Ils ont traversé des centaines de kilomètres à dos de dromadaire pour se regrouper à Tamanrasset: le message fort des Touaregs algériens

D’Illizi, de Aïn Guezzam, d’Adrar et d’autres régions de l’extrême sud, les Touaregs algériens ont traversé des centaines de kilomètres pour se regrouper dans la capitale de l’Ahaggar. Ils sont venus porteurs d’un message lourd de sens. La culture et le patrimoine du pays dans leurs plus larges dimensions sont diversifiés, mais coulent d’une seule source et d’une unique identité. L’Algérie.




Jeudi 16 février 2012. L’aube tire ses lueurs de la douce torpeur de la nuit. A 600 km au sud-est de Tamanrasset, au pied du Tassili du Hoggar, plus de 15 000 camelins sont stationnés à Tin Tarabine.

Figés dans leur mouvement, pics, tours, dômes, aiguilles, pyramides, orgues basaltiques… un ensemble de roches s’entremêle au sable pour couronner le majestueux paysage du Sahara. Il y a dans cette fraîcheur matinale un secret, car c’est ici que l’âme de l’humanité lâche chaque jour que Dieu fait son premier souffle. Il y a dans cette image, celle d’un homme trôné sur son dromadaire, un sentiment de quiétude et de sérénité.

C’est l’extrait d’un parfum naturel qui sent la conciliation entre l’homme et la nature. Il y a dans cette traversée des Touaregs algériens en déplacement d’Illizi, d’Aïn Guezzam, d’Adrar et d’autres régions de l’extrême sud, vers Tamanrasset, un message lourd de sens. Il y a dans ce regroupement des hommes bleus, la clarté d’un grand hommage à la mère patrie. L’Algérie. Tin Tarabine, c’est ici que des dizaines de tribus touaregs campent depuis une quinzaine de jours.

Accompagnés de leurs femmes et enfants, des centaines d’éleveurs sont venus célébrer la fête du dromadaire, qui se déroule du 15 au 17 février. Ils s’apprêtent à lancer une course de dromadaires, à laquelle un prix a été réservé pour les trois premiers. Mais ce n’est pas la fête, la course et son prix qui les mobilisent.

Ce n’est pas aussi l’animal en lui-même qui motive ses dizaines d’Algériens venus du nord du pays ou de l’étranger pour prendre part à ce grand rendez-vous. C’est plutôt et surtout tout ce que portent le Targui et son dromadaire comme vecteurs culturels énormes. Ce patrimoine, auquel chaque Algérien s’identifie, les hommes bleus sont venus le partager avec leurs frères des différentes régions de la terre d’Algérie.

Pour les Touaregs, le dromadaire est plus qu’un moyen de déplacement ou de transport de marchandises. C’est le lien entre toutes ces populations du Sud algérien. A Tamanrasset, sur une population de 200 000 habitants, il y a 110 000 dromadaires. La vie ici tourne autour du dromadaire et l’Algérie ne peut pas tourner sans cette partie de son existence.

Le ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, en déplacement dans la région pour organiser cette filière, est venue, ce jour-là, prendre part à la fête mais aussi écouter les doléances et les propositions des éleveurs, notamment les agriculteurs de la région pour un véritable développement rural. Comme partout en Algérie, chaque région a ses problèmes et difficultés. Mais ici la nature est exceptionnellement dure.

Les Touaregs, habitués à ce genre de vie, ne sont pas aussi de nature à être très exigeants. L’eau, des équipements agricoles, des projets ruraux pour certaines régions, lancement de projets dont les budgets ont été dégagés mais qui demeurent toujours à l’arrêt… Ce sont là, en gros, les préoccupations de ces hommes qui ne demandent pas trop et qui n’exigent surtout pas l’impossible.

Rachid Benaïssa, et après avoir pris acte de leurs doléances et propositions pour le développement de l’élevage et l’agriculture dans la région, a instruit ses cadres de la wilaya à organiser des rencontres dans les prochains jours pour la mise en place d’une veritable plateforme de croissance et aussi prendre des dispositions immédiates pour l’accompagnement de cette population dans sa démarche.

«Nous sommes très conscients des problèmes qui touchent cette profession, à savoir l’élevage de camelins, mais aussi les difficultés des agriculteurs de cette région qui peut énormément contribuer dans la sécurité alimentaire du pays. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique d’accompagnement et nous sommes là pour écouter cette population et répondre à ses doléances.

Nous souhaitons que les éleveurs de dromadaires, issus des différentes régions du Sud algérien, s’organisent entre eux et prennent des initiatives pour se rencontrer régulièrement pour parler et se concerter sur le développement de cette filière. Nous sommes là pour les aider dans leur démarche. La preuve, c’est qu’aujourd’hui, ils sont là et nous sommes là et le meilleur est à venir», dira le ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, interrogé sur les lieux.

En ce début d’après-midi, le soleil est au zénith. Il fait plus de 28 degrés. Un groupe d’hommes bleus pontifiés sur leurs dromadaires tournent en boucle autour de quelques femmes chantant des airs traditionnels. En cette journée du 16 février 2012, l’histoire retiendra que le dromadaire a pu mobiliser ce que tous les partis politiques du pays réunis ne peuvent pas drainer.



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