L’ÉTAT MALIEN

Le 22 septembre 1960, Modibo Keita proclama l’indépendance du Mali, sous la direction des Bambara, descendants des fondateurs du prestigieux empire dont ils reprenaient le nom. Faute de disposer des moyens de résister, la majorité des chefs touaregs se soumirent, tandis que quelques-uns prenaient le chemin de l’exil. Accusés d’avoir été des partisans de la colonisation, sous-scolarisés (par leur faute, nous l’avons vu), ils se trouvèrent exclus des réseaux de pouvoir, tant politique qu’économique, ce qui pérennisa leur marginalisation.
Le Mali conserva pour l’essentiel le système d’administration des populations du Nord mis en place par la France. Le seul changement perceptible consista en la substitution d’administrateurs et de militaires Bambara aux Français. Les Touaregs ressentirent cela comme une seconde colonisation. La politique socialisante de développement accorda la priorité à l’agriculture (source principale de richesse des sédentaires du Sud, désormais au pouvoir), au détriment de l’élevage (alors que les Touaregs excellent dans cette activité). La législation (regroupement obligatoire en coopératives, monopole étatique sur le commerce extérieur, par exemple) et la fiscalité s’avérèrent défavorables aux Touaregs. Les décideurs à Bamako, ainsi que leurs conseillers, ignoraient (et ignorent encore souvent) les réalités socio-économiques du Nord. Le manque d’infrastructures et la quasi absence des Touaregs dans les activités de transport par camions généra un mécanisme d’échange inégal interne, qui entretint un sous-développement plus marqué au Nord. En outre, les autorités maliennes mirent en œuvre sans ménagement un vaste programme de sédentarisation. La volonté de mieux contrôler les populations se doublait de la conviction – héritée de la période coloniale et partagée par les grandes institutions internationales – que l’abandon du nomadisme était une condition du progrès.
Cela sembla confirmé par les sécheresses qui affectèrent très gravement le Sahel en 1973-1974, puis en 1984-1986, et achevèrent de briser le système de production pastorale. Les populations nomades, perdant une grande part de leurs troupeaux, ne purent survivre et durent se déplacer. Leur arrivée sur les bords du fleuve Niger provoqua de fortes tensions avec les paysans sédentaires riverains. Nombreux furent ceux qui, au terme d’éprouvantes pérégrinations, échouèrent dans les villes ou à l’étranger et entamèrent la descente aux enfers de la clochardisation. Le détournement d’une partie de l’aide internationale par le pouvoir bambara de Bamako aggrava leur situation et entretint leur ressentiment.
Depuis les années 1990, les pays de la zone Sahara-Sahel ont renforcé leurs relations économiques avec les pays pétroliers du Proche-Orient, ce qui limita les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, donc l’intégration économique de l’espace touareg aux flux de richesse licite.
Des évolutions institutionnelles auraient pu leur donner voix au chapitre dans la vie politique du Mali. La Constitution de la IIe République, adoptée en 1974, conféra une représentation politique aux “fractions“. Les perspectives de participation à la vie politique s’élargirent encore en 1993 avec la loi sur la décentralisation. Mais ces opportunités, pour limitées qu’elles étaient, furent mal ou pas utilisées, notamment faute d’alphabétisation. La participation électorale est très faible et les élus sont souvent des notables traditionnels ralliés.
Exode et/ou exil renforcèrent la marginalisation des Touaregs. Coupé de son espace territorial, économique, social et culturel, l’individu connut une mutation importante : la dimension lignagère et spatiale de son identité s’estompa et fit place à une perception ethnique. L’appartenance à l’ensemble touareg prit le pas sur l’attache tribale. C’est du moins ce que semblent révéler les révoltes survenues depuis les années 1990.

III. LES STRATÉGIES DE SURVIE

Habitués par un milieu naturel hostile à déployer des trésors d’ingéniosité et de mobilité pour continuer à vivre, les Touaregs ont conservé, pour le meilleur et pour le pire, ces qualités jusqu’à nos jours. Ils le firent sous la pression des contraintes imposées par l’histoire, depuis la conquête française.

A. LES REVOLTES

Toutes les bases de la société touarègue furent mises à mal par la colonisation française, ce qui explique les troubles qui culminèrent avec la rébellion qui éclata en 1916 sous la direction de Kaocen ag Kedda, un Touareg de l’Aïr lié à la puissante confrérie Sanoussiya. Malgré les incontestables qualités de fédérateur et de stratège de la guerre moderne de son chef, la fragmentation politique, les stratégies contradictoires des confréries influentes et l’infériorité en effectifs comme en armement eurent raison, au début de 1917, de ce sursaut d’une société moribonde. Après la Première Guerre mondiale, il régna au Sahara central un calme permanent.
La situation se dégrada rapidement après la création de l’actuel État malien. En 1963-1964, des Kel Adagh et des Kel Ansar prirent les armes contre les méthodes d’administration mises en œuvre par les fonctionnaires et les militaires envoyés du sud par Bamako. Il s’agissait d’un soubresaut déclenché par la frustration d’être mis sans ménagement à l’écart et de se voir imposer, sans aucune concertation, une politique contraire à leur culture et à leurs intérêts. Brutalement réprimé, le mouvement cessa. Le massacre d’une grande partie de leurs troupeaux durant les opérations de “pacification“ et les sécheresses de 1973-1974, puis de 1984-1986, achevèrent de démanteler leur société. Une partie des plus jeunes, dans l’exil et sous l’influence des menées (dans les années 1980) du dictateur libyen, le “colonel“ Kadhafi, organisèrent une nouvelle lutte armée. Entre 1990 et 1995 ils menèrent une guérilla motorisée, très mobile, imitant les rezzous. Défendant l’identité touarègue, ils ne formulèrent pas une revendication nationaliste, ne demandèrent pas un État au Sahara central. Ils exprimèrent, tant au Mali qu’au Niger, épicentres de ce mouvement, leur volonté d’intégration aux États dans lesquels eux et leurs familles vivaient. Faute d’une réponse satisfaisante, ils entretinrent une insécurité endémique (en particulier sous la houlette du charismatique Ibrahim Bahanga). Des troubles plus graves survinrent entre 2006 et 2009, sans que Bamako ne pût et/ou ne voulût apporter les réponses de fond qui auraient convenu.
La création du Mouvement national de libération de l’Azawad-MNLA, à l’automne 2011, se situe dans la continuité de cette insatisfaction, de ces protestations et du caractère marginal de ces organisations. Après une campagne-éclair remportée grâce à la conjonction de l’affaiblissement de l’État malien (notamment la décomposition de son outil militaire), de l’afflux de combattants revenus de Libye avec du matériel plus puissant qu’autrefois et de l’appoint déterminant des groupes salafistes djihadistes, le MNLA proclama unilatéralement l’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012. Mais, divisé, trop peu représentatif, ignoré par la communauté internationale et démuni, il perdit, deux mois plus tard, au profit des salafistes djihadistes, le contrôle du territoire conquis.

B. L’EMIGRATION

Dès 1964, après l’échec de la révolte de 1963, une partie des Kel Adagh s’exila en Algérie (Tamanrasset). Plusieurs vagues grossirent les rangs de la diaspora touarègue durant les sécheresses au Sahel de 1973-1974 et 1984-1986. Ainsi naquit le phénomène “ishumar“. Terme qui désigne une génération de “kel tamasheq“, généralement célibataires (16-35 ans), qui quittèrent leur famille et leur pays de naissance pour aller chercher du travail et/ou fuir la répression. La plupart se dirigèrent vers les deux pays où il existait une communauté touarègue réputée mieux traitée (par exemple, le 15 octobre 1980, dans un discours prononcé à Oubari, le “colonel“ Kadhafi exhorta les Touaregs à venir en Libye, “leur patrie d’origine“) et où, surtout, il y avait des emplois – peu ou pas qualifiés – grâce à la rente pétrolière : l’Algérie et la Libye. Ainsi, des jeunes Touaregs se retrouvèrent parmi les soutiers de la mondialisation. Délaissant leur origine tribale, se détournant des cadres politiques traditionnels impuissants ou corrompus, les “ishumar“ se rassemblèrent autour de leur appartenance ethnique commune, de leurs problèmes partagés et d’un itinéraire de vie semblable. Ils développèrent alors une conscience politique qui les conduisit à formuler des revendications d’intégration et à s’organiser pour défendre celles-ci, tant sur le terrain politique que les armes à la main.
À partir de 1986, en partie suite aux aléas de l’économie mondiale, la nécessité de lutter se renforça. L’Algérie, alors frappée par la rétraction de la rente pétro-gazière, expulsa vers leur pays d’origine les réfugiés touaregs venus du Mali. La situation de ceux qui se trouvaient en Libye se dégrada, car ils perdaient leurs emplois du fait, également, de la chute des cours du pétrole. Forts de leur réputation guerrière, certains s’enrôlèrent dans l’armée de Kadhafi, servant ses sinueux desseins africains et proche-orientaux. Les observateurs affirment que les jeunes Touaregs ne furent pas dupes de cette manipulation. Ils auraient agi en toute connaissance de cause et dans le but de se procurer des armes ainsi que d’acquérir une formation militaire pour, le moment venu, abandonner le dictateur libyen et mener leur propre combat.

C. LE TOURISME

Pour une poignée de Touaregs, la planche de salut sembla se trouver dans le tourisme, une des manifestations les plus visibles de la mondialisation contemporaine. Apparues dans les années 1970, médiatisées par des auteurs talentueux, les méharées attiraient un public occidental disposant de revenus élevés et prêt à payer des sommes substantielles pour découvrir le désert “authentique“ et le mode de vie traditionnel de ses habitants. Plus controversé et répondant à une autre forme d’appel du désert, le rallye Paris-Dakar procura quelque argent entre 1979 et 2008. Là résidait une part de la forte croissance économique enregistrée par le Mali dans les années 1990.
Mais cela ne pouvait constituer qu’une source marginale de revenus, eu égard aux conditions difficiles de vie dans le milieu désertique et à l’absence d’infrastructures, fussent-elles spartiates. Ce type de loisir, exigeant une excellente condition physique, ne pouvait pas convenir à un nombre élevé de vacanciers. Dont le milieu naturel fragile n’aurait, d’ailleurs, pas pu supporter les nuisances. En outre, durement étrillé par l’armée en Algérie, le Groupe salafiste pour la propagande et le combat, devenu Al Qaida dans les pays du Maghreb islamique en 2007, s’implanta à partir de 2003 dans le Sahara central. Ses katibas visèrent les activités touristiques, tout à la fois pour tarir une source importante de devises pour les États qu’il entendait déstabiliser afin d’en prendre le contrôle, pour ternir la réputation de ces États et pour exploiter l’amplification médiatique de son combat que ses forfaits suscitaient.

D. LES ACTIVITES ILLICITES

Lieu de passage difficile mais connectant des espaces locaux, régionaux et transnationaux, le Sahara central s’affirma comme particulièrement propice à toutes sortes de trafics auxquels, pour assurer leur subsistance, certains de ses habitants se livrèrent (comme la traite négrière dont, en dépit de son interdiction en 1815, Tripoli demeura un centre très actif, approvisionné par les pistes transsahariennes) et se livrent toujours. Une partie de la population touarègue, directement ou indirectement, est en affaire avec divers réseaux mafieux et se trouve en connivence avec des organisations terroristes djihadistes. Le trafic s’impose comme la continuation du commerce caravanier sous d’autres formes et avec d’autres “produits“ (véhicules, cigarettes, médicaments, armes – notamment légères -, drogue, émigrants clandestins). Dans la mesure où seuls les Touaregs connaissent les pistes, ceux-ci s’imposent comme des intermédiaires obligés.
Là réside, étrangement, la forme la plus aboutie de l’intégration contemporaine des Touaregs à la mondialisation. Le Sahara central est devenu une immense “zone grise“ pérennisée par une véritable “chaîne d’intérêts“. Les réseaux mafieux et terroristes s’insèrent dans les relations d’affaires très anciennes, souvent assorties de liens familiaux, qui unissent les commerçants (de toute envergure) d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest avec les tribus nomades. Les frontières contemporaines, plus contrôlables qu’on ne le dit souvent – ne serait-ce que par l’obligation de transit par certains lieux (passage, points d’eau, par exemple) – entravent les échanges, mais elles créent aussi des opportunités infinies d’enrichissement pour toute une série d’acteurs. Outre ceux mentionnés précédemment, les réseaux qu’ils connectent intègrent ceux formés avec des complices sis au sein des appareils d’État et des structures de pouvoir, la plupart du temps du bas de l’échelle jusqu’au plus haut niveau. Les personnages et/ou les groupes les plus importants disposent de relais en Amérique (Sud et Nord), en Europe, au Proche-Orient et/ou en Extrême-Orient. On le voit, le maillage des intérêts et des complicités est littéralement “global“. Il prospère localement sur la défaillance des États, dont il constitue une face paradoxalement “positive“ pour une partie des Touaregs. C’est de l’incompétence, de la corruption et de l’absence de l’État, ainsi que de la marginalisation et de l’insécurité dans lesquelles le pouvoir légal tient le nord du Mali, que résulte l’épanouissement des activités certes illicites, mais qui assurent la survie et parfois la fortune d’une partie des Touaregs. Ajoutons que, comme dans toute “zone grise“, la majorité de la population du Sahara-Sahel subit ces agissements délictueux bien plus qu’elle ne les cautionne. L’indigence, le poids des solidarités traditionnelles et l’absence de protection par un État de droit ne laissent guère d’autre possibilité. Tout cela ressemble à ce que l’on observe dans une autre “zone grise“ africaine : la région soumise aux exactions des pirates somaliens.
La conséquence la plus déstabilisatrice de cette criminalisation économique est son évolution en criminalisation politique. Ce qu’illustre le phénomène salafiste djihadiste. En 2003, ses sectateurs exploitèrent les dissensions inter-touarègues et la déliquescence du pouvoir à Bamako pour s’enraciner au Nord Mali. Avec l’argent provenant de la drogue et des rançons d’otages occidentaux, ils recrutèrent des complices et des combattants chez les Touaregs. Dans un autre registre, la création, en 2007, de l’Alliance Touareg Mali-Niger semblait avant tout liée à la volonté d’obtenir la démilitarisation de la zone frontalière de Tin Zawaten, un des hauts lieux de passage des trafics entre l’Afrique de l’Ouest et l’Algérie. La revendication politique paraît avoir été instrumentalisée pour la défense d’intérêts mafieux, même si une partie des combattants croyaient sincèrement lutter pour un objectif avouable. Autre résultat inquiétant, la montée de la violence interne pour la maîtrise des territoires, car le contrôle d’itinéraires et/ou de lieux de stockage génère des revenus de plus en plus considérables. Cela exacerbe les affrontements entre clans et autres sous-groupes, le plus souvent sous couvert de réaffirmation des “droits ancestraux“. Il a même été observé des répercussions sur les compétitions électorales  : financements douteux, utilisation “non-conventionnelle“ de relations privilégiées avec les autorités à Bamako. Tout cela entretient la fragmentation économique, sociale et politique, ce qui bloque l’apparition d’une conscience politique, notamment celle d’un destin commun qui susciterait l’émergence d’une nation touarègue ou le ralliement à la nation malienne.

SOLUTION IMPROBABLE ?

La question touarègue résulte d’une marginalisation dans le cadre de la mondialisation. Or, la marginalisation de certains espaces constitue l’une des caractéristiques de la mondialisation et l’Afrique de l’Ouest demeure une “périphérie“. De plus, cette exclusion profite, à des degrés divers, à de nombreux acteurs qui n’ont par conséquent aucun intérêt au changement. Pourquoi laisseraient-ils démanteler un “système“ aussi rentable, dont les incidences négatives affectent, par surcroît, des pays éloignés, qui leur sont totalement indifférents, voire auxquels ils reprochent leur égoïsme ou leur malfaisance ?
Seule l’émergence économique du continent africain serait susceptible de modifier cette situation. Intégré à l’un et/ou l’autre des “centres“ de la mondialisation (Europe, Amérique du Nord, plutôt qu’Asie, a priori), voire devenant lui-même l’un de ces “centres“ (ses ressources naturelles et démographiques le lui permettraient, du moins en théorie), il circonscrirait ou éliminerait cette “zone grise“ Sahara-Sahel.
Donc, hormis le fait que le contexte politico-militaro-criminel intérieur ne s’y prête guère, le traitement de la question touarègue dans le cadre du seul Mali semble inadapté. La “Stratégie pour le Sahel“, adoptée par l’Union européenne le 29 septembre 2011, va donc dans le bon sens, puisqu’elle lie sécurité, développement et gouvernance, aux échelons local, national et régional. Mais l’indifférence de nombre d’États européens pour ce problème, illustrée par leur faible implication dans le financement des programmes en faveur du Sahel, comme dans le soutien à l’opération Serval ou l’assistance à la reconstruction de l’armée malienne (EUFOR Mali, démarrée à Koulikoro le 2 avril 2013), n’incite guère à l’optimisme et, hélas, ne plaide guère en faveur de leur intelligence politique. Pour espérer effacer le gris de la zone Sahara-Sahel, actuellement partie prenante à la face obscure de la mondialisation, il paraît pourtant nécessaire d’intégrer pleinement l’Afrique de l’Ouest aux réseaux licites, afin de favoriser son développement économique et d’assurer son émergence sur la face claire de la mondialisation.
Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Auteur de Géopolitiques, manuel pratique, Paris, 2010, Choiseul, 736 pages. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.
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Plus
. Lire l’article de Patrice Gourdin, « Géopolitique du Mali : un Etat failli ? »
Bibliographie
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