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26 mai 2013

La France et les djihadistes cohabiteront-ils longtemps dans le Sahel ?

C’est une question que se posent le commun des Sahéliens mais également les visiteurs ou simplement les téléspectateurs lointains qui s’intéressent à l’actualité touchant à cette région du monde. C’est aussi la question qui taraude les esprits des décideurs de la CEDEAO et des bandits qui sévissent au Sahel, depuis que l’opération SERVAL les contraint à clarifier leurs liens.
C’est une question que se posent le commun des Sahéliens mais également les visiteurs ou simplement les téléspectateurs lointains qui s’intéressent à l’actualité touchant à cette région du monde. C’est aussi la question qui taraude les esprits des décideurs de la CEDEAO et des bandits qui sévissent au Sahel, depuis que par l’opération SERVAL les contraint à clarifier leurs liens.
Par la voie de leurs seigneurs de guerre, arborant comme raison une Fatwa contre ce qu’ils appellent par défaut les intérêts français, les hordes de bandits sous des idéologies de djihadistes ont lancé la guerre de guérilla dont les objectifs finaux bien qu’ambigus visent comme cible essentiels les intérêts de la France. La déclaration du Président de la République française en réplique à celle de ces djihadistes, annonce que la guerre est déclarée et une distinction claire et subtile doit être faite entre l’intervention qui a lieu au Mali et la réalité d’une nouvelle guerre, qui se fera désormais au-delà des frontières maliennes. La guerre de guérilla en cours est aussi un produit de marketing, le fameux « 2 en 1 » pour une éradication du « djihadisme- business ». Ce qui reste à déterminer est le temps car c’est lui qui expliquera les coûts croisés de cette guerre.
DU COLONEL TRINQUIER EN VUE ?
La prolongation de cette guerre malienne sous forme de la guerre de guérilla entre la France et Acqmi est circonscrite par une appellation « la guerre du sahel » dont les limites flottent comme un mirage. En effet, elles semblent tantôt englober le Tchad, tantôt les susceptibles mouvements des djihadistes donne l’impression qu’elles couvrent tous les espaces ayant un climat sahélien (Burkina, Nord Togo, Nord Bénin, Nord Nigeria) ou encore se limiter uniquement à l’ensemble de l’espace CEDEAO. Ce flottement du terrain présage les difficultés à venir mais donne également à comprendre les nouveaux enjeux politiques qui se dessinent en Afrique de l’Ouest. Les alliances tactiques ou stratégiques qui sous-entendent cette guerre traduisent clairement, combien cette guerre de guérilla en terme relative peut être longue. Mais avant d’expliquer cela rappelons :
LE SYNDROME DES OTAGES DE L’AMBASSADE AMERICAINE A TEHERAN
Ce que nous entendons par ce syndrome ce sont les comportements qui sont lier aux actes terroristes, qui sont, comme nous le savons très rarement les fruits du hasard et leur mise en œuvre ne sont jamais un secret, pour peu qu’on sait écouter et interpréter les paroles et faits des terroristes en se mettant à leur place.
Au début du mois de novembre 1980, lorsque les étudiants islamistes ont pris en otage les fonctionnaires de l’ambassade américaine à Téhéran, ce n’était pas par surprise car pendant des semaines auparavant ces étudiants s’amassaient devant l’ambassade et disaient déjà ce qu’ils projetaient de faire, parfois de manière claire à travers les gestes, parfois dans les dialectes, pourtant connues par les fonctionnaires. Ce qui avait été la faiblesse de l’ambassade était la sous-estimation du milieu qui leur était devenu hostile. Il en est de même des attentats depuis l’époque « des fous de Dieu » Bref ! Ce mode opératoire n’a pas changé fondamentalement chez les terroristes car, avant d’agir, Ils annoncent toujours leurs intentions et même de façon précise dans le but d’intimider et de semer la psychose. Aujourd’hui, ils parlent des intérêts français comme ils parlaient des intérêts américains à une certaine époque. Il s’agit de ces intérêts et non des intérêts occidentaux. Il y a certes des effets collatéraux, mais la population cible est bien définie. Mais la psychose est telle que la menace est pressentie comme générale et peut entrainer des réponses disproportionnées voire peu efficaces. Ce sont probablement ces choses qui feront que la guérilla terroristes du Sahel risque de ressembler en terme très relatif à celle d’Afghanistan.
Ainsi, si nous nous tenons à la ire des djihadistes, on peut dire qu’ils vont s’attaquer sans répit aux supposés intérêts de la France. Mais où se trouvent ces dits intérêts français dans le Sahel ? La réponse la plus évidente est le Niger, ce sombre voisin du Mali, qui par la production de son uranium pèse sur l’énergie française dans la mesure où cette production représente près de 40% de l’approvisionnement d’AREVA et fourni le 1/3 des centrales nucléaires en France. C’est une donnée essentielle qui fait du Niger un point sensible dans l’œil terroriste d’Aqmi & Co.
LES ALLIANCES TACTIQUES ET LES ALLIANCES STRATEGIQUES.
Souvent les alliances tactiques sont des moyens sur le court terme sinon des moyens qui servent à consolider les alliances stratégiques qui visent la finalité, la réalisation d’un objectif, le long terme.
La France a bien évidemment dans cette guerre de guérilla au Sahel, la capacité de réaction pour protéger ses intérêts car elle a des troupes au Mali et dispose des forces au Tchad ainsi que d’un bon relais au Cameroun. Mais, ces 2 voisins souverains du Niger, situés en Afrique centrale, ont leurs propres agendas et ne sauraient apporter un soutien continu sans exciter les velléités de leurs oppositions intérieures. Ils ne constituent donc dans cette guerre que des forces d’appoint dont l’action principale est de servir à l’intimidation locale et aux renseignements. Le rôle de ces pays est de produire un effet tentaculaire de la France en Afrique comme Aqmi aussi sait être tentaculaire en se déployant à travers les réseaux des confréries musulmanes. Aqmi le fait en ravivant les anciennes méthodes de persuasion et de suggestion qui ont fait école dans les conquêtes islamiques en Afrique noire. Le choix et l’entrée des terroristes à Tombouctou et à Gao s’est fait dans cette vue même si son interprétation politique est réduite à la visée revendicative de MNLA axée sur l’AZWAD.
Réalisme
A propos des intérêts dits français au Niger, il faut savoir qu’objectivement AREVA pèsent autant pour la France que pour le Niger et qu’il n’y a plus de limite entre les intérêts français à travers AREVA et les intérêts proprement nigériens, dans la mesure où AREVA est l’épine dorsale de la vie sociale et économique du Niger. Les arguments syndicaux et commerciaux du genre : AREVA achète l’uranium du Niger 40% moins cher que le prix du marché, n’épargneront pas une attaque des islamistes et donc des vies nigériennes. Le Niger est tenu de soutenir DISTINCTEMENT la France et AREVA et cette position n’est pas simplement une question de nuance mais de raison. Pour le Niger la France est un Etat allié mais AREVA est aussi un « Etat dans l’Etat ». La France ne peut pas intervenir directement, à la fois au Niger et au Mali sans affronter nombre de tracas au plan international, mais AREVA, face à l’état d’urgence, peut assurer le soutien logistique au Niger en faisant bonne économie des tracasseries juridico-administratives de la communauté internationale.
La France en intervenant directement et en même temps au Mali et au Niger prêtait le flanc à une opinion qui conforterait les islamistes en suscitant involontairement des sentiments anti français dans les couches populaires et pousser à la déstabilisation des régimes actuelle ce qui repousserait les projets de stabilisation des institutions et ferait perdurer le désordre. Le Niger doit, au nom de ces propres intérêts nationaux, concentrer toutes ces forces rapidement et sans ambiguïté dans la défense des sites d’AREVA et de laisser la CEDEAO dans s’occuper avec la France des pourparlers pour la mise en place des forces.
Dans la perspective actuelle où les traités bilatéraux de défense ne suffisent plus pour justifier l’intervention française, contourner les difficultés liées aux exigences internationales pour agir très vite, suppose de recourir à une force comme le MNLA, qui est, pour le moment, incontournable. Pourquoi ?
  1. Le rôle joué par le MNLA dans la défaite et la débâcle des djihadistes au Nord du Mali, n’a pas été qu’un rôle de catalyseur comme on peut le croire. Leur connaissance parfaite du terrain, des réseaux djihadistes et des leaders a servi à disloquer les stratégies d’implantation des terroristes et permis aux diverses forces d’intervention (tchadiennes et françaises de faire un boulot appréciable).
  2. Pris ensemble, les groupuscules qui composent le mouvement djihadistes dans le Sahel ont un rapport de forces militaire et humain supérieur ou égal face aux armées de certains Etats de l’ex AOF dont le Niger et le Mali, pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, ces deux Etats sont malheureusement endigués par les processus de mutations politiques et économiques qui donnent des arguments aux terroristes et font craindre régulièrement des soulèvements populaires.
  3. Le MNLA, sans avoir la prérogative d’un Etat, contrôle un territoire. Sa nature de mouvement rebelle est, à tout point de vue, une flexibilité dans les dispositifs d’intervention de toute nature. Un Etat peut solliciter leur concours pour agir. Le MNLA est devenue pour la circonstance un allié tactique et stratégique, car un maillon à la fois pour le Niger, la France et les djihadistes.
  4. Il est donc clair que le Niger doit avaler la couleuvre qui consiste à considérer le MNLA comme un allié et s’appuyer sur lui pour combattre les terroriste djihadistes en leur coupant la retraite. Ce real politik, va déménager dans les coulisses les relations politiques entre Bamako et Niamey mais aussi le Burkina dont l’affinité du régime avec le MNLA n’est pas méconnue. Le MNLA est devenu une pièce importante des enjeux politiques dans la guerre du Sahel.
Cette complexité situationnelle est de la politique en ce sens qu’elle place la raison au-dessus de l’infantilisme, c’est-à-dire de l’affectif. La raison est une vision, donc contrairement au sens commun, elle est en politique la chose la moins partagée que parfois, il faut comme Prométhée, savoir jouer avec les dieux pour avoir sa part de raison.
Questions réponses.
  1. La France a-t-elle peur ? Non ! même pas un peu. Elle a même l’air amusé.
  2. AREVA a-t-elle peur ? Non.
  3. Le pouvoir malien a-t-il peur ? Oui ! il tremble. Il est perturbé et c’est le bon moment de lui demander tout y compris l’AZAWAD mais les Touaregs ne sont pas Prométhée.
  4. Le Niger a-t-il peur ? Oui. Il est tétanisé par l’idée que ne se réveille des anciennes rébellions et du banditisme des Dawsak, alliés permanents du MNLA.
  5. Le MNLA a-t-il peur ? Non. Bien que serein en apparence, il est excité. En réalité, le MNLA n’est pas suffisamment étoffé. Il est détesté par les arabes et les Touaregs noirs de Gao et de Meneka qui en milieu rural lui préfère majoritairement le MUJAO.
  6. Les terroristes ont-ils peur ? Oui, car ils sont dans une nasse et leurs alliances sont volatiles. De plus en plus ils sont fragilisés par les défaites (ils n’ont plus de territoire).
Ces questions/réponses indiquent le schéma des alliances et leur caractère tactique ou stratégique. Enfin, la guerre du sahel est partie pour durer car elle est la version de la guerre afghane avec cette nuance que la guerre Afghane met en première ligne les intérêts américains et la guerre du Sahel porte au front les intérêts français. Quant à l’issue de la guerre, elle est certaine : la défaite des djihadiste mais combien de temps faut-il et pour quelle mutation ? Voilà les questions qui en valent la peine.
Khobet,http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-france-et-les-djihadistes-136356

22 mai 2013

Bamako se résout à négocier avec les Touaregs



Le ministre des Affaires étrangères malien, Tieman Coulibaly, et le commissaire européen, Andris Piebalgs, signent un accord entre l'Europe et le Mali en présence de Dioncounda Traoré, José Manuel Barrosoet François Hollande, le 15 mai à Bruxelles. Crédits photo : THIERRY CHARLIER/AFP

Le sort de Kidal, pour l'heure sous contrôle des rebelles du MNLA, doit être tranché avant l'organisation de la présidentielle.
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La réunion des bailleurs de fonds pour le Mali, le 15 mai à Bruxelles, s'étant achevée sur un succès, l'urgence est maintenant de boucler au plus vite le processus politique. «Il faut organiser un vote pour donner au pays un gouvernement légitime», souligne un diplomate. L'objectif principal est de remplacer le président par intérim Dioncounda Traoré, installé en catastrophe, après le coup d'État du 22 mars 2012.

Dioncounda Traoré s'est engagé à plusieurs reprises à appeler aux urnes au mois de juillet. La date officielle a été fixée au 28. Un choix que beaucoup jugent optimiste. Les difficultés logistiques, de l'impression des cartes d'électeurs à la mise en place du matériel électoral, sont énormes. «C'est faisable avec de l'organisation», assure un haut fonctionnaire de l'ONU.

Le vrai problème se trouve dans les séquelles de la guerre, à Kidal. Cette ville de l'extrême nord du pays, un temps occupée par les islamistes, est passée en février sous le contrôle armé de Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ce groupe rebelle touareg a toujours été hostile aux djihadistes mais revendique l'indépendance de l'Azawad, le nord du Mali, à la grande colère de Bamako.

Paris a bien pris soin jusqu'à présent de ne pas prendre parti dans ce conflit entre les Touaregs et le gouvernement central, opposition qui plonge ses racines dans une défiance mutuelle bien plus vieille que le Mali. L'armée française n'entretient qu'une présence minimale à Kidal. Les soldats maliens, chassés de la ville en janvier 2012 par le MNLA, en sont toujours absents, tout comme l'administration. Or, sans le retour au moins des fonctionnaires le déroulement d'une élection est impossible. «Cela entraînerait le report du vote dans tout le pays», reconnaît-on à l'Élysée et à Bamako.



Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. « Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad », martèle Moussa Ag Acharatoumane

La solution de la force a été écartée. L'hostilité entre militaires maliens et MNLA est telle que toute tentative de reprise conduirait à une lutte sanglante. Reste donc la négociation. Cette semaine, Touaregs et gouvernement se sont dits prêts à ouvrir un dialogue sous le contrôle de Blaise Compaoré, le président burkinabé. Dans les jours prochains, une délégation touareg conduite par Bilal ag Achérif, le chef du MNLA, devrait se rendre à Ouagadougou. De son côté, Bamako a nommé vendredi Tiébilé Dramé, un homme politique malien, comme négociateur. Les positions des uns et des autres restent très éloignées.

Jeudi, Dioncounda Traoré, a ainsi répété son hostilité à toute autonomie, pensant qu'un «processus de décentralisation» est suffisant. «Un statut précis pour l'Azawad, comme une autonomie est le minimum», souligne Moussa Ag Acharatoumane, un proche de Bilal Ag Achérif. Autre point de friction: le sort des combattants du MNLA. Bamako demande le désarmement des miliciens, une option dont ne veut pas entendre parler le MNLA. Même le calendrier pose une difficulté. Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. «Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad», martèle Moussa Ag Acharatoumane.

Dans la réalité, la position des uns et des autres pourrait être plus nuancées et d'autres négociations, plus discrètes, devraient se tenir dans les jours à venir. «Le MNLA sait que sa carte maîtresse tient à sa capacité à bloquer l'élection mais il sait aussi qu'il n'est plus en position de force militaire», souligne un bon connaisseur du dossier. Paris et l'ONU tentent donc de rapprocher les points de vue et de dessiner une issue. «Nous sommes prêts à accompagner l'administration civile malienne à Kidal», a expliqué François Hollande. En claire, l'armée française assurerait, en accord avec le MNLA, la protection des fonctionnaires maliens pendant l'élection. L'armée malienne, elle, resterait pour un temps encore loin de Kidal. «C'est une possibilité mais rien n'est fait», assure un haut responsable français.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/17/01003-20130517ARTFIG00705-bamako-se-resout-a-negocier-avec-les-touaregs.php

13 mai 2013

« Guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?…

Il y a de fortes probabilités pour que dans dans les jours (ou même les heures) qui viennent, la guerre reprenne autour de Kidal. Aux infos de France-Culture ce midi, on a réutilisé le terme de « guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?Ce qu’on a appelé la « guerre au Mali » (de janvier à avril 2013) n’était qu’une « guerre dans la guerre », un sur-conflit rajouté au conflit initial, qui est beaucoup plus ancien. La tension historique entre Nord et Sud du Mali qui dure maintenant depuis plus de 50 ans, depuis la décolonisation, avait pris, une fois de plus, une tournure extrêmement violente par le déclenchement début 2012 d’une quatrième rébellion au Nord-Mali. Et puis, en plein milieu de cette rébellion, un nouvel élément est apparu de façon assez prévisible : l’irruption des groupes salafistes – Aqmi, Mujao, Ansar ed-Dine –, groupes armés qui, par leur puissance militaire et financière, débordent rapidement le MNLA et finissent par le supplanter il y a environ un an. C’est contre eux que la France est intervenue ces derniers mois.
Il y a donc, au beau milieu de cette quatrième guerre entre Nord et Sud du Mali, un épisode parasitaire qui s’installe en janvier 2013 : la guerre entre une force islamiste radicale et une force internationale, toutes deux n’ayant quasiment rien à voir avec le conflit initial. C’est cette guerre-là, cette « guerre dans la guerre », qu’ont rapporté nos médias, mais ils ont un peu oublié de comprendre d’où elle venait… En faisant à l’époque (ce printemps) l’amalgame entre combattants indépendantistes locaux et djihadistes (le plus souvent étrangers à la région), ils ont considérablement contribué à brouiller la compréhension des événements en cours.
Il n’y a pas eu « internationalisation du conflit », contrairement à ce qu’on pu dire. Il y a eu superposition temporaire de deux conflits distincts, l’un, très ancien, interne au Mali, entre combattants du Nord et gouvernement, et l’autre externe, entre une internationale djihadiste radicale et des armées étrangères, qui est venu temporairement se greffer sur le premier. Une fois les djihadistes désorganisés et les forces françaises parties, alors les deux belligérants initiaux, l’armée nationale et les combattants indépendantistes, se retrouvent inévitablement face à face. Or rien n’étant réglé concernant les causes premières du problème, la guerre va inévitablement reprendre. Sauf si, de part et d’autre, les bonnes volontés et l’humanité qui est en chacun l’emportent sur les calculs politiques individuels. Ou sauf si la force onusienne d’interposition a pour mission de s’interposer en toute neutralité, mais ça n’en prend pas le chemin puisqu’apparemment les troupes tchadiennes convergent elles aussi vers Kidal.
Je ne peux pas prédire l’avenir mais j’ai peur qu’un sentiment de revanche s’empare du Sud – il est déjà visible dans l’opinion de la rue, à Bamako ou sur les réseaux sociaux – et, qu’une fois encore, la violence aveugle l’emporte sur la compréhension mutuelle. Si la force internationale onusienne prend parti, que ce soit à cause d’une mission mal définie, mal préparée ou par engagement pour un camp contre l’autre, la situation au Nord va vite devenir encore plus difficile pour des populations nomades déjà durement touchées par la guerre en cours.
Mais il ne faut pas se leurrer ni se bercer d’illusions : c’est de Paris que viendra la solution. Selon ce que Paris voudra ou pas, la solution sera politique ou militaire. Elle sera pacifique ou meurtrière. D’ailleurs l’attitude générale chez les combattants du Nord est de considérer que, puisque c’est la France qui est depuis 50 ans responsable du problème initial – en ayant refusé en 1958 l’autonomie du Nord et en ayant contraint des populations qui ne le souhaitaient pas à cohabiter avec d’autres dans une nation artificielle -, c’est à elle de clore définitivement la question. C’est donc le choix de Paris qui s’imposera. Il ouvrira un nouvel espoir ou apportera une plus grande souffrance, on le saura bientôt.
Il y a eu dès janvier un consensus entre les combattants (MNLA, MIA), Paris et Bamako pour empêcher l’armée nationale d’entrer dans Kidal, alors qu’à Gao ou à Tombouctou elle avait été en première ligne pour reprendre la ville, sitôt les raids aériens terminés. A ce jour, pas un seul soldat malien n’est entré dans Kidal. Ni les combattants, qui avaient annoncé qu’ils ne laisseraient jamais reprendre Kidal sans combattre, ni Paris, qui avait besoin de Kidal et de Tessalit pacifiées comme bases arrières pour ses opérations dans le massif du Tegharghar, ne pouvaient tolérer la présence de l’armée dans la région. A partir de là la situation devenait très compliquée pour Bamako, qui n’a jamais réussi à tenir un discours de vérité à son opinion publique. Alors que la rue bamakoise ne comprend pas pourquoi Kidal n’est toujours pas réoccupée, commençant même à laisser enfler une rumeur de « coalition entre Blancs » conduite par Paris au détriment du Mali – le héros libérateur d’hier devenant d’un coup le traître – le pouvoir s’empêtre dans toutes sortes d’explications maladroites, la dernière en date étant que l’armée n’est pas suffisamment préparée pour participer à de telles opérations.
L’histoire du Nord-Mali est ignorée par la plupart des gens au Sud, y compris parmi mes amis les plus proches. Si cette histoire, qui est pourtant une histoire nationale commune à tous les Maliens, avait été expliquée, partagée, racontée, et si les hommes s’étaient parlé au lieu de s’entre-déchirer, on n’en serait pas là. Au lieu de tenir des langages de vérité, certains politiques bamakois ont joué des clivages pour radicaliser chaque camp, au lieu de chercher à les rapprocher. Leur carrière valait-elle tout ce sang inutilement versé ?
Bien sûr, il fallait arrêter la folie extrémiste et restaurer la paix et la confiance entre les communautés, mais depuis le premier jour de cette guerre il était évident que sans une gestion politique, volontaire et transparente, de la « question du Nord » posée depuis plus d’un demi-siècle, les victoires militaires ne seraient que des coups d’épée dans l’eau, sans aucune autre portée que momentanée. Si dans les jours ou les semaines qui viennent, le conflit entre Bamako et le Nord gagne en intensité et redevient une guerre ouverte, alors le risque est grand qu’un chaos plus grand encore s’installe, pour une période beaucoup plus longue et sur un espace beaucoup plus vaste. Et si les forces africaines présentes sur place ne s’interposent pas – ou pire, participent directement aux combats – il y a de fortes chances pour que des groupes armés venus de pays voisins (Niger, Libye, Algérie…) viennent prendre fait et cause pour le Nord-Mali. Et ce n’est alors plus le Mali seul qui brûle, mais toute une région du globe.

Alain Brégy, fondateur de Kidal-Info, facebook

6 mai 2013

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise:
Diploweb-Patrice GOURDIN, le 5 mai 2013 
Les conflits en Libye puis au Mali ont attiré l’attention sur les Touaregs. P. Gourdin propose ici une mise en perspective. Maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs vivent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.
Cet article reprend et développe la conférence prononcée le 5 avril 2013 à Grenoble, dans le cadre du 5e « Festival de Géopolitique et de Géoéconomie » organisé par Grenoble École de Management sur le thème : « Mondialisation : Abus-Menaces-Perspectives ».
AVEC les Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et la naissance du capitalisme marchand, apparut le processus historique de mondialisation. Celui-ci prit une forme industrielle et financière au XIXe siècle et connut un premier apogée avant la Grande Guerre. Les deux conflits mondiaux, la crise des années 1930 et la Guerre froide rétractèrent et/ou figèrent le processus. La fin du communisme le relança dans les années 1990 et, depuis, il se trouve en phase d’accélération et d’amplification.
La mondialisation engendre une dynamique qui, tout à la fois, intègre et fragmente ou marginalise, car elle produit de l’inégalité. Ainsi s’opposent un “centre“- polycéphale – du monde et des “périphéries“. Cette hiérarchisation, très marquée par rapport aux multiples flux qui parcourent la planète, résulte de l’articulation plus ou moins possible et/ou réussie de chaque territoire avec les réseaux qu’empruntent ces flux, ainsi que de son aptitude plus ou moins grande à accumuler de la richesse.
De l’Antiquité à nos jours, la région Sahara-Sahel comprit de multiples espaces échappant à l’exercice d’une réelle autorité politique. Ils bénéficièrent de leur situation à la charnière de chacune des constructions politiques stables et sédentarisées qui se succédèrent. Il s’agit donc souvent d’un espace périphérique. Aujourd’hui, elle fait partie des “zones grises“ de la mondialisation, ces territoires marqués par l’absence de la loi et de l’ordre que chaque État, de par son devoir de sécurité, est sensé faire régner. La zone Sahara-Sahel sert de base à des rébellions et offre un espace d’impunité relative à des activités mafieuses, ainsi qu’un sanctuaire à des organisations terroristes salafistes.
Cela fait par conséquent planer une lourde menace sur la sécurité des États de la région, sur l’Union européenne et sur les États-Unis. Cela motiva la décision d’intervention militaire prise par le Président de la République française le 11 janvier 2013. Il répondait à l’appel des autorités de transition du Mali et des voisins de celui-ci, dans le cadre des résolutions (2056 du 5 juillet 2012, 2071 du 12 octobre 2012 et 2085 du 20 décembre 2012) adoptées par l’ONU. Démarche qui lui valut l’approbation unanime du Conseil de sécurité, le 14 janvier 2013, et des États membres de l’Union européenne, le 17 janvier 2013. La même cohésion ne se retrouve guère dans le soutien actif à l’intervention française. Outre les restrictions budgétaires qui touchent tous les acteurs, cela tient à l’indifférence de la plupart des États européens à l’égard du Sahel, ainsi qu’à la crainte (feinte ou sincère) d’œuvrer au seul bénéfice de la politique africaine de la France. Formulé ainsi, cela ne serait guère diplomatique, aussi est mise en avant la volonté de privilégier l’indispensable dimension politique de la solution à la crise malienne. Or, cela dépend en partie de la résolution de la difficile question touarègue.
Celle-ci résulte d’un processus assez classique : maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs virent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.

I. LES MAÎTRES DÉCHUS DU SAHARA CENTRAL

Les Touaregs dominèrent pendant plusieurs siècles le Sahara central. Ils s’étaient remarquablement adaptés à ce milieu très difficile et avaient construit une société originale, bien connectée avec l’extérieur.

A. DES BERBERES

Les Touaregs descendent de populations arrivées dans le Sahara humide vers le VIIIe millénaire av. J-C. L’appellation “Touareg“ est d’origine arabe. Les intéressés se dénomment “kel tamasheq“ – littéralement : “ceux qui parlent tamasheq“, une variante de la langue berbère. Cette langue constitue la base de leur identité. Et ce d’autant plus que, sur l’ensemble de la zone de peuplement berbère, seuls ils ont préservé l’alphabet tifinagh, dérivé de l’écriture dont usèrent leurs ancêtres dans toute l’Afrique du Nord et au Sahara.
Hormis la langue, leurs référents identitaires communs principaux sont le port du voile par les hommes, le mode de vie nomade et l’usage d’armes blanches venues (puis copiées) de l’Occident médiéval. La sédentarisation et l’acquisition d’armes à feu réduisirent considérablement ces singularités.
Traditionnellement très hiérarchisée, la société touarègue était dominée par les guerriers et marquée par une grande fluidité. D’une part, les rivalités multiples et incessantes provoquaient une très forte instabilité au sein des tribus et entre celles-ci. D’autre part, il existait une relative mobilité interne parmi les hommes libres, car les statuts ne demeurent pas immuables. À quoi il faut ajouter des possibilités d’affranchissement pour les esclaves. Chaque homme avait des droits et des devoirs en fonction de son appartenance sociale – héritée de sa mère. Son parcours personnel pouvait modifier son statut. Les observateurs relevèrent une relative liberté des femmes, mais c’était par comparaison avec le statut réservé à ces dernières dans les sociétés voisines, notamment arabo-musulmanes du Moyen-Âge. Cela ne semble guère faire de la femme touarègue un être réellement libre.
La société touarègue est composée de tribus de rang inégal, regroupées en sept confédérations, dont trois sont présentes au Mali : les Kel Adrar ou Kel Adagh (dans la région administrative de Kidal), la branche Kel Ataram des Iwellemmeden (dans la région administrative de Gao) et les Kel Antessar ou Kel Ansar (dans la région administrative de Tombouctou). Les relations forgées au fil des siècles au sein de ces tribus, entre ces tribus et entre leurs confédérations, influencent encore aujourd’hui la population touarègue. Les alliances fluctuantes et les rivalités de pouvoir pèsent toujours plus ou moins sur les activités et les engagements individuels et collectifs.

B. DES SAHARIENS

Arrivés vers le VIIIe millénaire av. J-C, alors que le Sahara était humide, les ancêtres des Touaregs s’adaptèrent à la dégradation climatique. Depuis plusieurs siècles, ces êtres vivent dans un milieu très difficile, marqué par l’aridité et la limitation des ressources, qui ne supporte par conséquent que de faibles effectifs. Leur nombre est aujourd’hui estimé entre 1 et 3 millions, répartis sur 2 500 000 km2  : environ 50% au Niger, 35% au Mali, 10% au Burkina Faso, 3% en Algérie, 2% en Libye.
Cette précarité impose la mobilité, qui fut atteinte et érigée en mode de vie – le nomadisme – grâce au chameau. Celui-ci leur permit de pratiquer l’élevage (au côté d’autres animaux considérés comme moins prestigieux, mais qui n’en sont pas moins très utiles, chèvres et ânes notamment), de se livrer au commerce et de mener longtemps avec succès la guerre, tant défensive que de prédation (rezzous).
La précarité impose aussi un partage très strict des ressources : chaque individu jouit d’un accès aux pâturages, à l’eau, au bois, au gibier et de droits d’usage du sol. La répartition s’établit en fonction du rang, mais du plus puissant au plus humble, chacun ne jouit que de l’usufruit, aucun ne possède ces ressources en propre.
Les richesses naturelles sont comptées et leur quantité demeure soumise aux aléas. Aussi les Touaregs avaient-ils complété leurs moyens d’existence en se faisant commerçants. Ils effectuaient des échanges dans chaque dimension spatiale : esclaves, dattes, sel, minerai de cuivre, bétail, peaux, artisanat (bois, cuir, métal) aux échelons local et intra-saharien ; esclaves, céréales, plumes d’autruche, or, étoffes indigo, produits manufacturés – notamment armes -, thé, sucre, soie, épices, parfums, encens, dans le cadre transsaharien. Cela passait par deux systèmes différents : celui du relais, les produits transitant de tribu en tribu ; celui du réseau, le même marchand (pas nécessairement un Touareg) traversant le territoire de chaque tribu dans le cadre d’accords et d’alliances (notamment matrimoniales) divers. Par leur participation aux traites négrières, ils s’inséraient dans le commerce triangulaire Europe-Afrique de l’Ouest-Amériques, réseau précoce de cette première mondialisation qui s’épanouit au XIXe siècle.
Ils restèrent à l’écart des révolutions agricole et industrielle, aussi la guerre demeura-t-elle pour eux une ressource essentielle. Les impératifs de sécurité et de prédation expliquent la forte tradition guerrière des Touaregs. Toutefois, les difficultés extrêmes liées au milieu naturel dans lequel ils évoluent les privèrent des bases démographiques et matérielles indispensables à la création d’un empire. En outre, du fait de leurs querelles intestines et de leur infériorité en matière d’armement, ils subirent une succession de défaites à partir de la conquête coloniale. Mais il subsiste un état d’esprit ne rechignant ni aux prises d’armes ni aux révoltes. En dépit de leurs qualités guerrières, les Touaregs se trouvèrent absents des armées “nationales“ formées après l’indépendance, en 1960, par le Mali et le Niger. Cela explique les revendications d’intégration d’ex-rebelles dans ces armées lors des processus de paix depuis les années 1990.

C. DES MUSULMANS

Le Mali compte 94% de musulmans dans sa population. Mais cette communauté en religion ne joue aucun rôle fédérateur entre les différentes composantes du peuple malien. En particulier, elle ne constitue pas une base de rapprochement entre les habitants du sud et les Touaregs
Les commerçants figurèrent parmi les musulmans les plus précocement convertis dans la zone Sahara-Sahel. En effet, la foi partagée est sensée leur assurer, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, honnêteté en affaires, solidarité et protection. L’islamisation des Touaregs commença, au XIe siècle, par les marchands et se poursuivit lentement. Ils ne revendiquent pas le facteur religieux comme élément fondant leur identité. Toutefois, celui-ci joue un rôle important dans leur organisation sociale. Les religieux constituent un groupe de spécialistes, formant une catégorie à part, respectée par tous et protégée par les nobles guerriers. Mais ce sont des non-combattants. Donc, bien qu’ils fassent partie des hommes libres, tout “descendants du Prophète “ qu’ils se prétendent, ils n’en sont pas moins tributaires des nobles.
Tous rattachés à la branche sunnite – comme les autres Maliens -, les Touaregs en embrassent les nombreuses nuances. Le soufisme exerce une forte influence à travers les confréries Tidjanyia et Kadryia. Ces dernières, avec leur culte des saints et leur enseignement de sagesse, inclinent leurs adeptes à la modération. Mais les autres courants peuvent provoquer des réactions plus vives. Dans certaines circonstances, la tiédeur des malékites n’exclut ni le fanatisme, ni le recours à la violence. Cela s’avère plus marqué avec les wahhabites (présents, à travers la Sanoussiya, dès le XIXe siècle), en particulier la minorité salafiste djihadiste. La répartition des Touaregs entre ces différentes perceptions de l’islam n’est pas connue avec précision. Néanmoins, celles-ci semblent présentes au sein de chaque tribu, voire de chaque famille. La tradition, l’histoire, les parcours individuels contribuent à cette diversité. D’ailleurs, l’islam s’avère, depuis un millénaire, tout autant un outil permettant de transcender les oppositions et les compétitions internes à la société touarègue, qu’un instrument pouvant les attiser.

D. DES CO-HABITANTS

Les Touaregs n’occupent pas seuls le territoire du Sahara central. Ils y cohabitent plus ou moins pacifiquement avec d’autres populations ayant parfois un passé aussi prestigieux que le leur. Cela interfère gravement avec leurs prétentions à l’indépendance ou à l’autonomie.
Au Mali, ils comptent pour environ 10% de la population. Installés dans le nord du pays, ils y côtoient plusieurs groupes. Les Maures (3% de la population) se rattachent au même rameau que les Touaregs, à l’origine, mais ils s’arabisèrent. Toutefois, ils ne se confondent pas avec les Arabes au sens strict (1,5% de la population), descendants proclamés des conquérants venus par le Nord. Des populations issues de brassages complexes remontent aux fondateurs de deux empires : les Songhaï (empire aux XVe-XVIe siècles) représentent environ 10% de la population et les Peul (empire au XIXe siècle) 14%.

II. SOUMISSION ET DÉSTRUCTURATION

Avec le processus de mondialisation, les Touaregs assistèrent à la ruine de leur système économique, social et politique traditionnel. Plusieurs bouleversements se conjuguèrent pour provoquer ce déclin. Avec l’affirmation de la domination européenne et l’essor du transport maritime, la place du commerce caravanier transsaharien diminua considérablement. La restriction continue de la liberté de déplacement, la rupture des liens de dépendance et la dégradation du milieu naturel compromirent irrémédiablement les ressources et le mode de vie touaregs. L’éloignement des centres de décision, l’insuffisance des infrastructures, l’absence dans les circuits économiques réorganisés, l’exclusion de l’exercice du pouvoir et le désintérêt de l’État malien entretinrent la marginalisation.

A. LA DOMINATION COLONIALE FRANÇAISE

Le développement par les Européens du commerce maritime au long cours dès le XVIe siècle sapa lentement une base essentielle de la prospérité, donc de la puissance des Touaregs. L’invasion marocaine, à la même époque, provoqua parmi eux des désordres politiques et économiques. L’interdiction du commerce négrier par le traité de Vienne en 1815, si elle n’aboutit pas à sa disparition instantanée, le rendit plus difficile et le déplaça vers le sud de l’équateur, ce qui pénalisa l’économie touarègue. Celle-ci subit également le choc du transfert en Afrique de certaines activités productives au fur et à mesure du recul de l’esclavage aux Amériques : la rente négrière disparaissait, les échanges de produits traditionnels (or, peaux, gomme arabique, par exemple) stagnaient et, déjà marginalisé par la révolution des transports, l’espace touareg était impropre aux cultures de plantation, notamment oléicoles, qui connurent alors un grand essor en Afrique de l’Ouest. Bref, les Touaregs perdaient pied dans la division internationale des activités. Après que la diffusion de la quinine eût commencé de briser l’obstacle sanitaire qui faisait de l’Afrique le “tombeau de l’homme blanc“, et alors que la grande crise économique apparue en 1873 perdurait dans les pays industrialisés, la conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885), mit en forme la colonisation de ce continent. À la suite de la prise de contrôle des régions côtières, le mouvement s’accéléra dans la zone saharo-sahélienne, avec la soumission imposée par les armes françaises entre 1894 et 1904. Les voies du commerce transsaharien achevèrent de se décaler vers l’est, qui préserva son indépendance le plus longtemps et qui capta la majeure partie des flux, au détriment du centre et de l’ouest. Le coup de grâce vint de l’achèvement des voies ferrées Kayes-Bamako (1904) et Lagos-Kano (1912), qui court-circuitèrent le commerce transsaharien dans la boucle du fleuve Niger et le pays haoussa.
Dès 1908, l’administration coloniale définit sa “politique touarègue“. En priorité, il s’agissait de contrôler la population : soumission des tribus, recensement, quadrillage militaire, contrôle des armes, imposition de l’arrêt des rezzous, suppression de la traite esclavagiste, abolition du système tributaire, obligation de fourniture de guides et d’animaux, contrôle des déplacements, fixation des prix du bétail, ingérence dans l’organisation politique traditionnelle (dislocation des fédérations, intervention dans la désignation des chefs, notamment). Après l’écrasement de la brève mais violente révolte de 1916-1917, la paix régna jusqu’à la décolonisation. Le renforcement du contrôle des populations et l’organisation d’unités méharistes, très mobiles et très efficaces, assurèrent la quiétude dans cette zone. À l’heure des décolonisations, alors que les combattants d’origine arabe devenaient de moins en moins fiables, la France recruta des supplétifs parmi les Touaregs. Ils firent preuve d’une loyauté constante et assurèrent un blocage efficace de la wilaya 7 organisée par le FLN. À partir de Tessalit, Kidal et Gao, celui-ci entendait contourner – par l’Adrar des Ifoghas, le Hoggar et l’oasis de Tindouf – les barrages établis par les Français le long des frontières marocaine et tunisienne.
Avant la découverte des hydrocarbures, à la fin des années 1950, le Sahara central ne présentait pas d’autre intérêt que sa position stratégique à la charnière des trois composantes de l’empire colonial africain de la France (Afrique du Nord, Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale française). Aussi, en dépit de la soumission et de la fidélité des tribus, l’investissement colonial (infrastructures, santé, éducation, notamment) en zone touarègue fut très limité, ce qui n’améliora guère la vie quotidienne des populations nomades. En revanche, la disparition des grands mouvements de migration qui avaient lieu en cas de fortes sécheresses provoqua la perte du savoir-faire ancestral d’adaptation et de réaction aux aléas météorologiques. Cela aggrava les conséquences des dysfonctionnements climatiques majeurs intervenus depuis l’indépendance. Ajoutons que les nomades demeurèrent loyalistes car ils craignaient de perdre le peu de liberté de déplacement qu’il leur restait. En outre, les chefs traditionnels, déjà déstabilisés par l’introduction du suffrage universel à partir de 1945 (qui desserra ce qui subsistait des liens de dépendance), redoutaient la subversion sociale contenue dans le programme socialisant du FLN. À quelques très rares exceptions, les chefs touaregs refusèrent constamment la scolarisation de leurs enfants. Ils demeuraient attachés au mode oral de transmission de la somme considérable de connaissances qu’ils avaient acquises (chez les nobles touaregs, la culture est une qualité tout aussi importante que le courage). De plus, ils craignaient une déculturation massive et, à terme, la perte totale de leur identité. Cela s’avéra une très lourde erreur, tant vis-à-vis du colonisateur que vis-à-vis des autres composantes de la population des colonies. En effet, de ce rejet date le déficit chronique des Touaregs en personnels qualifiés, en intellectuels et en cadres politiques compétents.
Pas ou peu au fait des rouages de la démocratie occidentale contemporaine, les chefs touaregs ne semblent guère avoir perçu clairement les enjeux de la décolonisation. Par conséquent, lorsqu’en 1958 ils comprirent que la France allait partir, ils raisonnèrent dans la logique politique tribale qui était la leur. Ils s’étaient soumis au pouvoir du plus fort et, à ce titre, avaient acquitté tribut. En retour, suivant leur conception des règles du jeu politique, ils attendaient aide et protection du vainqueur. À l’aube des indépendances africaines, cela prit la forme d’une demande à la métropole de leur confier un État en propre. Or, cette requête ne fut pas honorée, car elle obérait les bonnes relations voulues par Paris avec les États en voie d’émancipation.

B. LA MARGINALISATION DANS L’ÉTAT MALIEN

Le 22 septembre 1960, Modibo Keita proclama l’indépendance du Mali, sous la direction des Bambara, descendants des fondateurs du prestigieux empire dont ils reprenaient le nom. Faute de disposer des moyens de résister, la majorité des chefs touaregs se soumirent, tandis que quelques-uns prenaient le chemin de l’exil. Accusés d’avoir été des partisans de la colonisation, sous-scolarisés (par leur faute, nous l’avons vu), ils se trouvèrent exclus des réseaux de pouvoir, tant politique qu’économique, ce qui pérennisa leur marginalisation.
Le Mali conserva pour l’essentiel le système d’administration des populations du Nord mis en place par la France. Le seul changement perceptible consista en la substitution d’administrateurs et de militaires Bambara aux Français. Les Touaregs ressentirent cela comme une seconde colonisation. La politique socialisante de développement accorda la priorité à l’agriculture (source principale de richesse des sédentaires du Sud, désormais au pouvoir), au détriment de l’élevage (alors que les Touaregs excellent dans cette activité). La législation (regroupement obligatoire en coopératives, monopole étatique sur le commerce extérieur, par exemple) et la fiscalité s’avérèrent défavorables aux Touaregs. Les décideurs à Bamako, ainsi que leurs conseillers, ignoraient (et ignorent encore souvent) les réalités socio-économiques du Nord. Le manque d’infrastructures et la quasi absence des Touaregs dans les activités de transport par camions généra un mécanisme d’échange inégal interne, qui entretint un sous-développement plus marqué au Nord. En outre, les autorités maliennes mirent en œuvre sans ménagement un vaste programme de sédentarisation. La volonté de mieux contrôler les populations se doublait de la conviction – héritée de la période coloniale et partagée par les grandes institutions internationales – que l’abandon du nomadisme était une condition du progrès.
Cela sembla confirmé par les sécheresses qui affectèrent très gravement le Sahel en 1973-1974, puis en 1984-1986, et achevèrent de briser le système de production pastorale. Les populations nomades, perdant une grande part de leurs troupeaux, ne purent survivre et durent se déplacer. Leur arrivée sur les bords du fleuve Niger provoqua de fortes tensions avec les paysans sédentaires riverains. Nombreux furent ceux qui, au terme d’éprouvantes pérégrinations, échouèrent dans les villes ou à l’étranger et entamèrent la descente aux enfers de la clochardisation. Le détournement d’une partie de l’aide internationale par le pouvoir bambara de Bamako aggrava leur situation et entretint leur ressentiment.
Depuis les années 1990, les pays de la zone Sahara-Sahel ont renforcé leurs relations économiques avec les pays pétroliers du Proche-Orient, ce qui limita les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, donc l’intégration économique de l’espace touareg aux flux de richesse licite.
Des évolutions institutionnelles auraient pu leur donner voix au chapitre dans la vie politique du Mali. La Constitution de la IIe République, adoptée en 1974, conféra une représentation politique aux “fractions“. Les perspectives de participation à la vie politique s’élargirent encore en 1993 avec la loi sur la décentralisation. Mais ces opportunités, pour limitées qu’elles étaient, furent mal ou pas utilisées, notamment faute d’alphabétisation. La participation électorale est très faible et les élus sont souvent des notables traditionnels ralliés.
Exode et/ou exil renforcèrent la marginalisation des Touaregs. Coupé de son espace territorial, économique, social et culturel, l’individu connut une mutation importante : la dimension lignagère et spatiale de son identité s’estompa et fit place à une perception ethnique. L’appartenance à l’ensemble touareg prit le pas sur l’attache tribale. C’est du moins ce que semblent révéler les révoltes survenues depuis les années 1990.

III. LES STRATÉGIES DE SURVIE

Habitués par un milieu naturel hostile à déployer des trésors d’ingéniosité et de mobilité pour continuer à vivre, les Touaregs ont conservé, pour le meilleur et pour le pire, ces qualités jusqu’à nos jours. Ils le firent sous la pression des contraintes imposées par l’histoire, depuis la conquête française.

A. LES REVOLTES

Toutes les bases de la société touarègue furent mises à mal par la colonisation française, ce qui explique les troubles qui culminèrent avec la rébellion qui éclata en 1916 sous la direction de Kaocen ag Kedda, un Touareg de l’Aïr lié à la puissante confrérie Sanoussiya. Malgré les incontestables qualités de fédérateur et de stratège de la guerre moderne de son chef, la fragmentation politique, les stratégies contradictoires des confréries influentes et l’infériorité en effectifs comme en armement eurent raison, au début de 1917, de ce sursaut d’une société moribonde. Après la Première Guerre mondiale, il régna au Sahara central un calme permanent.
La situation se dégrada rapidement après la création de l’actuel État malien. En 1963-1964, des Kel Adagh et des Kel Ansar prirent les armes contre les méthodes d’administration mises en œuvre par les fonctionnaires et les militaires envoyés du sud par Bamako. Il s’agissait d’un soubresaut déclenché par la frustration d’être mis sans ménagement à l’écart et de se voir imposer, sans aucune concertation, une politique contraire à leur culture et à leurs intérêts. Brutalement réprimé, le mouvement cessa. Le massacre d’une grande partie de leurs troupeaux durant les opérations de “pacification“ et les sécheresses de 1973-1974, puis de 1984-1986, achevèrent de démanteler leur société. Une partie des plus jeunes, dans l’exil et sous l’influence des menées (dans les années 1980) du dictateur libyen, le “colonel“ Kadhafi, organisèrent une nouvelle lutte armée. Entre 1990 et 1995 ils menèrent une guérilla motorisée, très mobile, imitant les rezzous. Défendant l’identité touarègue, ils ne formulèrent pas une revendication nationaliste, ne demandèrent pas un État au Sahara central. Ils exprimèrent, tant au Mali qu’au Niger, épicentres de ce mouvement, leur volonté d’intégration aux États dans lesquels eux et leurs familles vivaient. Faute d’une réponse satisfaisante, ils entretinrent une insécurité endémique (en particulier sous la houlette du charismatique Ibrahim Bahanga). Des troubles plus graves survinrent entre 2006 et 2009, sans que Bamako ne pût et/ou ne voulût apporter les réponses de fond qui auraient convenu.
La création du Mouvement national de libération de l’Azawad-MNLA, à l’automne 2011, se situe dans la continuité de cette insatisfaction, de ces protestations et du caractère marginal de ces organisations. Après une campagne-éclair remportée grâce à la conjonction de l’affaiblissement de l’État malien (notamment la décomposition de son outil militaire), de l’afflux de combattants revenus de Libye avec du matériel plus puissant qu’autrefois et de l’appoint déterminant des groupes salafistes djihadistes, le MNLA proclama unilatéralement l’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012. Mais, divisé, trop peu représentatif, ignoré par la communauté internationale et démuni, il perdit, deux mois plus tard, au profit des salafistes djihadistes, le contrôle du territoire conquis.

B. L’EMIGRATION

Dès 1964, après l’échec de la révolte de 1963, une partie des Kel Adagh s’exila en Algérie (Tamanrasset). Plusieurs vagues grossirent les rangs de la diaspora touarègue durant les sécheresses au Sahel de 1973-1974 et 1984-1986. Ainsi naquit le phénomène “ishumar“. Terme qui désigne une génération de “kel tamasheq“, généralement célibataires (16-35 ans), qui quittèrent leur famille et leur pays de naissance pour aller chercher du travail et/ou fuir la répression. La plupart se dirigèrent vers les deux pays où il existait une communauté touarègue réputée mieux traitée (par exemple, le 15 octobre 1980, dans un discours prononcé à Oubari, le “colonel“ Kadhafi exhorta les Touaregs à venir en Libye, “leur patrie d’origine“) et où, surtout, il y avait des emplois – peu ou pas qualifiés – grâce à la rente pétrolière : l’Algérie et la Libye. Ainsi, des jeunes Touaregs se retrouvèrent parmi les soutiers de la mondialisation. Délaissant leur origine tribale, se détournant des cadres politiques traditionnels impuissants ou corrompus, les “ishumar“ se rassemblèrent autour de leur appartenance ethnique commune, de leurs problèmes partagés et d’un itinéraire de vie semblable. Ils développèrent alors une conscience politique qui les conduisit à formuler des revendications d’intégration et à s’organiser pour défendre celles-ci, tant sur le terrain politique que les armes à la main.
À partir de 1986, en partie suite aux aléas de l’économie mondiale, la nécessité de lutter se renforça. L’Algérie, alors frappée par la rétraction de la rente pétro-gazière, expulsa vers leur pays d’origine les réfugiés touaregs venus du Mali. La situation de ceux qui se trouvaient en Libye se dégrada, car ils perdaient leurs emplois du fait, également, de la chute des cours du pétrole. Forts de leur réputation guerrière, certains s’enrôlèrent dans l’armée de Kadhafi, servant ses sinueux desseins africains et proche-orientaux. Les observateurs affirment que les jeunes Touaregs ne furent pas dupes de cette manipulation. Ils auraient agi en toute connaissance de cause et dans le but de se procurer des armes ainsi que d’acquérir une formation militaire pour, le moment venu, abandonner le dictateur libyen et mener leur propre combat.

C. LE TOURISME

Pour une poignée de Touaregs, la planche de salut sembla se trouver dans le tourisme, une des manifestations les plus visibles de la mondialisation contemporaine. Apparues dans les années 1970, médiatisées par des auteurs talentueux, les méharées attiraient un public occidental disposant de revenus élevés et prêt à payer des sommes substantielles pour découvrir le désert “authentique“ et le mode de vie traditionnel de ses habitants. Plus controversé et répondant à une autre forme d’appel du désert, le rallye Paris-Dakar procura quelque argent entre 1979 et 2008. Là résidait une part de la forte croissance économique enregistrée par le Mali dans les années 1990.
Mais cela ne pouvait constituer qu’une source marginale de revenus, eu égard aux conditions difficiles de vie dans le milieu désertique et à l’absence d’infrastructures, fussent-elles spartiates. Ce type de loisir, exigeant une excellente condition physique, ne pouvait pas convenir à un nombre élevé de vacanciers. Dont le milieu naturel fragile n’aurait, d’ailleurs, pas pu supporter les nuisances. En outre, durement étrillé par l’armée en Algérie, le Groupe salafiste pour la propagande et le combat, devenu Al Qaida dans les pays du Maghreb islamique en 2007, s’implanta à partir de 2003 dans le Sahara central. Ses katibas visèrent les activités touristiques, tout à la fois pour tarir une source importante de devises pour les États qu’il entendait déstabiliser afin d’en prendre le contrôle, pour ternir la réputation de ces États et pour exploiter l’amplification médiatique de son combat que ses forfaits suscitaient.

D. LES ACTIVITES ILLICITES

Lieu de passage difficile mais connectant des espaces locaux, régionaux et transnationaux, le Sahara central s’affirma comme particulièrement propice à toutes sortes de trafics auxquels, pour assurer leur subsistance, certains de ses habitants se livrèrent (comme la traite négrière dont, en dépit de son interdiction en 1815, Tripoli demeura un centre très actif, approvisionné par les pistes transsahariennes) et se livrent toujours. Une partie de la population touarègue, directement ou indirectement, est en affaire avec divers réseaux mafieux et se trouve en connivence avec des organisations terroristes djihadistes. Le trafic s’impose comme la continuation du commerce caravanier sous d’autres formes et avec d’autres “produits“ (véhicules, cigarettes, médicaments, armes – notamment légères -, drogue, émigrants clandestins). Dans la mesure où seuls les Touaregs connaissent les pistes, ceux-ci s’imposent comme des intermédiaires obligés.
Là réside, étrangement, la forme la plus aboutie de l’intégration contemporaine des Touaregs à la mondialisation. Le Sahara central est devenu une immense “zone grise“ pérennisée par une véritable “chaîne d’intérêts“. Les réseaux mafieux et terroristes s’insèrent dans les relations d’affaires très anciennes, souvent assorties de liens familiaux, qui unissent les commerçants (de toute envergure) d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest avec les tribus nomades. Les frontières contemporaines, plus contrôlables qu’on ne le dit souvent – ne serait-ce que par l’obligation de transit par certains lieux (passage, points d’eau, par exemple) – entravent les échanges, mais elles créent aussi des opportunités infinies d’enrichissement pour toute une série d’acteurs. Outre ceux mentionnés précédemment, les réseaux qu’ils connectent intègrent ceux formés avec des complices sis au sein des appareils d’État et des structures de pouvoir, la plupart du temps du bas de l’échelle jusqu’au plus haut niveau. Les personnages et/ou les groupes les plus importants disposent de relais en Amérique (Sud et Nord), en Europe, au Proche-Orient et/ou en Extrême-Orient. On le voit, le maillage des intérêts et des complicités est littéralement “global“. Il prospère localement sur la défaillance des États, dont il constitue une face paradoxalement “positive“ pour une partie des Touaregs. C’est de l’incompétence, de la corruption et de l’absence de l’État, ainsi que de la marginalisation et de l’insécurité dans lesquelles le pouvoir légal tient le nord du Mali, que résulte l’épanouissement des activités certes illicites, mais qui assurent la survie et parfois la fortune d’une partie des Touaregs. Ajoutons que, comme dans toute “zone grise“, la majorité de la population du Sahara-Sahel subit ces agissements délictueux bien plus qu’elle ne les cautionne. L’indigence, le poids des solidarités traditionnelles et l’absence de protection par un État de droit ne laissent guère d’autre possibilité. Tout cela ressemble à ce que l’on observe dans une autre “zone grise“ africaine : la région soumise aux exactions des pirates somaliens.
La conséquence la plus déstabilisatrice de cette criminalisation économique est son évolution en criminalisation politique. Ce qu’illustre le phénomène salafiste djihadiste. En 2003, ses sectateurs exploitèrent les dissensions inter-touarègues et la déliquescence du pouvoir à Bamako pour s’enraciner au Nord Mali. Avec l’argent provenant de la drogue et des rançons d’otages occidentaux, ils recrutèrent des complices et des combattants chez les Touaregs. Dans un autre registre, la création, en 2007, de l’Alliance Touareg Mali-Niger semblait avant tout liée à la volonté d’obtenir la démilitarisation de la zone frontalière de Tin Zawaten, un des hauts lieux de passage des trafics entre l’Afrique de l’Ouest et l’Algérie. La revendication politique paraît avoir été instrumentalisée pour la défense d’intérêts mafieux, même si une partie des combattants croyaient sincèrement lutter pour un objectif avouable. Autre résultat inquiétant, la montée de la violence interne pour la maîtrise des territoires, car le contrôle d’itinéraires et/ou de lieux de stockage génère des revenus de plus en plus considérables. Cela exacerbe les affrontements entre clans et autres sous-groupes, le plus souvent sous couvert de réaffirmation des “droits ancestraux“. Il a même été observé des répercussions sur les compétitions électorales  : financements douteux, utilisation “non-conventionnelle“ de relations privilégiées avec les autorités à Bamako. Tout cela entretient la fragmentation économique, sociale et politique, ce qui bloque l’apparition d’une conscience politique, notamment celle d’un destin commun qui susciterait l’émergence d’une nation touarègue ou le ralliement à la nation malienne.

SOLUTION IMPROBABLE ?

La question touarègue résulte d’une marginalisation dans le cadre de la mondialisation. Or, la marginalisation de certains espaces constitue l’une des caractéristiques de la mondialisation et l’Afrique de l’Ouest demeure une “périphérie“. De plus, cette exclusion profite, à des degrés divers, à de nombreux acteurs qui n’ont par conséquent aucun intérêt au changement. Pourquoi laisseraient-ils démanteler un “système“ aussi rentable, dont les incidences négatives affectent, par surcroît, des pays éloignés, qui leur sont totalement indifférents, voire auxquels ils reprochent leur égoïsme ou leur malfaisance ?
Seule l’émergence économique du continent africain serait susceptible de modifier cette situation. Intégré à l’un et/ou l’autre des “centres“ de la mondialisation (Europe, Amérique du Nord, plutôt qu’Asie, a priori), voire devenant lui-même l’un de ces “centres“ (ses ressources naturelles et démographiques le lui permettraient, du moins en théorie), il circonscrirait ou éliminerait cette “zone grise“ Sahara-Sahel.
Donc, hormis le fait que le contexte politico-militaro-criminel intérieur ne s’y prête guère, le traitement de la question touarègue dans le cadre du seul Mali semble inadapté. La “Stratégie pour le Sahel“, adoptée par l’Union européenne le 29 septembre 2011, va donc dans le bon sens, puisqu’elle lie sécurité, développement et gouvernance, aux échelons local, national et régional. Mais l’indifférence de nombre d’États européens pour ce problème, illustrée par leur faible implication dans le financement des programmes en faveur du Sahel, comme dans le soutien à l’opération Serval ou l’assistance à la reconstruction de l’armée malienne (EUFOR Mali, démarrée à Koulikoro le 2 avril 2013), n’incite guère à l’optimisme et, hélas, ne plaide guère en faveur de leur intelligence politique. Pour espérer effacer le gris de la zone Sahara-Sahel, actuellement partie prenante à la face obscure de la mondialisation, il paraît pourtant nécessaire d’intégrer pleinement l’Afrique de l’Ouest aux réseaux licites, afin de favoriser son développement économique et d’assurer son émergence sur la face claire de la mondialisation.
Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Auteur de Géopolitiques, manuel pratique, Paris, 2010, Choiseul, 736 pages. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com,http://www.diploweb.com/Touaregs-du-Mali-Des-hommes-bleus.html

Plus
. Lire l’article de Patrice Gourdin, « Géopolitique du Mali : un Etat failli ? »
Bibliographie
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. GARDELLE Linda, Pasteurs touaregs dans le Sahara malien. Des sociétés nomades et des États, Paris, 2010, Buchet-Chastel, 214 p.
. « Géopolitique du Sahara », Hérodote, n° 142, 2011
. MINASSIAN Gaïdz, Zones grises. Quand les États perdent le contrôle, Paris, 2011, Autrement, 202 p.
. MOREL Alain, Milieux et paysages du Sahara, Paris, 2008, Ibis Press, 255 p.
. NANTET Bernard, Histoire du Sahara et des Sahariens. Des origines à la fin des grands empires africains, Paris, 2008, Ibis Press, 249 p.
. ROGNON Pierre, Biographie d’un désert, Paris, 1989, Plon, 347 p.
. SAINT GIRONS Anne, Les rébellions touarègues, Paris, 2008, Ibis Press, 186 p.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com,http://www.diploweb.com/Touaregs-du-Mali-Des-hommes-bleus.html

28 avr. 2013

Présidentielle au Mali : imbroglio entre le MNLA et Bamako

Présidentielle au Mali : imbroglio entre le MNLA et Bamako:






Les 1er et 2ème tours de l’élection présidentielle sont prévus pour les 7 et 21 juillet prochains. Or, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est présent sur une partie du nord-Mali et refuse de désarmer. Les Touaregs ne rendront pas les armes tant que le gouvernement de Bamako n’ouvrira pas les négociations. D’où l’imbroglio.
Pas d’élection présidentielle tant que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ne désarmera pas. Le calendrier du scrutin, fixé par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, indique que le premier tour aura lieu le 7 juillet et le second tour, le 21 juillet.
Comment organiser le scrutin alors que le MNLA est présent sur une partie du Nord-Mali et n’a toujours pas désarmé ? « La rébellion, de son côté, ne veut pas d’élection tant que des négociations n’auront pas été ouvertes avec Bamako. Et de part et d’autres, des bruits de bottes se font entendre », rapporte RFI. Et d’ajouter : « Si les deux protagonistes affichent des positions intransigeantes et apparemment inconciliables, la communauté internationale les met en garde contre un possible retour à l’affrontement ».
La France est favorable à une solution politique, c’est-à-dire à une négociation entre le MNLA et les autorités maliennes. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, plaide pour un dialogue « le plus vite possible », afin de respecter l’agenda de l’organisation de l’élection présidentielle.
Un calendrier « pas crédible » et « prématuré »
Même au sein de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), les doutes se font ressentir sur l’organisation de l’élection présidentielle en juillet. « La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a estimé que la date du 7 juillet pour le premier tour de l’élection du président de la République était une date difficile à tenir, parce que nous estimons que certains préalables ne sont pas encore satisfaits », confie à RFI, Mamadou Diamoutani, président de la Céni.
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a fixé, vendredi 5 avril à Bamako, la feuille de route de l’élection présidentielle prévue pour les 7 et 21 juillet. Le calendrier de l’organisation de l’élection présidentielle au Mali, proposé par la France, n’est « pas crédible » et est « prématuré ». C’est en tout cas l’analyse de Philippe Hugon, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iirs), contacté par Afrik.com.
Pourquoi ce calendrier n’est pas crédible ? « Je crois que ce n’est pas crédible, même si c’est important d’annoncer un échéancier assez proche. Ce n’est pas crédible car il y a encore des zones incontrôlées, les listes électorales ne sont pas encore définies et le climat est défavorable », selon le chercheur. « C’est un effet d’annonce pour faire avancer le processus électoral. Si on ne dit rien, rien ne va avancer. Si on est optimiste, l’élection présidentielle n’aura pas lieu avant octobre ».
A la suite des pressions de la France et de la communauté africaine, Bamako pourrait se contenter du cantonnement du MNLA au lieu de son désarmement. Le groupe de Touaregs n’exclut pas une reprise du conflit en cas de non compromis.
http://www.afrik.com/presidentielle-au-mali-imbroglio-entre-le-mnla-et-bamako

Communiqué du MNLA suite aux échanges avec la délégation des Nations Unies


Mouvement National de Libération de l’Azawad
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MNLA
Unité – Liberté - Justice


Communiqué du MNLA suite aux échanges avec la délégation des Nations Unies

Suite à l’audience du Dimanche 31 Mars 2013 accordée à Kidal par le Bureau politique du MNLA présidé par son Secrétaire Général à une délégation des Nations Unies, une importante délégation de cette Institution conduite par le Chef du Bureau des Nations Unies au Mali, Monsieur David GRESSLY, est revenue pour s’entretenir avec le MNLA pour aborder les points relatifs à l’amorce du dialogue avec les autorités maliennes de la transition. Cette audience a eu lieu en présence des membres du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), organe exécutif du MNLA.
Les points ci-après ont été abordés par les deux parties après des analyses :
1.Dialogue : les deux parties ont convenu de la nécessité du démarrage du dialogue entre le MNLA et les autorités de la transition du Mali.
Le MNLA a rappelé sa disponibilité à négocier avec les autorités maliennes pour avoir une issue politique conforme aux aspirations des populations de l’Azawad. Il a rappelé que ce dialogue nécessite un engagement sincère des autorités maliennes de la transition à travers l’élaboration d’une feuille de route entre elles et le MNLA. Il a rappelé que ce dialogue se ferait dans le cadre du respect de l’intégrité territoriale du Mali, dans lequel l’Azawad constituerait une entité à part entière.
Le MNLA a présenté à la délégation onusienne les préalables pour l’amorce des négociations avec le Mali, notamment l’instauration d’un pacte de non-agression entre le Mali et le MNLA.
La délégation onusienne et le MNLA ont convenu de la nécessité et de l’urgence d’enclencher le processus de négociation à travers une rencontre préliminaire entre les représentants du gouvernement malien et le MNLA pour proposer un accord cadre sous forme d’une feuille de route dans lequel seront définis les préalables et les modalités des négociations. La date et le lieu seront proposés par les Nations unies aux deux parties.
Le MNLA souhaite que ces négociations démarrent sous l’égide de l'ONU et les garanties de la communauté internationale, de la Suisse et des médiateurs de la CEDEAO avec la participation de certains pays pour leur engagement et leur implication dans la recherche d'une solution politique, notamment la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie et particulièrement le Tchad pour ses sacrifices déjà consentis sur le territoire de l’Azawad dans le cadre de la lutte contre les narcoterroristes et surtout pour les relations positives que son armée a su acquérir et consolider avec les populations de l’Azawad.
L’engagement et les sacrifices consentis par la France dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, ses efforts et sa démarche politique et diplomatique dans la recherche de solution politique ainsi que son acceptation par les autorités maliennes et surtout par le MNLA qui y place espoir et confiance, justifient le rôle prépondérant de premier rang qu’elle doit jouer dans la recherche d'une solution politique pour le règlement définitif qui oppose l'Azawad au pouvoir central de Bamako depuis plus de 52 ans.
Le MNLA souhaite aussi une plus grande implication des Etats Unis d’Amérique (USA) aux cotés de l’Organisation des Nations Unies, de l’Union africaine, de l’Union Européenne, de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI).
2.L’organisation des élections : la délégation onusienne a fait observer l’importance d’organiser des élections afin de permettre l’instauration de l’ordre constitutionnel et d’un gouvernement légitime au Mali. Le MNLA a estimé que la priorité qui constitue aussi le préalable à ce processus est l’élaboration d’une feuille de route entre les deux parties afin d’amorcer la recherche d’une solution négociée et durable.
Enfin, le MNLA a salué l’initiative de Monsieur David GRESSLY relative à l’ouverture de  bureaux  des Nations Unies dans l’ensemble des régions de l’Azawad.
Enfin, la délégation s’est entretenue successivement avec le coordinateur des chefs de tribus et de fraction de l’Adrar des Iforhas, Monsieur Intalla Ag ATTAHER et les organisations de la société civile de l’Azawad qui ont réitéré leur soutien au MNLA qu'ils déclarent représentant légitime des populations de l’Azawad.

Kidal, le 25 Avril 2013



Pour le MNLA/CTEA,
Mossa Ag Attaher,
Porte parole du MNLA
Chargé de communication du CTEA

Transsaharienne: examen lundi à Alger par le comité de liaison de la réalisation des tronçons nigérien et tchadien

La réunion du Comité de liaison de la route Transsaharienne (CLRT), prévue lundi et mardi à Alger, se penchera notamment sur l’élaboration d’un planning pour le lancement des travaux des sections de cette route au Niger et au Tchad, a-t-on appris samedi auprès du Secrétariat général du Comité. Les représentants des pays traversés par la transsaharienne vont examiner lors de cette rencontre les détails de la mise en chantier des tronçons Arlit-Assamaka (221 km) au Niger, et Ngouri-Frontière du Niger (331 km) au Tchad, et qui seront financés par plusieurs bailleurs de fonds internationaux, a précisé à l’APS M. Mohamed Ayadi, secrétaire général du CLRT.

Il s’agit, a-t-il fait savoir, de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA), de la Banque islamique de développement (BID), de la Banque africaine de développement (BAD) du Fonds de l’OPEP, et des Fonds Koweitien, saoudien et d’Abou Dhabi.

Selon M. Ayadi, il sera procédé lors de cette réunion, la 58ème du genre, à l’examen de l’état d’avancement de la Transsaharienne dans les six pays concernés (Algérie, Tunisie, Mali, Niger, Tchad et Nigeria) ainsi qu’à la présentation d’un point de situation sur le tronçon reliant le Tchad et le Nigeria.

Un point de situation sur le tronçon algérien de la Transsaharienne sera également au menu de cette rencontre à laquelle vont assister, outre les responsables des routes au niveau des six pays du CLRT, des représentants de bailleurs de fonds internationaux, africains et arabes et des ambassadeurs des pays desservis par la Transsaharienne accrédités à Alger.

D’une longueur de 2400 km (Alger-Frontières malienne et nigérienne), le tronçon algérien de la Transsaharienne est entièrement revêtu et aura ''une forte contribution à la création de l’attractivité et la compétitivité pour les wilayas du sud et les zones transfrontalières'', souligne-t-on au CLRT.

Environ 200 milliards de DA (près de 3 milliards de dollars) ont été consacrés par l’Algérie au parachèvement et au développement de la Transsaharienne traversant son territoire entre 2005- et 2014, rappelle-t-on.

http://www.letempsdz.com

19 avr. 2013

Communiqué de HUMAN RIGHTS WATCH

Human Rights Watch a déjà documenté de nombreux incidents lors desquels des soldats maliens avaient arrêté sans motif des membres des groupes ethniques touaregs, arabes et peuls en raison de leur prétendu soutien aux groupes armés islamistes ou touaregs
Les exactions commises à Léré ont été documentées lors d’une visite effectuée au Mali par des chercheurs de Human Rights Watch du 11 au 23 mars. D’autres constats de violations des droits humains seront rendus publics au cours des prochaines semaines.

Les exactions contre les « peaux claires » réveillent des blessures douloureuses

Jeune Afrique, 30 janvier 2013
Le gouvernement du Mali devrait enquêter sur les affirmations selon lesquelles des soldats maliens ont torturé sept personnes soupçonnées d’être des partisans de groupes islamistes armés à Léré, près de Tombouctou.
Les sept hommes, qui portaient tous sur le corps des traces visibles de torture, ont affirmé à Human Rights Watch avoir été battus à coup de poing et de pied, brûlés et soumis à des injections forcées d’une substance corrosive ainsi qu’à des menaces de mort, alors qu’ils étaient détenus par l’armée entre le 15 février et le 4 mars 2013.
L’un d’eux a affirmé avoir subi une torture avec de l’eau comparable à la technique du « simulacre de noyade » (« waterboarding »). « Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch.
« Le gouvernement malien devrait enquêter rapidement et de manière impartiale sur ces accusations et sur d’autres allégations d’exactions, sous peine de se retrouver dans une situation où son armée échapperait à tout contrôle et où les tensions intercommunautaires s’aggraveraient. »
Les sept détenus, appartenant tous à l’ethnie touarègue et âgés de 21 à 66 ans, ont affirmé que les soldats les avaient arrêtés à proximité du marché aux bestiaux de Léré, où ils s’étaient rendus, venant de leurs villages, pour vendre des vaches. Deux d’entre eux ont été arrêtés alors qu’ils se cachaient dans une maison proche du marché. Tous les sept ont été emmenés dans un bâtiment qui semblait servir de quartier général militaire temporaire. L’armée malienne avait repris Léré fin janvier, dans le cadre d’une offensive dirigée par la France pour reconquérir le nord du Mali, qui était tombé aux mains de groupes islamistes armés en 2012.
Human Rights Watch a recommandé au gouvernement malien de

  • : Mener des enquêtes et poursuivre en justice, dans le respect des normes internationales en matière d’équité des procès, les membres des forces de sécurité impliqués dans les tortures et dans les autres exactions commises à Léré, quel que soit leur grade, y compris les responsables ayant fait preuve de leur incapacité à empêcher les exactions perpétrées ou à en punir les auteurs, en vertu du principe de la responsabilité du commandement.

  • Accélérer le redéploiement de fonctionnaires de police, de gendarmerie et du ministère de la Justice dans les villes et villages du nord du Mali, en particulier là où des opérations militaires se poursuivent, notamment dans et autour des villes de Gossi, Gourma-Rharous et Bourem.

  • Garantir le traitement humain de toute personne placée en détention dans le cadre d’opérations militaires, faire en sorte qu’elle soit rapidement traduite devant une instance judiciaire afin d’assurer la légalité de la détention et lui permettre contacter sa famille.

  • Mettre en place une permanence téléphonique 24 heures sur 24 assurée par les autorités maliennes compétentes et du personnel de la Mission de soutien international au Mali (AFISMA) à destination des victimes et des témoins d’exactions, y compris celles commises par les membres des forces de sécurité.
Lire le communiqué complet de HUMAN RIGHTS WATCH

4 avr. 2013

L’intervention au Mali,analyses Triangle de Weimar

L’intervention au Mali,analyses Triangle de Weimar:
Institut français des relations internationales (IFRI)

Alain Antil, Kacper RĘKAWEK, Cornelius VOGT

Analyses Triangle de Weimar: français, polonais et allemands points de vue sur les questions européennes

TÉLÉCHARGER LE DOCUMENT

Sur une initiative du Conseil allemand des relations étrangères (DGAP), le Comité d’étude des relations franco-allemandes (Cerfa) de l’ Institut français des relations internationales (IFRI) et l’ Institut polonais des affaires internationales (PISM) sont publiant régulièrement des contributions courtes sur un sujet commun, rédigé par trois experts de ces instituts. Le but de ces «analyses du Triangle de Weimar» est de donner les points de vue français, polonais et allemands sur les questions centrales de la politique européenne et l’intégration européenne.
Dans cette édition, nos auteurs Triangle de Weimar (Alain Antil, Kacper Rękawek, et Cornelius Vogt) analyser l’intervention au Mali.
Ces trois contributions peuvent être téléchargées gratuitement à partir de ce site ainsi que sur le site Web de la DGAP:
https://ip-journal.dgap.org/en/blog/eye-europe/weimar-triangle-mali-france (pour le point de vue français)
https://ip-journal.dgap.org/en/blog/eye-europe/weimar-triangle-mali-poland (pour le point de vue polonais)
https://ip-journal.dgap.org/en/blog/eye-europe/weimar-triangle-mali-germany (pour le point de vue allemand)

1 avr. 2013

Exactions anti-Touaregs, activisme du MNLA et de djihadistes encore actifs

Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2013
Des habitants de plusieurs localités du nord du Mali (‘In Essnane, Aghezraghen et Tijirit) ont manifesté jeudi et vendredi en portant les drapeaux du MNLA pour réclamer l’indépendance de l’Azawad et refuser l’autorité de Bamako, rapporte le site mauritanien Sahara Media. Pour eux, l’Etat malien ne leur a apporté que des malheurs en «tuant les hommes» et «exilant les femmes et les vieux». Les manifestations ont eu lieu alors que des chefs de tribus de la région se sont réunis pour trouver un accord sur la manière de gérer la région et de travailler avec le MNLA. Les habitants ont annoncé qu’ils quitteront la région avant l’arrivée de l’armée malienne qui, affirment-ils, «n’apportera que des liquidations ethniques, le pillage et la spoliation». Ils ont déclaré refuser de vivre aux côtés de l’armée malienne tant qu’il n’y a pas un accord international garantissant leur sécurité et leurs droits.

UN BILAN DES EXACTIONS AU NORD

Cette manifestation intervient alors qu’une association des réfugiés et victimes (ARVRA) a dressé un bilan au 28 mars 2013 faisant état de 1.585 victimes identifiées d’exactions dont 295 personnes tuées et 123 enlevées. L’ARVRA indique par ailleurs que 1.170 personnes ont vu leurs boutiques, domiciles et biens pillés. Ces exactions et pillages auraient eu lieu à Seribala, Diabaly, Sévaré, Konna, Hombori, Gossi, dans les régions de Tombouctou, Gao, Mopti. Les auteurs des exactions ont été identifiés comme faisant partie de «patrouilles venant de Sévaré, Konna, Gossi, Tombouctou, Léré et Gao, et des milices supplétives ainsi que des foules de personnes de ces villes et sites». «La plus grande majorité des victimes sont des Touaregs (au moins 207) dont Bellahs (6), suivis par les Maures (au moins 69) et aussi des Peulhs (au moins 9) et Sonrhaïs (au moins 2)», indique l’ARVRA en soulignant que le décompte n’a rien d’exhaustif. Ces informations sont corroborées par des témoignages recueillis par Human Rights Watch sur des tortures infligées par des soldats maliens à sept Touaregs. «Coups de poing et de pied, brûlures et injections intraveineuses de substances corrosives… Les sept hommes ont vécu un véritable calvaire», selon HRW, qui les a rencontrés. Sur le terrain, le MNLA a indiqué qu’une de ses unités militaire s’est accrochée, le 29 mars, avec des éléments du MUJAO dans la région d’Anefis. Le MNLA, qui précise qu’il a «affronté seul les terroristes sans aucun renfort international», a indiqué que deux de ses éléments ont été tués et 4 blessés et 5 éléments du MUJAO ont été tués et un a été fait prisonnier.

ECHANGES AIGRES ENTRE LE MNLA ET BAMAKO

Il a surtout démenti les affirmations du ministre malien de la Défense et des Anciens combattants, le général Yamoussa Camara, selon lesquelles le MNLA a attaqué le 20 mars dernier le village de Bougoumi dans la région de Mopti. Le ministère malien de la Défense avait indiqué que le bilan de l’attaque s’élevait à 20 morts et plusieurs disparus. «En plus des tueries, des viols ont été perpétrés, des populations spoliées de leurs biens: deux véhicules pick-up ont été emportés», avait-il indiqué dans un communiqué. Pour le MNLA, cela relève de la propagande. Le mouvement a apporté un «démenti formel aux allégations éhontées du ministre de la Défense du gouvernement putschiste de Bamako» en relevant qu’il est de notoriété publique que le «MNLA n’a aucune de ses forces combattantes dans le sud du Mali, celui-ci étant considéré par le MNLA comme un territoire malien et non azawadien». Le MNLA souligne qu’il «ne s’est jamais engagé ailleurs que sur son propre territoire: l’Azawad». Pour le MNLA, le «gouvernement putschiste» tend à discréditer le MNLA à chaque fois qu’il affronte le MUJAO «afin de minimiser leur lutte contre les terroristes, une action qu’ils n’ont jamais été en mesure d’accomplir si ce n’était les forces françaises venues faire le «travail» à leur place». Pour le MNLA, les «seules actions connues de l’armée malienne résident dans les exactions, les viols et les exécutions sommaires commis sur les civils azawadiens». Par ailleurs, Sahara Media indique que le mouvement Ansar Eddine a condamné à mort un Malien accusé «d’espionnage» au profit de l’armée française tandis que trois de ses complices présumés «ont été condamnés à des peines de flagellation». Sahara Media, qui cite des sources au sein d’Ansar Eddine, déclare que les éléments du mouvement «ont tendu un piège, dans une zone éloignée de 30 km de la localité d’Aguelhok, à un groupe d’espions composé de Touaregs et dirigé par un ancien douanier devenu membre de la milice affiliée à l’armée malienne et conduite par Elhadji Ag Gamou».

«ESPIONS» ET «THURAYA»

Le groupe aurait eu pour mission de «repérer les positions des djihadistes et de les déterminer par Thuraya ainsi que les points où ils se ravitaillent en eau», rapporte Sahara Media, en ajoutant que le groupe avait aussi pour «mission de convaincre les jeunes combattants d’Ansar Eddine de leur fournir des renseignements contre des montants de 50 mille francs CFA, pour toute information importante livrée». La situation au nord du Mali où les djihadistes ont reçu des coups durs reste néanmoins marquée par l’instabilité. L’ONU envisage de prendre le relais de l’armée française avec une force de 11.200 hommes au maximum qui aura besoin «d’une «force parallèle» antiterroriste», selon un rapport du secrétaire général Ban Ki-moon aujourd’hui. «Etant donné le niveau et la nature de la menace résiduelle, il y aura absolument besoin d’une force parallèle opérant au Mali (et potentiellement dans la sous-région) aux côtés de la mission de l’ONU afin de mener des opérations importantes de combat et de contre-terrorisme», souligne le rapport. Il reste, encore une fois, à désigner les «cibles» de cette «force parallèle». Est-ce les djihadistes ? Ou le MNLA qui, malgré sa volonté de collaborer avec l’armée française, est «casé» dans le terrorisme par les politiciens de Bamako. Le nord du Mali est loin d’être «pacifié».

http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/mali/situation_non_pacifiee.htm

Entretien avec Romaric Adekambi, co-fondateur de Agone Drone, sur la vulgarisation de l’usage des drones au Bénin

Romaric Adekambi est le co-fondateur de Agone Drone, une agence de location de drones pour les professionnels du secteur audiovisuel. Avec ...