Mali : Quel avenir pour les Touaregs ?

Une partie des Touaregs aident l’armée française à pourchasser les jihadistes au nord du pays. Mais que vont-ils devenir quand les militaires maliens viendront les relayer ?

L’attentat- dans la ville de Kidal, dans le nord du Mali, le 26 février, a coûté la vie à six combattants touaregs du MNLA, le Mouvement national de libération de l’Azawad – le territoire des Touaregs.
Depuis des mois, les dirigeants de cette organisation laïque et démocratique touarègue se démarquent des islamistes d’Ansar Dine, alliés d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique).
Et ce sont les groupes  du MNLA qui assurent la sécurité à Kidal, en concertation avec les troupes françaises. Objectif commun : pacifier le nord du pays en pourchassant les jihadistes (combattants islamistes).
Mais que vont devenir les Touaregs du Nord lorsque l’armée malienne fera son entrée à Kidal ? Beaucoup ont déjà fui le pays, par peur des représailles de tous ceux qui les accusent de complicité avec les islamistes.
En réalité, cette vieille rivalité entre le nord et le sud du Mali date de bien avant l’indépendance du pays (1960).
Les « hommes bleus » du désert
Descendant des premières tribus d’Afrique du Nord, le peuple touareg occupe depuis des siècles une large partie du Sahara central et du Sahel, soit une zone de peuplement équivalente à la superficie de l’Europe occidentale.
Répartis sur différents territoires, ces « hommes bleus » – ils sont surnommés ainsi en raison de la couleur indigo de leur turban – ont conservé une forte identité communautaire.
Peuple de pasteurs nomades, ils furent longtemps maîtres des caravanes du commerce transsaharien et connus pour leurs « razzias » dirigées contre des tribus noires sédentaires, qu’ils ont souvent réduites en esclavage.
Au Mali comme au Niger, ce passé douloureux est à l’origine du clivage qui oppose les populations du Nord et du Sud.
Un peuple négligé pendant la colonisation française…
Les Touaregs sont traditionnellement organisés en territoires et en tribus au sein desquelles chaque individu a un rang social (noble, lettré, artisan, etc.) et une origine ethnique qui les distingue (peau blanche pour les statuts sociaux élevés, peau noire pour les descendants d’esclaves).
Pendant la colonisation française, leurs unités territoriales – les « confédérations » (voir la carte ci-dessus) – furent préservées, mais soumises.
En 1957, lors de la création par  de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), les notables touaregs crurent qu’ils allaient être associés par la France au tracé des frontières postcoloniales.
… et marginalisé lors des indépendances africaines
Espoir déçu puisque, au début des années 1960, les commandes des Etats subsahariens (au sud du Sahara) furent confiées aux élites des ethnies noires sédentaires.
Exclues du nouveau partage du pouvoir, les populations touarègues ont été économiquement marginalisées par les pouvoirs centraux de Bamako (Mali) et de Niamey (Niger).
Parallèlement, le développement des camions et des transports sur piste a entraîné le déclin du commerce caravanier et de l’élevage de dromadaires, les deux piliers de l’économie touarègue.
Au Mali comme au Niger, les sécheresses historiques des décennies 1970 et 1980 ont achevé de ruiner les tribus.
Les rébellions touarègues du Mali
Face à la volonté de Bamako de détruire les chefferies touarègues, une première rébellion éclate en 1963.
Puits empoisonnés, cheptels et rebelles tués, occupation militaire des zones du Nord : « La répression de l’Etat malien fut féroce, notamment à l’encontre de la population civile », commente Pierre Boilley, directeur du Centre d’études des mondes africains (Cemaf), à Paris.
Le scénario se répète à l’identique en 1990, avec une deuxième rébellion dirigée par le MPLA, le Mouvement populaire de libération de l’Azawad.
« Ce nouveau soulèvement ne revendiquait pas la sécession, mais une intégration plus forte des Touaregs aux institutions maliennes », poursuit Pierre Boilley.
Les promesses non tenues de l’Etat malien
A chacune de ces rébellions, le pouvoir central de Bamako a eu l’occasion de traiter la question touarègue. En 1991, un pacte de réconciliation nationale est signé.
Le texte prévoit l’intégration de Touaregs dans les forces militaires et policières maliennes, des aides au développement du Nord et la mise en place d’une certaine forme d’autonomie régionale.
Mais aucune de ces promesses n’est tenue, et un nouveau soulèvement touareg embrase l’Adagh (la région de Kidal), en 2006.
Des accords sont signés à Alger. Là encore, le pouvoir de Bamako néglige ses engagements à l’égard des Touaregs.
Les Touaregs face aux groupes islamistes
A partir de 2003, des groupes islamistes armés s’installent au Nord-Mali. Ils se regroupent en 2007 au sein d’Aqmi. De leur côté, les Touaregs ont une pratique très modérée de l’islam.
« Jamais, jusqu’ici, ils n’avaient introduit de notions religieuses dans leurs luttes politiques », confirme Naffet Keita, chercheur spécialiste des Touaregs à l’université de Bamako.
En janvier 2012, toutefois, un certain Iyad Ag Ghaly est écarté de la direction de l’insurrection déclenchée par le MNLA.
Il décide alors de fonder un groupe touareg islamiste (Ansar Dine) et de s’allier à Aqmi pour imposer la charia, la loi islamique, dans les villes du Nord.
Réconcilier le Nord et le Sud
Certes, l’année dernière, certains dirigeants touaregs se sont disqualifiés en s’alliant avec les groupes islamistes d’Aqmi. Reste le MNLA.
Selon le président malien, Dioncounda Traoré, cette organisation « doit renoncer à ses prétentions territoriales et accepter de s’intégrer au Mali ».
C’est chose faite, le MNLA ayant même proposé son aide à la France et au Mali dans leur chasse aux jihadistes, notamment à Kidal.
L’Etat malien saura-t-il, cette fois, prendre en compte les revendications des Touaregs du Nord ? 
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