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13 mai 2013

Des réfugiés touaregs au Niger mènent leur bétail en lieu sûr

INTIKANE, Niger, 7 mai (HCR) – La longue colonne d’animaux, flanquée d’hommes perchés sur leur selle, se dirige vers l’est en direction de nouveaux pâturages à une allure régulière, soulevant des nuages de poussière sur leur passage.
Cela peut ressembler à une scène de Western, mais ce drame se joue à des milliers de kms de l’autre côté de l’océan, au Niger, en Afrique de l’ouest. La distribution comprend 800 animaux, des nomades touaregs originaires du Mali et l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.
Fin avril, la caravane, composée de chameaux, de bétail, d’ânes, de chèvres, de moutons et de trois chevaux, a quitté le site de réfugiés d’Agando, situé à 10 kms environ de la frontière avec le Mali, pour un périple de trois jours vers Intikane, une vaste région où les Touaregs pourront vivre dans un espace ouvert et mener leur style de vie nomade traditionnel en toute sécurité.
© HCR/B.Ntwari
Des nomades touaregs originaires du Mali se dirigent vers l’est à dos de chameaux pour mener leur bétail au Niger.
L’ensemble des 8 000 réfugiés d’Agando et du village voisin de Chinourawen ont fui vers l’ouest du Niger avec leurs animaux pour échapper aux combats qui ont éclaté au Nord Mali début 2012 ou en raison de l’insécurité constante ou par crainte des représailles depuis janvier 2013, date à laquelle une contre-attaque dirigée par les forces françaises a repoussé les forces rebelles.
La décision du gouvernement du Niger de déplacer les Touaregs vers Intikane a été motivée par des raisons de sécurité : Agando est situé à seulement 10 kms de la frontière, dans une région qui demeure instable. C’est aussi un moyen de leur permettre de mener une vie plus normale.
« Aider les réfugiés à déplacer leurs animaux leur permettra de maintenir leurs moyens de subsistance et de continuer à vivre comme des pasteurs et des nomades plutôt que de finir dans un camp de réfugiés à dépendre d’une aide extérieure », fait remarquer Karl Steinacker, Représentant du HCR au Niger.
Les Touaregs ont été impliqués dans le processus de transfert dès le début. « Nous avons organisé plusieurs réunions et défini un itinéraire », affirme Mouhamoud Abdoulaye Al Kan Afi. « Nous avons pu aller voir Intikane. Ce lieu nous convient, ainsi qu’à nos animaux », ajoute ce réfugié, ancien respecté et l’un des principaux gardiens de troupeau, qui monte son cheval comme un jeune homme.
Le HCR a associé un partenaire local, Akarass, pour aider à organiser cette caravane qui constitue une opération logistique importante. « Nous avons pensé à tous les détails : des points d’eau le long de la route et des vivres pour les gardiens de troupeau », explique Oumarou Danni Saadou, employé de l’ONG. Il ajoute que des gendarmes à dos de chameaux ont assuré la sécurité.
La santé des animaux a été surveillée par un vétérinaire et, à leur arrivée à Intikane, tous les animaux ont été vaccinés pour éviter la propagation de maladies au bétail appartenant à la communauté locale.
Le train d’animaux s’étendant sur trois kms a été chaleureusement accueilli par la communauté locale à son arrivée à Intikane. « Les réfugiés et leurs animaux sont les bienvenus. Ce qui leur est arrivé pourrait arriver à tout le monde », déclare Alghadawi Ilhouda, le chef du village, situé dans une zone aride de broussailles et de sable. « Nous devons les soutenir en partageant notre eau et nos pâturages », ajoute-t-il.
Certains bergers maliens ont été ravis de découvrir qu’il y avait un puits à Intikane, actionné par des pompes et des générateurs puissants rénovés grâce au HCR. « C’est comme de l’eau de pluie », déclare un réfugié dénommé Omar Mouhamadou. Le puits, d’une profondeur de 700 mètres, bénéficie également à la communauté d’accueil dans cette partie de la région de Tahoua au Niger, où la région du Sahel rejoint le Sahara.
Le gouvernement du Niger, avec l’aide du HCR, prévoit d’amener d’autres communautés de réfugiés vers des pâturages plus sûrs situés davantage à l’intérieur du pays au cours des prochaines semaines. Mais contrairement aux animaux et à leurs gardiens, la plupart des réfugiés feront le voyage à bord de convois organisés par le partenaire du HCR, l’Organisation internationale pour les migrations.
Le HCR protège et assiste quelque 50 000 réfugiés maliens au Niger. Ils font partie des plus de 175 000 réfugiés maliens dans les pays voisins, dont le Burkina Faso et la Mauritanie.

Par Bernard Ntwari à Intikane, Niger,http://www.unhcr.fr/518ce455c.html

11 mai 2013

Niger: exploitation de la mine d’Imouraren « au plus tard » en septembre 2015 (Issoufou)


Le Président de la République François Hollande reçoit son homologue nigérien Mahamadou Issoufou au Palais de l’Elysée.
Le Président de la République François Hollande reçoit son homologue nigérien Mahamadou Issoufou au Palais de l’Elysée.

L’exploitation de la mine d’uranium géante d’Imouraren, dans le nord du Niger, débutera « au plus tard » en septembre 2015, a déclaré vendredi le chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, à l’issue d’un entretien à l’Elysée avec le président français François Hollande.

« C’est vrai qu’il y a eu des retards (dans l’exploitation) pour des raisons qui ne dépendent pas totalement d’Areva. Il y a eu la situation sécuritaire (…) qui a contribué à allonger les délais de réalisation du projet », a reconnu le président nigérien devant des journalistes, faisant allusion à l’enlèvement en 2010 de travailleurs français du groupe nucléaire français à Arlit, dans le nord du pays.
« Mais là, a poursuivi M. Issoufou, nous sommes sur un (agenda) sur lequel nous nous sommes entendus avec Areva. Nous pensons qu’à la mi-2015, ou au plus tard en septembre 2015″, débutera l’exploitation du gisement d’Imouraren.

Le président nigérien a également estimé que les discussions en cours entre le Niger et Areva évoluaient « dans la bonne direction. Nous trouverons un compromis qui permettra d’équilibrer le partenariat entre le Niger et Areva dans le cadre de l’exploitation de l’uranium ».

Le Niger, qui compte parmi les grands producteurs mondiaux d’uranium mais un des pays les plus pauvres du monde, avait critiqué fin 2012 le partenariat historique « très déséquilibré » avec Areva et réclamé des retombées plus importantes.
Début mars, Areva a dit avoir offert 35 millions d’euros au Niger pour l’aider à sécuriser ses sites d’uranium, démentant que ce don soit destiné à compenser le retard dans l’exploitation de la mine d’Imouraren.

Le président français, interrogé sur les otages enlevés à Arlit et ensuite conduits au Mali, a assuré que le sujet avait été évoqué avec M. Issoufou.

« Nous avons évoqué tous les contacts que nous pouvons établir pour permettre la libération de nos otages. Cela reste l’objectif que nous poursuivons. L’intervention militaire au Mali n’a rien changé par rapport à cet enjeu », a dit le président français.
Quatre Français enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit sont toujours aux mains d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), vraisemblablement détenus dans le nord du Mali.

6 mai 2013

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise:
Diploweb-Patrice GOURDIN, le 5 mai 2013 
Les conflits en Libye puis au Mali ont attiré l’attention sur les Touaregs. P. Gourdin propose ici une mise en perspective. Maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs vivent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.
Cet article reprend et développe la conférence prononcée le 5 avril 2013 à Grenoble, dans le cadre du 5e « Festival de Géopolitique et de Géoéconomie » organisé par Grenoble École de Management sur le thème : « Mondialisation : Abus-Menaces-Perspectives ».
AVEC les Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et la naissance du capitalisme marchand, apparut le processus historique de mondialisation. Celui-ci prit une forme industrielle et financière au XIXe siècle et connut un premier apogée avant la Grande Guerre. Les deux conflits mondiaux, la crise des années 1930 et la Guerre froide rétractèrent et/ou figèrent le processus. La fin du communisme le relança dans les années 1990 et, depuis, il se trouve en phase d’accélération et d’amplification.
La mondialisation engendre une dynamique qui, tout à la fois, intègre et fragmente ou marginalise, car elle produit de l’inégalité. Ainsi s’opposent un “centre“- polycéphale – du monde et des “périphéries“. Cette hiérarchisation, très marquée par rapport aux multiples flux qui parcourent la planète, résulte de l’articulation plus ou moins possible et/ou réussie de chaque territoire avec les réseaux qu’empruntent ces flux, ainsi que de son aptitude plus ou moins grande à accumuler de la richesse.
De l’Antiquité à nos jours, la région Sahara-Sahel comprit de multiples espaces échappant à l’exercice d’une réelle autorité politique. Ils bénéficièrent de leur situation à la charnière de chacune des constructions politiques stables et sédentarisées qui se succédèrent. Il s’agit donc souvent d’un espace périphérique. Aujourd’hui, elle fait partie des “zones grises“ de la mondialisation, ces territoires marqués par l’absence de la loi et de l’ordre que chaque État, de par son devoir de sécurité, est sensé faire régner. La zone Sahara-Sahel sert de base à des rébellions et offre un espace d’impunité relative à des activités mafieuses, ainsi qu’un sanctuaire à des organisations terroristes salafistes.
Cela fait par conséquent planer une lourde menace sur la sécurité des États de la région, sur l’Union européenne et sur les États-Unis. Cela motiva la décision d’intervention militaire prise par le Président de la République française le 11 janvier 2013. Il répondait à l’appel des autorités de transition du Mali et des voisins de celui-ci, dans le cadre des résolutions (2056 du 5 juillet 2012, 2071 du 12 octobre 2012 et 2085 du 20 décembre 2012) adoptées par l’ONU. Démarche qui lui valut l’approbation unanime du Conseil de sécurité, le 14 janvier 2013, et des États membres de l’Union européenne, le 17 janvier 2013. La même cohésion ne se retrouve guère dans le soutien actif à l’intervention française. Outre les restrictions budgétaires qui touchent tous les acteurs, cela tient à l’indifférence de la plupart des États européens à l’égard du Sahel, ainsi qu’à la crainte (feinte ou sincère) d’œuvrer au seul bénéfice de la politique africaine de la France. Formulé ainsi, cela ne serait guère diplomatique, aussi est mise en avant la volonté de privilégier l’indispensable dimension politique de la solution à la crise malienne. Or, cela dépend en partie de la résolution de la difficile question touarègue.
Celle-ci résulte d’un processus assez classique : maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs virent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.

I. LES MAÎTRES DÉCHUS DU SAHARA CENTRAL

Les Touaregs dominèrent pendant plusieurs siècles le Sahara central. Ils s’étaient remarquablement adaptés à ce milieu très difficile et avaient construit une société originale, bien connectée avec l’extérieur.

A. DES BERBERES

Les Touaregs descendent de populations arrivées dans le Sahara humide vers le VIIIe millénaire av. J-C. L’appellation “Touareg“ est d’origine arabe. Les intéressés se dénomment “kel tamasheq“ – littéralement : “ceux qui parlent tamasheq“, une variante de la langue berbère. Cette langue constitue la base de leur identité. Et ce d’autant plus que, sur l’ensemble de la zone de peuplement berbère, seuls ils ont préservé l’alphabet tifinagh, dérivé de l’écriture dont usèrent leurs ancêtres dans toute l’Afrique du Nord et au Sahara.
Hormis la langue, leurs référents identitaires communs principaux sont le port du voile par les hommes, le mode de vie nomade et l’usage d’armes blanches venues (puis copiées) de l’Occident médiéval. La sédentarisation et l’acquisition d’armes à feu réduisirent considérablement ces singularités.
Traditionnellement très hiérarchisée, la société touarègue était dominée par les guerriers et marquée par une grande fluidité. D’une part, les rivalités multiples et incessantes provoquaient une très forte instabilité au sein des tribus et entre celles-ci. D’autre part, il existait une relative mobilité interne parmi les hommes libres, car les statuts ne demeurent pas immuables. À quoi il faut ajouter des possibilités d’affranchissement pour les esclaves. Chaque homme avait des droits et des devoirs en fonction de son appartenance sociale – héritée de sa mère. Son parcours personnel pouvait modifier son statut. Les observateurs relevèrent une relative liberté des femmes, mais c’était par comparaison avec le statut réservé à ces dernières dans les sociétés voisines, notamment arabo-musulmanes du Moyen-Âge. Cela ne semble guère faire de la femme touarègue un être réellement libre.
La société touarègue est composée de tribus de rang inégal, regroupées en sept confédérations, dont trois sont présentes au Mali : les Kel Adrar ou Kel Adagh (dans la région administrative de Kidal), la branche Kel Ataram des Iwellemmeden (dans la région administrative de Gao) et les Kel Antessar ou Kel Ansar (dans la région administrative de Tombouctou). Les relations forgées au fil des siècles au sein de ces tribus, entre ces tribus et entre leurs confédérations, influencent encore aujourd’hui la population touarègue. Les alliances fluctuantes et les rivalités de pouvoir pèsent toujours plus ou moins sur les activités et les engagements individuels et collectifs.

B. DES SAHARIENS

Arrivés vers le VIIIe millénaire av. J-C, alors que le Sahara était humide, les ancêtres des Touaregs s’adaptèrent à la dégradation climatique. Depuis plusieurs siècles, ces êtres vivent dans un milieu très difficile, marqué par l’aridité et la limitation des ressources, qui ne supporte par conséquent que de faibles effectifs. Leur nombre est aujourd’hui estimé entre 1 et 3 millions, répartis sur 2 500 000 km2  : environ 50% au Niger, 35% au Mali, 10% au Burkina Faso, 3% en Algérie, 2% en Libye.
Cette précarité impose la mobilité, qui fut atteinte et érigée en mode de vie – le nomadisme – grâce au chameau. Celui-ci leur permit de pratiquer l’élevage (au côté d’autres animaux considérés comme moins prestigieux, mais qui n’en sont pas moins très utiles, chèvres et ânes notamment), de se livrer au commerce et de mener longtemps avec succès la guerre, tant défensive que de prédation (rezzous).
La précarité impose aussi un partage très strict des ressources : chaque individu jouit d’un accès aux pâturages, à l’eau, au bois, au gibier et de droits d’usage du sol. La répartition s’établit en fonction du rang, mais du plus puissant au plus humble, chacun ne jouit que de l’usufruit, aucun ne possède ces ressources en propre.
Les richesses naturelles sont comptées et leur quantité demeure soumise aux aléas. Aussi les Touaregs avaient-ils complété leurs moyens d’existence en se faisant commerçants. Ils effectuaient des échanges dans chaque dimension spatiale : esclaves, dattes, sel, minerai de cuivre, bétail, peaux, artisanat (bois, cuir, métal) aux échelons local et intra-saharien ; esclaves, céréales, plumes d’autruche, or, étoffes indigo, produits manufacturés – notamment armes -, thé, sucre, soie, épices, parfums, encens, dans le cadre transsaharien. Cela passait par deux systèmes différents : celui du relais, les produits transitant de tribu en tribu ; celui du réseau, le même marchand (pas nécessairement un Touareg) traversant le territoire de chaque tribu dans le cadre d’accords et d’alliances (notamment matrimoniales) divers. Par leur participation aux traites négrières, ils s’inséraient dans le commerce triangulaire Europe-Afrique de l’Ouest-Amériques, réseau précoce de cette première mondialisation qui s’épanouit au XIXe siècle.
Ils restèrent à l’écart des révolutions agricole et industrielle, aussi la guerre demeura-t-elle pour eux une ressource essentielle. Les impératifs de sécurité et de prédation expliquent la forte tradition guerrière des Touaregs. Toutefois, les difficultés extrêmes liées au milieu naturel dans lequel ils évoluent les privèrent des bases démographiques et matérielles indispensables à la création d’un empire. En outre, du fait de leurs querelles intestines et de leur infériorité en matière d’armement, ils subirent une succession de défaites à partir de la conquête coloniale. Mais il subsiste un état d’esprit ne rechignant ni aux prises d’armes ni aux révoltes. En dépit de leurs qualités guerrières, les Touaregs se trouvèrent absents des armées “nationales“ formées après l’indépendance, en 1960, par le Mali et le Niger. Cela explique les revendications d’intégration d’ex-rebelles dans ces armées lors des processus de paix depuis les années 1990.

C. DES MUSULMANS

Le Mali compte 94% de musulmans dans sa population. Mais cette communauté en religion ne joue aucun rôle fédérateur entre les différentes composantes du peuple malien. En particulier, elle ne constitue pas une base de rapprochement entre les habitants du sud et les Touaregs
Les commerçants figurèrent parmi les musulmans les plus précocement convertis dans la zone Sahara-Sahel. En effet, la foi partagée est sensée leur assurer, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, honnêteté en affaires, solidarité et protection. L’islamisation des Touaregs commença, au XIe siècle, par les marchands et se poursuivit lentement. Ils ne revendiquent pas le facteur religieux comme élément fondant leur identité. Toutefois, celui-ci joue un rôle important dans leur organisation sociale. Les religieux constituent un groupe de spécialistes, formant une catégorie à part, respectée par tous et protégée par les nobles guerriers. Mais ce sont des non-combattants. Donc, bien qu’ils fassent partie des hommes libres, tout “descendants du Prophète “ qu’ils se prétendent, ils n’en sont pas moins tributaires des nobles.
Tous rattachés à la branche sunnite – comme les autres Maliens -, les Touaregs en embrassent les nombreuses nuances. Le soufisme exerce une forte influence à travers les confréries Tidjanyia et Kadryia. Ces dernières, avec leur culte des saints et leur enseignement de sagesse, inclinent leurs adeptes à la modération. Mais les autres courants peuvent provoquer des réactions plus vives. Dans certaines circonstances, la tiédeur des malékites n’exclut ni le fanatisme, ni le recours à la violence. Cela s’avère plus marqué avec les wahhabites (présents, à travers la Sanoussiya, dès le XIXe siècle), en particulier la minorité salafiste djihadiste. La répartition des Touaregs entre ces différentes perceptions de l’islam n’est pas connue avec précision. Néanmoins, celles-ci semblent présentes au sein de chaque tribu, voire de chaque famille. La tradition, l’histoire, les parcours individuels contribuent à cette diversité. D’ailleurs, l’islam s’avère, depuis un millénaire, tout autant un outil permettant de transcender les oppositions et les compétitions internes à la société touarègue, qu’un instrument pouvant les attiser.

D. DES CO-HABITANTS

Les Touaregs n’occupent pas seuls le territoire du Sahara central. Ils y cohabitent plus ou moins pacifiquement avec d’autres populations ayant parfois un passé aussi prestigieux que le leur. Cela interfère gravement avec leurs prétentions à l’indépendance ou à l’autonomie.
Au Mali, ils comptent pour environ 10% de la population. Installés dans le nord du pays, ils y côtoient plusieurs groupes. Les Maures (3% de la population) se rattachent au même rameau que les Touaregs, à l’origine, mais ils s’arabisèrent. Toutefois, ils ne se confondent pas avec les Arabes au sens strict (1,5% de la population), descendants proclamés des conquérants venus par le Nord. Des populations issues de brassages complexes remontent aux fondateurs de deux empires : les Songhaï (empire aux XVe-XVIe siècles) représentent environ 10% de la population et les Peul (empire au XIXe siècle) 14%.

II. SOUMISSION ET DÉSTRUCTURATION

Avec le processus de mondialisation, les Touaregs assistèrent à la ruine de leur système économique, social et politique traditionnel. Plusieurs bouleversements se conjuguèrent pour provoquer ce déclin. Avec l’affirmation de la domination européenne et l’essor du transport maritime, la place du commerce caravanier transsaharien diminua considérablement. La restriction continue de la liberté de déplacement, la rupture des liens de dépendance et la dégradation du milieu naturel compromirent irrémédiablement les ressources et le mode de vie touaregs. L’éloignement des centres de décision, l’insuffisance des infrastructures, l’absence dans les circuits économiques réorganisés, l’exclusion de l’exercice du pouvoir et le désintérêt de l’État malien entretinrent la marginalisation.

A. LA DOMINATION COLONIALE FRANÇAISE

Le développement par les Européens du commerce maritime au long cours dès le XVIe siècle sapa lentement une base essentielle de la prospérité, donc de la puissance des Touaregs. L’invasion marocaine, à la même époque, provoqua parmi eux des désordres politiques et économiques. L’interdiction du commerce négrier par le traité de Vienne en 1815, si elle n’aboutit pas à sa disparition instantanée, le rendit plus difficile et le déplaça vers le sud de l’équateur, ce qui pénalisa l’économie touarègue. Celle-ci subit également le choc du transfert en Afrique de certaines activités productives au fur et à mesure du recul de l’esclavage aux Amériques : la rente négrière disparaissait, les échanges de produits traditionnels (or, peaux, gomme arabique, par exemple) stagnaient et, déjà marginalisé par la révolution des transports, l’espace touareg était impropre aux cultures de plantation, notamment oléicoles, qui connurent alors un grand essor en Afrique de l’Ouest. Bref, les Touaregs perdaient pied dans la division internationale des activités. Après que la diffusion de la quinine eût commencé de briser l’obstacle sanitaire qui faisait de l’Afrique le “tombeau de l’homme blanc“, et alors que la grande crise économique apparue en 1873 perdurait dans les pays industrialisés, la conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885), mit en forme la colonisation de ce continent. À la suite de la prise de contrôle des régions côtières, le mouvement s’accéléra dans la zone saharo-sahélienne, avec la soumission imposée par les armes françaises entre 1894 et 1904. Les voies du commerce transsaharien achevèrent de se décaler vers l’est, qui préserva son indépendance le plus longtemps et qui capta la majeure partie des flux, au détriment du centre et de l’ouest. Le coup de grâce vint de l’achèvement des voies ferrées Kayes-Bamako (1904) et Lagos-Kano (1912), qui court-circuitèrent le commerce transsaharien dans la boucle du fleuve Niger et le pays haoussa.
Dès 1908, l’administration coloniale définit sa “politique touarègue“. En priorité, il s’agissait de contrôler la population : soumission des tribus, recensement, quadrillage militaire, contrôle des armes, imposition de l’arrêt des rezzous, suppression de la traite esclavagiste, abolition du système tributaire, obligation de fourniture de guides et d’animaux, contrôle des déplacements, fixation des prix du bétail, ingérence dans l’organisation politique traditionnelle (dislocation des fédérations, intervention dans la désignation des chefs, notamment). Après l’écrasement de la brève mais violente révolte de 1916-1917, la paix régna jusqu’à la décolonisation. Le renforcement du contrôle des populations et l’organisation d’unités méharistes, très mobiles et très efficaces, assurèrent la quiétude dans cette zone. À l’heure des décolonisations, alors que les combattants d’origine arabe devenaient de moins en moins fiables, la France recruta des supplétifs parmi les Touaregs. Ils firent preuve d’une loyauté constante et assurèrent un blocage efficace de la wilaya 7 organisée par le FLN. À partir de Tessalit, Kidal et Gao, celui-ci entendait contourner – par l’Adrar des Ifoghas, le Hoggar et l’oasis de Tindouf – les barrages établis par les Français le long des frontières marocaine et tunisienne.
Avant la découverte des hydrocarbures, à la fin des années 1950, le Sahara central ne présentait pas d’autre intérêt que sa position stratégique à la charnière des trois composantes de l’empire colonial africain de la France (Afrique du Nord, Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale française). Aussi, en dépit de la soumission et de la fidélité des tribus, l’investissement colonial (infrastructures, santé, éducation, notamment) en zone touarègue fut très limité, ce qui n’améliora guère la vie quotidienne des populations nomades. En revanche, la disparition des grands mouvements de migration qui avaient lieu en cas de fortes sécheresses provoqua la perte du savoir-faire ancestral d’adaptation et de réaction aux aléas météorologiques. Cela aggrava les conséquences des dysfonctionnements climatiques majeurs intervenus depuis l’indépendance. Ajoutons que les nomades demeurèrent loyalistes car ils craignaient de perdre le peu de liberté de déplacement qu’il leur restait. En outre, les chefs traditionnels, déjà déstabilisés par l’introduction du suffrage universel à partir de 1945 (qui desserra ce qui subsistait des liens de dépendance), redoutaient la subversion sociale contenue dans le programme socialisant du FLN. À quelques très rares exceptions, les chefs touaregs refusèrent constamment la scolarisation de leurs enfants. Ils demeuraient attachés au mode oral de transmission de la somme considérable de connaissances qu’ils avaient acquises (chez les nobles touaregs, la culture est une qualité tout aussi importante que le courage). De plus, ils craignaient une déculturation massive et, à terme, la perte totale de leur identité. Cela s’avéra une très lourde erreur, tant vis-à-vis du colonisateur que vis-à-vis des autres composantes de la population des colonies. En effet, de ce rejet date le déficit chronique des Touaregs en personnels qualifiés, en intellectuels et en cadres politiques compétents.
Pas ou peu au fait des rouages de la démocratie occidentale contemporaine, les chefs touaregs ne semblent guère avoir perçu clairement les enjeux de la décolonisation. Par conséquent, lorsqu’en 1958 ils comprirent que la France allait partir, ils raisonnèrent dans la logique politique tribale qui était la leur. Ils s’étaient soumis au pouvoir du plus fort et, à ce titre, avaient acquitté tribut. En retour, suivant leur conception des règles du jeu politique, ils attendaient aide et protection du vainqueur. À l’aube des indépendances africaines, cela prit la forme d’une demande à la métropole de leur confier un État en propre. Or, cette requête ne fut pas honorée, car elle obérait les bonnes relations voulues par Paris avec les États en voie d’émancipation.

B. LA MARGINALISATION DANS L’ÉTAT MALIEN

Le 22 septembre 1960, Modibo Keita proclama l’indépendance du Mali, sous la direction des Bambara, descendants des fondateurs du prestigieux empire dont ils reprenaient le nom. Faute de disposer des moyens de résister, la majorité des chefs touaregs se soumirent, tandis que quelques-uns prenaient le chemin de l’exil. Accusés d’avoir été des partisans de la colonisation, sous-scolarisés (par leur faute, nous l’avons vu), ils se trouvèrent exclus des réseaux de pouvoir, tant politique qu’économique, ce qui pérennisa leur marginalisation.
Le Mali conserva pour l’essentiel le système d’administration des populations du Nord mis en place par la France. Le seul changement perceptible consista en la substitution d’administrateurs et de militaires Bambara aux Français. Les Touaregs ressentirent cela comme une seconde colonisation. La politique socialisante de développement accorda la priorité à l’agriculture (source principale de richesse des sédentaires du Sud, désormais au pouvoir), au détriment de l’élevage (alors que les Touaregs excellent dans cette activité). La législation (regroupement obligatoire en coopératives, monopole étatique sur le commerce extérieur, par exemple) et la fiscalité s’avérèrent défavorables aux Touaregs. Les décideurs à Bamako, ainsi que leurs conseillers, ignoraient (et ignorent encore souvent) les réalités socio-économiques du Nord. Le manque d’infrastructures et la quasi absence des Touaregs dans les activités de transport par camions généra un mécanisme d’échange inégal interne, qui entretint un sous-développement plus marqué au Nord. En outre, les autorités maliennes mirent en œuvre sans ménagement un vaste programme de sédentarisation. La volonté de mieux contrôler les populations se doublait de la conviction – héritée de la période coloniale et partagée par les grandes institutions internationales – que l’abandon du nomadisme était une condition du progrès.
Cela sembla confirmé par les sécheresses qui affectèrent très gravement le Sahel en 1973-1974, puis en 1984-1986, et achevèrent de briser le système de production pastorale. Les populations nomades, perdant une grande part de leurs troupeaux, ne purent survivre et durent se déplacer. Leur arrivée sur les bords du fleuve Niger provoqua de fortes tensions avec les paysans sédentaires riverains. Nombreux furent ceux qui, au terme d’éprouvantes pérégrinations, échouèrent dans les villes ou à l’étranger et entamèrent la descente aux enfers de la clochardisation. Le détournement d’une partie de l’aide internationale par le pouvoir bambara de Bamako aggrava leur situation et entretint leur ressentiment.
Depuis les années 1990, les pays de la zone Sahara-Sahel ont renforcé leurs relations économiques avec les pays pétroliers du Proche-Orient, ce qui limita les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, donc l’intégration économique de l’espace touareg aux flux de richesse licite.
Des évolutions institutionnelles auraient pu leur donner voix au chapitre dans la vie politique du Mali. La Constitution de la IIe République, adoptée en 1974, conféra une représentation politique aux “fractions“. Les perspectives de participation à la vie politique s’élargirent encore en 1993 avec la loi sur la décentralisation. Mais ces opportunités, pour limitées qu’elles étaient, furent mal ou pas utilisées, notamment faute d’alphabétisation. La participation électorale est très faible et les élus sont souvent des notables traditionnels ralliés.
Exode et/ou exil renforcèrent la marginalisation des Touaregs. Coupé de son espace territorial, économique, social et culturel, l’individu connut une mutation importante : la dimension lignagère et spatiale de son identité s’estompa et fit place à une perception ethnique. L’appartenance à l’ensemble touareg prit le pas sur l’attache tribale. C’est du moins ce que semblent révéler les révoltes survenues depuis les années 1990.

III. LES STRATÉGIES DE SURVIE

Habitués par un milieu naturel hostile à déployer des trésors d’ingéniosité et de mobilité pour continuer à vivre, les Touaregs ont conservé, pour le meilleur et pour le pire, ces qualités jusqu’à nos jours. Ils le firent sous la pression des contraintes imposées par l’histoire, depuis la conquête française.

A. LES REVOLTES

Toutes les bases de la société touarègue furent mises à mal par la colonisation française, ce qui explique les troubles qui culminèrent avec la rébellion qui éclata en 1916 sous la direction de Kaocen ag Kedda, un Touareg de l’Aïr lié à la puissante confrérie Sanoussiya. Malgré les incontestables qualités de fédérateur et de stratège de la guerre moderne de son chef, la fragmentation politique, les stratégies contradictoires des confréries influentes et l’infériorité en effectifs comme en armement eurent raison, au début de 1917, de ce sursaut d’une société moribonde. Après la Première Guerre mondiale, il régna au Sahara central un calme permanent.
La situation se dégrada rapidement après la création de l’actuel État malien. En 1963-1964, des Kel Adagh et des Kel Ansar prirent les armes contre les méthodes d’administration mises en œuvre par les fonctionnaires et les militaires envoyés du sud par Bamako. Il s’agissait d’un soubresaut déclenché par la frustration d’être mis sans ménagement à l’écart et de se voir imposer, sans aucune concertation, une politique contraire à leur culture et à leurs intérêts. Brutalement réprimé, le mouvement cessa. Le massacre d’une grande partie de leurs troupeaux durant les opérations de “pacification“ et les sécheresses de 1973-1974, puis de 1984-1986, achevèrent de démanteler leur société. Une partie des plus jeunes, dans l’exil et sous l’influence des menées (dans les années 1980) du dictateur libyen, le “colonel“ Kadhafi, organisèrent une nouvelle lutte armée. Entre 1990 et 1995 ils menèrent une guérilla motorisée, très mobile, imitant les rezzous. Défendant l’identité touarègue, ils ne formulèrent pas une revendication nationaliste, ne demandèrent pas un État au Sahara central. Ils exprimèrent, tant au Mali qu’au Niger, épicentres de ce mouvement, leur volonté d’intégration aux États dans lesquels eux et leurs familles vivaient. Faute d’une réponse satisfaisante, ils entretinrent une insécurité endémique (en particulier sous la houlette du charismatique Ibrahim Bahanga). Des troubles plus graves survinrent entre 2006 et 2009, sans que Bamako ne pût et/ou ne voulût apporter les réponses de fond qui auraient convenu.
La création du Mouvement national de libération de l’Azawad-MNLA, à l’automne 2011, se situe dans la continuité de cette insatisfaction, de ces protestations et du caractère marginal de ces organisations. Après une campagne-éclair remportée grâce à la conjonction de l’affaiblissement de l’État malien (notamment la décomposition de son outil militaire), de l’afflux de combattants revenus de Libye avec du matériel plus puissant qu’autrefois et de l’appoint déterminant des groupes salafistes djihadistes, le MNLA proclama unilatéralement l’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012. Mais, divisé, trop peu représentatif, ignoré par la communauté internationale et démuni, il perdit, deux mois plus tard, au profit des salafistes djihadistes, le contrôle du territoire conquis.

B. L’EMIGRATION

Dès 1964, après l’échec de la révolte de 1963, une partie des Kel Adagh s’exila en Algérie (Tamanrasset). Plusieurs vagues grossirent les rangs de la diaspora touarègue durant les sécheresses au Sahel de 1973-1974 et 1984-1986. Ainsi naquit le phénomène “ishumar“. Terme qui désigne une génération de “kel tamasheq“, généralement célibataires (16-35 ans), qui quittèrent leur famille et leur pays de naissance pour aller chercher du travail et/ou fuir la répression. La plupart se dirigèrent vers les deux pays où il existait une communauté touarègue réputée mieux traitée (par exemple, le 15 octobre 1980, dans un discours prononcé à Oubari, le “colonel“ Kadhafi exhorta les Touaregs à venir en Libye, “leur patrie d’origine“) et où, surtout, il y avait des emplois – peu ou pas qualifiés – grâce à la rente pétrolière : l’Algérie et la Libye. Ainsi, des jeunes Touaregs se retrouvèrent parmi les soutiers de la mondialisation. Délaissant leur origine tribale, se détournant des cadres politiques traditionnels impuissants ou corrompus, les “ishumar“ se rassemblèrent autour de leur appartenance ethnique commune, de leurs problèmes partagés et d’un itinéraire de vie semblable. Ils développèrent alors une conscience politique qui les conduisit à formuler des revendications d’intégration et à s’organiser pour défendre celles-ci, tant sur le terrain politique que les armes à la main.
À partir de 1986, en partie suite aux aléas de l’économie mondiale, la nécessité de lutter se renforça. L’Algérie, alors frappée par la rétraction de la rente pétro-gazière, expulsa vers leur pays d’origine les réfugiés touaregs venus du Mali. La situation de ceux qui se trouvaient en Libye se dégrada, car ils perdaient leurs emplois du fait, également, de la chute des cours du pétrole. Forts de leur réputation guerrière, certains s’enrôlèrent dans l’armée de Kadhafi, servant ses sinueux desseins africains et proche-orientaux. Les observateurs affirment que les jeunes Touaregs ne furent pas dupes de cette manipulation. Ils auraient agi en toute connaissance de cause et dans le but de se procurer des armes ainsi que d’acquérir une formation militaire pour, le moment venu, abandonner le dictateur libyen et mener leur propre combat.

C. LE TOURISME

Pour une poignée de Touaregs, la planche de salut sembla se trouver dans le tourisme, une des manifestations les plus visibles de la mondialisation contemporaine. Apparues dans les années 1970, médiatisées par des auteurs talentueux, les méharées attiraient un public occidental disposant de revenus élevés et prêt à payer des sommes substantielles pour découvrir le désert “authentique“ et le mode de vie traditionnel de ses habitants. Plus controversé et répondant à une autre forme d’appel du désert, le rallye Paris-Dakar procura quelque argent entre 1979 et 2008. Là résidait une part de la forte croissance économique enregistrée par le Mali dans les années 1990.
Mais cela ne pouvait constituer qu’une source marginale de revenus, eu égard aux conditions difficiles de vie dans le milieu désertique et à l’absence d’infrastructures, fussent-elles spartiates. Ce type de loisir, exigeant une excellente condition physique, ne pouvait pas convenir à un nombre élevé de vacanciers. Dont le milieu naturel fragile n’aurait, d’ailleurs, pas pu supporter les nuisances. En outre, durement étrillé par l’armée en Algérie, le Groupe salafiste pour la propagande et le combat, devenu Al Qaida dans les pays du Maghreb islamique en 2007, s’implanta à partir de 2003 dans le Sahara central. Ses katibas visèrent les activités touristiques, tout à la fois pour tarir une source importante de devises pour les États qu’il entendait déstabiliser afin d’en prendre le contrôle, pour ternir la réputation de ces États et pour exploiter l’amplification médiatique de son combat que ses forfaits suscitaient.

D. LES ACTIVITES ILLICITES

Lieu de passage difficile mais connectant des espaces locaux, régionaux et transnationaux, le Sahara central s’affirma comme particulièrement propice à toutes sortes de trafics auxquels, pour assurer leur subsistance, certains de ses habitants se livrèrent (comme la traite négrière dont, en dépit de son interdiction en 1815, Tripoli demeura un centre très actif, approvisionné par les pistes transsahariennes) et se livrent toujours. Une partie de la population touarègue, directement ou indirectement, est en affaire avec divers réseaux mafieux et se trouve en connivence avec des organisations terroristes djihadistes. Le trafic s’impose comme la continuation du commerce caravanier sous d’autres formes et avec d’autres “produits“ (véhicules, cigarettes, médicaments, armes – notamment légères -, drogue, émigrants clandestins). Dans la mesure où seuls les Touaregs connaissent les pistes, ceux-ci s’imposent comme des intermédiaires obligés.
Là réside, étrangement, la forme la plus aboutie de l’intégration contemporaine des Touaregs à la mondialisation. Le Sahara central est devenu une immense “zone grise“ pérennisée par une véritable “chaîne d’intérêts“. Les réseaux mafieux et terroristes s’insèrent dans les relations d’affaires très anciennes, souvent assorties de liens familiaux, qui unissent les commerçants (de toute envergure) d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest avec les tribus nomades. Les frontières contemporaines, plus contrôlables qu’on ne le dit souvent – ne serait-ce que par l’obligation de transit par certains lieux (passage, points d’eau, par exemple) – entravent les échanges, mais elles créent aussi des opportunités infinies d’enrichissement pour toute une série d’acteurs. Outre ceux mentionnés précédemment, les réseaux qu’ils connectent intègrent ceux formés avec des complices sis au sein des appareils d’État et des structures de pouvoir, la plupart du temps du bas de l’échelle jusqu’au plus haut niveau. Les personnages et/ou les groupes les plus importants disposent de relais en Amérique (Sud et Nord), en Europe, au Proche-Orient et/ou en Extrême-Orient. On le voit, le maillage des intérêts et des complicités est littéralement “global“. Il prospère localement sur la défaillance des États, dont il constitue une face paradoxalement “positive“ pour une partie des Touaregs. C’est de l’incompétence, de la corruption et de l’absence de l’État, ainsi que de la marginalisation et de l’insécurité dans lesquelles le pouvoir légal tient le nord du Mali, que résulte l’épanouissement des activités certes illicites, mais qui assurent la survie et parfois la fortune d’une partie des Touaregs. Ajoutons que, comme dans toute “zone grise“, la majorité de la population du Sahara-Sahel subit ces agissements délictueux bien plus qu’elle ne les cautionne. L’indigence, le poids des solidarités traditionnelles et l’absence de protection par un État de droit ne laissent guère d’autre possibilité. Tout cela ressemble à ce que l’on observe dans une autre “zone grise“ africaine : la région soumise aux exactions des pirates somaliens.
La conséquence la plus déstabilisatrice de cette criminalisation économique est son évolution en criminalisation politique. Ce qu’illustre le phénomène salafiste djihadiste. En 2003, ses sectateurs exploitèrent les dissensions inter-touarègues et la déliquescence du pouvoir à Bamako pour s’enraciner au Nord Mali. Avec l’argent provenant de la drogue et des rançons d’otages occidentaux, ils recrutèrent des complices et des combattants chez les Touaregs. Dans un autre registre, la création, en 2007, de l’Alliance Touareg Mali-Niger semblait avant tout liée à la volonté d’obtenir la démilitarisation de la zone frontalière de Tin Zawaten, un des hauts lieux de passage des trafics entre l’Afrique de l’Ouest et l’Algérie. La revendication politique paraît avoir été instrumentalisée pour la défense d’intérêts mafieux, même si une partie des combattants croyaient sincèrement lutter pour un objectif avouable. Autre résultat inquiétant, la montée de la violence interne pour la maîtrise des territoires, car le contrôle d’itinéraires et/ou de lieux de stockage génère des revenus de plus en plus considérables. Cela exacerbe les affrontements entre clans et autres sous-groupes, le plus souvent sous couvert de réaffirmation des “droits ancestraux“. Il a même été observé des répercussions sur les compétitions électorales  : financements douteux, utilisation “non-conventionnelle“ de relations privilégiées avec les autorités à Bamako. Tout cela entretient la fragmentation économique, sociale et politique, ce qui bloque l’apparition d’une conscience politique, notamment celle d’un destin commun qui susciterait l’émergence d’une nation touarègue ou le ralliement à la nation malienne.

SOLUTION IMPROBABLE ?

La question touarègue résulte d’une marginalisation dans le cadre de la mondialisation. Or, la marginalisation de certains espaces constitue l’une des caractéristiques de la mondialisation et l’Afrique de l’Ouest demeure une “périphérie“. De plus, cette exclusion profite, à des degrés divers, à de nombreux acteurs qui n’ont par conséquent aucun intérêt au changement. Pourquoi laisseraient-ils démanteler un “système“ aussi rentable, dont les incidences négatives affectent, par surcroît, des pays éloignés, qui leur sont totalement indifférents, voire auxquels ils reprochent leur égoïsme ou leur malfaisance ?
Seule l’émergence économique du continent africain serait susceptible de modifier cette situation. Intégré à l’un et/ou l’autre des “centres“ de la mondialisation (Europe, Amérique du Nord, plutôt qu’Asie, a priori), voire devenant lui-même l’un de ces “centres“ (ses ressources naturelles et démographiques le lui permettraient, du moins en théorie), il circonscrirait ou éliminerait cette “zone grise“ Sahara-Sahel.
Donc, hormis le fait que le contexte politico-militaro-criminel intérieur ne s’y prête guère, le traitement de la question touarègue dans le cadre du seul Mali semble inadapté. La “Stratégie pour le Sahel“, adoptée par l’Union européenne le 29 septembre 2011, va donc dans le bon sens, puisqu’elle lie sécurité, développement et gouvernance, aux échelons local, national et régional. Mais l’indifférence de nombre d’États européens pour ce problème, illustrée par leur faible implication dans le financement des programmes en faveur du Sahel, comme dans le soutien à l’opération Serval ou l’assistance à la reconstruction de l’armée malienne (EUFOR Mali, démarrée à Koulikoro le 2 avril 2013), n’incite guère à l’optimisme et, hélas, ne plaide guère en faveur de leur intelligence politique. Pour espérer effacer le gris de la zone Sahara-Sahel, actuellement partie prenante à la face obscure de la mondialisation, il paraît pourtant nécessaire d’intégrer pleinement l’Afrique de l’Ouest aux réseaux licites, afin de favoriser son développement économique et d’assurer son émergence sur la face claire de la mondialisation.
Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Auteur de Géopolitiques, manuel pratique, Paris, 2010, Choiseul, 736 pages. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com,http://www.diploweb.com/Touaregs-du-Mali-Des-hommes-bleus.html

Plus
. Lire l’article de Patrice Gourdin, « Géopolitique du Mali : un Etat failli ? »
Bibliographie
. AL-KONI Ibrahim, Les Mages, Paris, 2005 [1e édition, en arabe : 1990], Phébus, 615 p.
. BERNUS Edmond et DUROU Jean-Marc (sous la direction de), Touaregs. Un peuple du désert, Paris, 1996, Laffont, 331 p.
. BISSON Jean, Mythes et réalités d’un désert convoité : le Sahara, Paris, 2003, L’Harmattan, 479 p.
. BOILLEY Pierre, Les Touaregs Kel Adagh, Paris, 2012, Karthala, 644 p.
. BOURGEOT André (sous la direction de), Horizons nomades en Afrique sahélienne. Sociétés, développement et démocratie, Paris, 1999, Karthala, 491 p.
. BOURGEOT André, Les sociétés touarègues. Nomadisme, identité, résistances, Paris, 1995, Karthala, 544 p.
. FINBERT Elian J., La vie du chameau, le vaisseau du désert, Paris, 1947 [1e édition : 1938], Fayard, 254 p.
. FREMEAUX Jacques, Le Sahara et la France, Paris, 2010, SOTECA, 316 p.
. GARDELLE Linda, Pasteurs touaregs dans le Sahara malien. Des sociétés nomades et des États, Paris, 2010, Buchet-Chastel, 214 p.
. « Géopolitique du Sahara », Hérodote, n° 142, 2011
. MINASSIAN Gaïdz, Zones grises. Quand les États perdent le contrôle, Paris, 2011, Autrement, 202 p.
. MOREL Alain, Milieux et paysages du Sahara, Paris, 2008, Ibis Press, 255 p.
. NANTET Bernard, Histoire du Sahara et des Sahariens. Des origines à la fin des grands empires africains, Paris, 2008, Ibis Press, 249 p.
. ROGNON Pierre, Biographie d’un désert, Paris, 1989, Plon, 347 p.
. SAINT GIRONS Anne, Les rébellions touarègues, Paris, 2008, Ibis Press, 186 p.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com,http://www.diploweb.com/Touaregs-du-Mali-Des-hommes-bleus.html

2 mai 2013

Au Sahel, des outils pour anticiper les famines

Olivier Tallès , La Croix


Les systèmes d’alerte précoce délivrent des informations précieuses quoique incomplètes sur la situation alimentaire à venir du continent africain
À Keita, au Niger, des femmes luttent contre la désertification en plantant un manguier qui va stabiliser le sol grâce à ses racines.
Au Sahel, les paysans l’appellent la « soudure ». C’est une période d’activité intense, de joie et d’appréhension. La fin de la saison sèche. Le retour espéré de la pluie. La période entre deux récoltes au cours de laquelle les agriculteurs sèment les champs. Les familles les plus pauvres vident leurs greniers, piochent dans leurs économies, se serrent la ceinture. Au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Tchad, en Mauritanie, voire au Sénégal, les centres de soin se préparent à l’accueil de milliers d’enfants aux ventres ballonnés et aux regards vides.
Selon les régions, le nombre de malades grimpera progressivement en mai et juin, atteindra un pic en juillet, se stabilisera le mois suivant, puis décroîtra après la mi-septembre. Les ONG, les bailleurs de fonds et les pays de la région estiment à environ 1,6 million le nombre d’enfants sévèrement malnutris qui auront besoin de soins et d’une nourriture enrichie en vitamines. Pour obtenir ces estimations et préparer la réponse humanitaire, les spécialistes de la nutrition s’appuient sur une batterie d’indicateurs dont les plus connus sont les systèmes d’alerte précoce.
(William Dupuy/Picturetank )
Ces outils statistiques sont gérés directement par les ministères de l’agriculture et le Programme alimentaire mondial, avec plus ou moins d’efficacité selon la volonté politique des États. Les données collectées permettent d’anticiper la sécurité alimentaire des mois à venir. Il s’agit d’estimer avant, pendant et après la récolte la production agricole à travers des prélèvements d’échantillons, puis de la comparer d’une année sur l’autre. Des agents étudient aussi la pluviométrie, la quantité d’eau disponible ou encore d’herbes pour le bétail.
Ces relevés déterminent la disponibilité en céréales ou en viande en fonction de la population. Ils ont été lancés dans les années 1980 après les famines qui ont frappé les pays de la bande sahélienne à la suite de grandes sécheresses. Après avoir fonctionné bon an mal an pendant une vingtaine d’années, ils ont démontré leurs faiblesses lors de la crise alimentaire au Niger. C’était en 2005.
« Les chiffres n’indiquaient pas une chute brutale de la production dans ce pays, alors que des centaines de milliers d’enfants souffraient de malnutrition », rappelle Hélène Berton, coordinatrice d’Echo, le service d’action d’urgence de l’Union européenne.
Il n’y avait pas de pénurie, la nourriture était disponible sur les marchés, mais à des prix inaccessibles pour de nombreuses familles. Cette année-là, une partie de la production locale avait en effet été exportée vers le Nigeria, ce qui avait augmenté les cours des céréales.
« Le monde rural au Sahel s’est transformé en trente ans, poursuit Hélène Berton. Les surfaces cultivables se sont réduites, le nombre d’habitants a augmenté. Le paysan ne peut plus se contenter de consommer ce qu’il produit. Il achète, il s’endette. » Les systèmes d’alerte ont alors intégré des nouveaux indicateurs : les prix des denrées sur les marchés.
En élargissant les données sur l’insécurité alimentaire, les États d’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires étrangers dressent des cartes plus précises sur les niveaux de vulnérabilité des ménages. « Mais nous avons beaucoup de mal à appréhender le pouvoir d’achat des familles », précise Étienne du Vachat, chargé du plaidoyer chez Action contre la faim. Les revenus des ménages dans cette partie du monde relèvent en effet du secteur informel. Ils varient parfois du simple au double d’un mois sur l’autre, ce qui les rend difficiles à mettre en équation.
Comment par exemple mesurer l’apport des migrants ? Chaque année, les hommes quittent en masse les campagnes du Niger et du Mali après la récolte. Ils s’exilent dans les villes de Côte d’Ivoire, de Libye, du Nigeria à la recherche d’emplois de manœuvre. Ces travailleurs saisonniers offrent un complément en nature ou en argent souvent décisif.
« En 2011, la guerre en Libye, la crise politique en Côte d’Ivoire, les violences au Nigeria ont privé des milliers de migrants de cet appoint, rappelle Étienne du Vachat. Les conflits ont eu un impact fort sur la crise alimentaire de 2012. »
Les indications des systèmes d’alerte précoce dépendent aussi beaucoup des interprétations des gouvernements locaux. Certains ont tendance à surestimer les besoins à venir pour récolter des fonds. D’autres n’hésitent pas à sous-évaluer une crise par calcul politique. « Une agence telle que le Programme alimentaire mondial (PAM) ne peut pas déclencher l’alarme contre l’avis du gouvernement, observe Cédric Charpentier, en charge des évaluations du PAM pour l’Afrique de l’Ouest. Or, il est très difficile d’avoir des chiffres indiscutables, sur lesquels tout le monde est d’accord. »
Pour mettre fin aux débats interminables, des acteurs de l’aide sont en quête de l’algorithme imparable qui permettrait de calculer trois mois à l’avance combien de pauvres souffriront de la malnutrition, en fonction de la production, des revenus des ménages, de l’indice des prix, de l’état nutritionnel… Des chercheurs mexicains ont déclaré lors d’un colloque récent se rapprocher d’une solution grâce à un ciblage très précis de la population. Mais le Sahel est encore très loin de disposer d’un pareil maillage territorial.
Certains s’interrogent d’ailleurs sur l’utilité de courir après d’hypothétiques systèmes prévisionnels capables de mettre en équation le réel. « Ces outils se transforment in fine en système de rationnement, observe Stéphane Doyon, spécialiste des questions de nutrition chez Médecins sans frontières. À partir des indicateurs, on cible, on trie, on crée des listes d’enfants à soigner qui sont toujours incomplètes et forcément injustes. On définit en somme un seuil de tolérance acceptable. Ce n’est pas un vrai système de prévention. »
À côté des outils de prospective, des voix de plus en plus nombreuses demandent la création de systèmes de protection sociale comme il en existe en Amérique latine ou en Chine. Autrement dit, offrir des revenus aux ménages les plus pauvres en échange de travaux, garantir l’accès à des micronutriments, favoriser les soins gratuits… « C’est le chemin choisi par le gouvernement indien qui a lancé l’an dernier une mobilisation nationale contre la faim », se félicite Stéphane Doyon.
————————
DÉFINITIONS
Sécurité alimentaire. Elle recouvre l’accès matériel et économique à la nourriture en qualité et en quantité suffisantes pour être en bonne santé et mener une vie active. On parle d’insécurité alimentaire en cas d’insuffisance de la disponibilité alimentaire, du pouvoir d’achat ou de problèmes de distribution.
Famine. Elle correspond au niveau 5 du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire définie par les Nations unies. Ce niveau est atteint notamment lorsque plus de 2 personnes sur 10 000 meurent chaque jour ; que le taux de malnutrition aiguë est au-dessus de 30 % ; qu’il y a moins de 2 100 calories et moins de 4 litres d’eau disponibles par habitant et par jour.
Malnutrition. État pathologique provoqué par la déficience d’un ou plusieurs nutriments. La malnutrition freine le développement de l’enfant, augmente les risques de maladie et peut conduire à la mort.
OLIVIER TALLÈS , http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Au-Sahel-des-outils-pour-anticiper-les-famines-2013-04-29-954265


cle Et pourtant, ils avaient prévu la famine en Somalie

28 avr. 2013

Transsaharienne: examen lundi à Alger par le comité de liaison de la réalisation des tronçons nigérien et tchadien

La réunion du Comité de liaison de la route Transsaharienne (CLRT), prévue lundi et mardi à Alger, se penchera notamment sur l’élaboration d’un planning pour le lancement des travaux des sections de cette route au Niger et au Tchad, a-t-on appris samedi auprès du Secrétariat général du Comité. Les représentants des pays traversés par la transsaharienne vont examiner lors de cette rencontre les détails de la mise en chantier des tronçons Arlit-Assamaka (221 km) au Niger, et Ngouri-Frontière du Niger (331 km) au Tchad, et qui seront financés par plusieurs bailleurs de fonds internationaux, a précisé à l’APS M. Mohamed Ayadi, secrétaire général du CLRT.

Il s’agit, a-t-il fait savoir, de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA), de la Banque islamique de développement (BID), de la Banque africaine de développement (BAD) du Fonds de l’OPEP, et des Fonds Koweitien, saoudien et d’Abou Dhabi.

Selon M. Ayadi, il sera procédé lors de cette réunion, la 58ème du genre, à l’examen de l’état d’avancement de la Transsaharienne dans les six pays concernés (Algérie, Tunisie, Mali, Niger, Tchad et Nigeria) ainsi qu’à la présentation d’un point de situation sur le tronçon reliant le Tchad et le Nigeria.

Un point de situation sur le tronçon algérien de la Transsaharienne sera également au menu de cette rencontre à laquelle vont assister, outre les responsables des routes au niveau des six pays du CLRT, des représentants de bailleurs de fonds internationaux, africains et arabes et des ambassadeurs des pays desservis par la Transsaharienne accrédités à Alger.

D’une longueur de 2400 km (Alger-Frontières malienne et nigérienne), le tronçon algérien de la Transsaharienne est entièrement revêtu et aura ''une forte contribution à la création de l’attractivité et la compétitivité pour les wilayas du sud et les zones transfrontalières'', souligne-t-on au CLRT.

Environ 200 milliards de DA (près de 3 milliards de dollars) ont été consacrés par l’Algérie au parachèvement et au développement de la Transsaharienne traversant son territoire entre 2005- et 2014, rappelle-t-on.

http://www.letempsdz.com

27 avr. 2013

La pénurie alimentaire menace 20 millions de Sahéliens

Vingt millions de personnes vivant au Sahel, dont 4,3 millions au Mali, connaissent une situation alimentaire «grave», a affirmé mercredi à Nouakchott le président de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).
«Quelque 20 millions de personnes dans tout le Sahel font encore face à des pénuries (alimentaires) graves» a dit le président de la FICR, le Japonais Tadateru Konoé, à l’ouverture d’une réunion du Groupe Sahel plus.
Cette structure regroupe les sociétés nationales de Croix-Rouge et Croissant Rouge de dix pays sahéliens : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad.
M. Konoé a estimé que parmi ces personnes en situation alimentaire difficile, figurent 4,3 millions de Maliens, incluant des réfugiés et déplacés internes, qui «ont besoin d’une assistance alimentaire en raison du conflit prolongé».
Le DG d'ECHO, Claus Sorensen, visite un centre... (PHOTO BOUREIMA HAMA, AFP)
Le DG d’ECHO, Claus Sorensen, visite un centre mis sur pied pour venir en aide aux enfants souffrant de malnutrition à Tibiri, dans le sud-est du Niger, le 18 avril.
Une coalition internationale dirigée par la France intervient au Mali depuis plus de trois mois et a quasiment chassé du nord de ce pays les islamistes armés liés à Al-Qaïda qui ont occupé cette région en 2012.
Selon le président de la FICR, l’état de santé de «bien de communautés au Sahel est compromis par la fragilité des infrastructures et des systèmes de santé dans beaucoup de pays» au moment où «le risque d’épidémies est accru par la mauvaise qualité de l’eau et des systèmes d’assainissement, la malnutrition et le manque de personnel de santé».
La réunion du Groupe Sahel plus, qui prend fin jeudi, doit examiner «les défis humanitaires dans la zone sahélienne et les différents programmes et projets pour y faire face», a précisé le porte-parole de M. Konoé, Moustapha Diallo.
Le Sahel avait déjà connu une crise alimentaire en 2010-12. La semaine dernière, un responsable de la Commission européenne chargée de l’aide humanitaire et de la protection civile (ECHO) avait déclaré que plus de 10 millions de personnes étaient menacées de pénurie alimentaire en 2013 dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, du Sénégal au Tchad.
http://www.lapresse.ca/international/afrique/201304/24/01-4644110-la-penurie-alimentaire-menace-20-millions-de-saheliens.php

25 avr. 2013

Vote à l’ONU pour le déploiement de casques bleus au Mali

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit adopter, ce jeudi 25 avril, une résolution qui autorise le déploiement de 13 000 casques bleus censés prendre le relais de la Misma, la mission ouest-africaine au Mali. Des casques bleus qui auront pour mission de ramener la paix dans les villes du Nord, en empêchant notamment le retour des groupes islamistes.
Le Conseil de sécurité de l'ONU.
Le Conseil de sécurité de l’ONU.
RFI/ Karim Lebhour
Avec notre correspondant à New York, Karim Lebhour
Le vote du Conseil de sécurité marque la prise en main de la crise malienne par l’ONU. Si le calendrier est respecté, au 1er juillet, les forces françaises passeront officiellement le relais aux casques bleus.
Les 12 600 hommes de la Minusma auront pour mission de stabiliser les villes du nord du Mali et d’empêcher le retour des groupes islamistes. Pas question de missions de combats, ni d’opérations de contre-terrorisme. En cas de coup dur, la résolution autorise l’armée française à intervenir. Un bataillon de réserve composé de soldats tchadiens sera également mis en place. Un soutien jugé essentiel à l’ONU, car les casques bleus arrivent au Mali en terrain inconnu avec le risque de faire face à des attaques terroristes.
L’autre inconnue est le climat politique. Le Conseil de sécurité demande un dialogue sérieux entre Bamako et les populations du Nord. C’est l’absence de processus politique juge-t-on à l’ONU, qui est aujourd’hui le plus gros problème du Mali.
Quid du MNLA?
Or justement, le gouvernement malien affiche sa détermination à organiser l’élection présidentielle, dont le premier tour devrait se tenir le 7 juillet. Certains sont sceptiques. A Bamako, le président de la commission électorale estime que le délai n’est pas tenable. Et qu’en sera-t-il dans les zones du pays contrôlées par le Mouvement national de libération de l’Azawad? Pour Mahamadou Djéri Maïga, le vice-président du mouvement qui est en visite en France, il n’est pas question d’organiser des élections avant l’instauration d’un dialogue avec Bamako.
« Les conditions, explique-t-il, c’est que le gouvernement malien accepte de nous rencontrer, qu’on fasse un accord-cadre et que dans celui-ci on dise quel sera le statut pour l’Azawad, qu’on crée les conditions de sécurité qui peuvent permettre aux Azawadiens réfugiés de retourner tranquillement chez eux (…). On a dit à l’armée française de ne pas se retirer tant qu’il n’y a pas de solution négociée entre le MNLA et le Mali. »


L’insécurité persiste dans la ville de Ber
Les combattants arabes du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) ont quitté la ville de Ber mais leurs quatorze pick-up armés sont toujours positionnés aux abords de la ville. « Nous surveillons les entrées, nous empêchons ceux qui pillent et ceux qui frappent d’entrer », explique leur chef Mohamed el-Maouloud Ramadan, qui cite les combattants touaregs du MNLA, mais pas seulement, et demande aux militaires maliens et à leurs alliés de venir sécuriser la ville.
Les forces armées présentes à Tombouctou confirment que la zone est investie par des coupeurs de route, et envisagent de se rendre dans la ville de Ber, mais ne donnent aucune précision. Les avions français ont survolé la ville à plusieurs reprises. Par ailleurs, le fils du marabout de cette localité, un Touareg, a été enlevé par un groupe d’Arabes qui ne se réclament pas du MAA, mais exigent une rançon.
Le chef du mouvement des Arabes de l’Azawad dit enquêter sur la possible implication de ses hommes, tout en évoquant un règlement de compte et en démentant la demande de rançon. Les forces de sécurité maliennes parlent également de règlement de compte, mais confirment elles la demande d’une rançon fixée à 80 millions de francs CFA.
La famille de l’otage affirme ne pas pouvoir payer. A Ber, la situation est calme mais précaire.
RFI
http://www.rfi.fr/afrique/20130425-vote-onu-casques-bleus-mali-new-york-islamistes-conseil-s%C3%A9curite-bamako-

Terakaft: «Sans liberté, le Touareg n’existe pas »

24 avril au festival Printemps de Bourges/Terakaft: «Sans liberté, le Touareg n’existe pas »:
Le groupe de rock sort un quatrième album, où il ne lâche rien sur le désir de liberté des Touaregs.
 Diarra du groupe Terakaft © Corine Jeannette«Sans liberté, le Touareg n’existe pas.» Pour Diarra, Sanou et Pino, les trois chanteurs guitaristes du groupe rock touareg Terakaft (caravane en tamasheq), cet adage traduit au plus près les aspirations de leur communauté.
En janvier 2012, l’insurrection pour l’indépendance touarègue dans le nord du Mali, portée par les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a tourné à la catastrophe.
Début avril, le MNLA proclamait unilatéralement l’indépendance du Nord-Mali, après avoir pris les villes symboliques de Tombouctou, Gao et Kidal. Quelques semaines plus tard, le vieux rêve touareg aux accents parfois romantiques vacille face aux velléités de mouvements islamistes.
«Le quatrième album, enregistré deux mois plus tôt en novembre 2011, avait prédit cette mésaventure,  affirme Pino, le benjamin du groupe. Pour nous, les Touaregs ont fait une grave erreur. Ils ont été trompés par Ansar Dine. Certains ont vendu leur âme au diable.»
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=l-9Q2fAKjJo
Dans leur quatrième album intitulé Kel Tamasheq , le groupe rock Terakaft, fondé au Mali en 2001, rend une nouvelle fois hommage à la tradition touarègue, celle portée avant eux par le groupe Tinariwen. Les deux groupes sont musicalement et humainement très proches.
Liya  Ag Ablil appelé Diarra, le patriarche du groupe, a joué durant 20 ans dans le groupe mythique. C’est lui qui, par son expérience, inscrit le groupe Terakaft dans la continuité des Tinariwen, le premier groupe à avoir diffusé la musique rock touareg au début des années 2000.
«Diarra et Sano ont appris à jouer avec les Tinariwen. Les chanteurs sont capables de jouer le même répertoire», ajoute Philippe Brix, le manager de Terakaft. Un ancien du groupe Tinariwen lui aussi. Il a été leur manager pendant plusieurs années.
Le visage bruni, parsemé de rides, Diarra observe, stoïque. Il écoute son neveu Sano, ainsi que la dernière recrue Pino ,  parler de leur expérience. Il acquiesce, effleure sa moustache poivre-sel et raconte son histoire, avec pudeur. Une guitare électrique à la main, c’est un autre homme. Placé à droite de son neveu Sano, Diarra investit pleinement la scène, bouge ses pieds au rythme de la calebasse. Un pas à droite, un autre pas à gauche.

Couverts des habits traditionnels touareg, les trois guitaristes chantent en chœur des textes qui leur rappellent le bled, leur jeunesse, une époque où leur parents pouvaient rendre visite à une sœur au Niger ou en Algérie. Sans frontières, sans passeport, en toute liberté.
«Dans les années 1970, mes parents se déplaçaient librement jusqu’au Niger, témoigne Diarra. Les peuples touareg étaient libres de circuler sur leur territoire. Aujourd’hui, nous sommes divisés par les frontières nationales. Les Touaregs maliens, algériens, marocains…»

Ineffables frontières

D’après Pino, les aînés ne comprendront jamais le concept de frontières, car le territoire qu’ils revendiquent est intimement lié à leur existence. Sans Azawad, les Touaregs auraient l’impression de se fondre dans le moule national, et ainsi perdre leur identité si singulière. Comment obéir aux lois des frontières quand on a connu la libre-circulation?
«Dans sa tête, mon aîné se dit “Pourquoi suis-je obligé de faire un passeport pour visiter un autre Touareg de ma famille?”», renchérit Pino.
Quatre mois après l’offensive militaire française, le groupe est-il plus serein sur la situation au Nord-Mali? Diarra dit vouloir retrouver sa famille qui n’a pas quitté la région depuis la division du pays en deux. Il sait toutefois qu’il est trop tôt pour programmer un concert dans la région.
«Ce n’est pas le moment. Les rassemblements de foule sont des cibles trop facile», lance Pino.
Tous disent regretter l’amalgame qui a été fait entre eux et les combattants islamistes. Au Mali, les Touaregs reconnaissables à leur peau plus claire, sont accusés d’avoir soutenu et parfois intégré les mouvements islamistes.
Mais les rockeurs du Sahara le répète chacun leur tour: ils n’adhèrent pas à leur lecture rigoriste de l’islam.
«Nous, on parle de la religion comme une tradition, pas comme une pratique. Nous sommes des musulmans. Pas des donneurs de leçons.»
Nadéra Bouazza,http://www.slateafrique.com/180611/terakaft-rock-touareg-sans-liberte-touareg-existe-pas-musique
Concert prévu ce soir 24 avril au festival Printemps de Bourges.  Mais aussi:
21/06 Paris – La Bellevilloise
18/07 – Touvérac 

Niger : Bulletin humanitaire numéro 15, 17 avril 2013

Report
from UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
FAITS SAILLANTS
  • Le Niger n’aurait pas enregistré de cas de fièvre jaune depuis au moins deux décennies.
  • Les programmes de protection des vulnérables dans les camps de réfugiés et dans les centres de nutrition sont sans ressources.
  • Les déplacés de Niamey peuvent envisager de reconstruire leurs habitations.
UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:
To learn more about OCHA’s activities, please visit http://unocha.org/.

20 avr. 2013

M. Rhissa Feltou, maire d’Agadez : «Même si le tourisme s’est arrêté, Agadez reste une destination de choix»

 Monsieur le maire, pouvez-vous nous présenter brièvement la commune urbaine d’Agadez ?

C’est un honneur pour nous de recevoir le Sahel-Dimanche ici, et de pouvoir partager avec nos concitoyens les réalités de notre commune. Agadez est le chef-lieu de la région du même nom. Elle est devenue commune urbaine en 1972, avec une population estimée aujourd’hui à 120.000 habitants. La commune couvre une superficie de 600 km2. En termes d’activités économiques, Agadez est connue pour ses activités touristiques. Mais Agadez est aussi un carrefour, un lieu de transit entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au Sud du Sahara.
M. Rhissa Feltou M. Rhissa Feltou
Nous sommes aussi un centre pas très éloigné des principales frontières, notamment l’Algérie et la Libye, et il faut dire que les échanges et les relations socioculturelles sont très importantes avec ces deux pays. La situation géographique d’Agadez lui confère cette particularité, pour ne pas dire privilège, du point de vue des activités économiques. Le commerce est très florissant et notre commune en tire des bénéfices significatifs.

Concernant les ressources, au titre de l’année 2013, nous avons un budget de 1 milliard 650 millions de FCFA. Nous attendons une mobilisation des ressources minimales au regard des difficultés qu’a connues notre commune, notamment à l’incivisme. Cet incivisme lui-même était né du découragement consécutif à l’instabilité socio politique. Malgré tout cela, nous avons des ressources importantes qui permettent à la commune de fonctionner. Ces ressources nous viennent notamment grâce à la loi sur la répartition des recettes issues de l’exploitation minière. Et depuis 2011, ces redevances minières nous permettaient de financer certaines actions, notamment la construction des classes et l’équipement de la commune. Nous avons d’ailleurs reçu, au titre de 2010, une enveloppe d’environ 65 millions FCFA. Nous comptons utiliser ces ressources pour équiper la police municipale récemment créée dans le cadre du renforcement de la stabilité et de la paix. Nous comptons aussi financer la réalisation d’infrastructures économiques, notamment un parc et un garage municipal. Notre commune a aussi bénéficié, dans le cadre de la voirie et de l’assainissement, d’une enveloppe assez consistante de la part du Ministère de l’Equipement, à travers la CAFER. Ce financement nous a permis de reprendre plus de 20 km de voirie à l’intérieur de la ville. Je tiens à noter que, pratiquement depuis 1980, nous n’avons pas eu un seul mètre de rue bitumée. C’est pourquoi, au nom des populations et du Conseil municipal, je tiens à saluer ce geste du Ministère de l’Equipement. Aujourd’hui, les usagers empruntent des voies entièrement reprises, sans nids de poule. Cela a contribué à diminuer le taux d’accidents de circulation. Ça a aussi permis d’embellir la ville, et les populations apprécient ce geste de l’Etat. A cela, il faut ajouter les travaux de reprise des voies et de l’ouvrage sur le kori du Telwa. Cela permettra de maintenir le niveau élevé d’activités économiques. En effet, ce kori a souvent provoqué des inondations et même stoppé les activités économiques. Ce qui a eu comme conséquence un manque à gagner pour notre commune. L’Etat, à travers la CAFER et la GERTA, a financé la reprise du passage de la RTA sur le kori Telwa.



Le tourisme constituait une importante source de revenus pour les populations et la commune. Mais les problèmes sécuritaires vécus dans la région ont fortement compromis cette activité. Quel est l’impact réel de cet état de fait sur la Commune ?


Il faut tout de suite dire que c’est un manque à gagner important pour la région en général et pour la commune d’Agadez en particulier. Agadez a connu un essor certain aux périodes de pic de cette activité. Le tourisme rapportait directement, aux différentes couches socio-économiques, près de 4 milliards en argent liquide. Il a contribué à un changement de statut social et à élever le niveau de vie des populations. Malheureusement, l’activité a été stoppée net en 2007 avec le déclenchement de la rébellion par le MNJ. Et depuis lors, les choses ne se sont pas arrangées avec les menaces en tous genres (trafics, développement du terrorisme) dans la région. Cela a fini par compromettre définitivement cette activité rentable pour nous. Vous l’avez remarqué à travers le nombre d’hôtels, les sites artisanaux, le site historique de la vieille ville et les agences de voyage. Malgré l’insécurité et l’arrêt du tourisme, nous faisons de l’inscription du site historique au patrimoine mondial, notre cheval de bataille. Le dossier est très avancé. Nous sommes là-dessus depuis plus d’un an, avec notre ambassadeur à l’UNESCO et le gouvernement à travers le Ministère de la Culture, en collaboration avec un comité de gestion de la vieille ville d’Agadez qui est géré par un agent du Ministère de la Culture, et aussi en collaboration avec le sultanat et toutes les personnes concernées par ce patrimoine.



Que sont devenus les principaux acteurs du tourisme ? Est-ce qu’ils ont pu se reconvertir dans d’autres activités ?


La reconversion est quelque peu difficile, mais aussi facile. Elle est facile parce que la plupart des acteurs sont aussi des éleveurs. Il y a bien sûr des commerçants. Mais elle est difficile aussi, il faut le reconnaitre. Vous avez constaté que la presque totalité des agences de voyages ont fermé. Au niveau des hôtels, certains continuent, malgré tout, de survire avec le passage des sociétés minières, des ONG et projets. Et puis la ville reste toujours une destination fréquentée, même si le tourisme s’est arrêté, il y a un tourisme intérieur qui est entrain de se développer. C’est ce qui permet à quelques hôtels de survire. D’autres acteurs ont embrassé l’agriculture à travers les cultures irriguées dans la vallée de la Telwa. Agadez a développé la culture de l’oignon à une période où elle est impossible dans d’autres régions. Cela ne peut certes pas remplacer l’activité touristique, mais ça a permis d’occuper beaucoup de gens.



L’assainissement est un défi certain pour les communes. Comment se présente ce volet dans la Commune d’Agadez ?


C’est vrai, c’est un défi particulier pour notre commune qui est comme toutes les autres villes du Niger, en pleine expansion. Nous avons des problèmes énormes liés à l’assainissement, qui est une activité trop lourde, trop couteuse, pour qu’elle soit laissée à la seule charge des communes. Pour notre part, nous avons, depuis notre arrivée au conseil municipal, réhabilité le garage de la commune. Nous disposons aujourd’hui de 4 camions et d’une chargeuse pour enlever les ordures ménagères. L’insuffisance des moyens fait que nous n’assurons pas cette activité de manière régulière. Je dis que c’est une activité trop lourde pour être laissée à la seule charge des communes. Il faut qu’on partage une partie des charges avec l’Etat. L’assainissement ne se limite pas seulement à ramasser les ordures et aller les déverser ailleurs. C’est toute une filière qu’il faut organiser, la commune et l’Etat, eux-mêmes ne suffissent pas. Il faut créer un cadre national pour maîtriser cette activité. Il faut notamment multiplier les partenaires et mettre en place un plan national d’aide à l’assainissement. Je pense que l’assainissement est une activité lourde et difficile à maitriser, donc on a besoin de la spécifier. C’est une activité qui nécessite une multitude d’acteurs qui peuvent, chacun, se spécialiser et prendre en charge un secteur : par exemple les eaux usées, le drainage des eaux de pluies, la collecte des ordures ménagères, etc. C’est extrêmement complexe, raison pour laquelle nous approchons tous les acteurs, et il faut que l’Etat aide les communes.



Agadez est un centre de transit, mais avec la situation actuelle en Libye et en Algérie, les frontières sont difficiles à franchir. Est-ce que la commune arrive à accueillir, sans difficultés, tous ces candidats à l’immigration ?


C’est tout à fait vrai, Agadez est une zone de passage, mais l’instabilité qui s’est créée en Libye a stoppé les échanges et a limité le déplacement des migrants en direction de ces pays (Algérie et Libye). Et on le ressent au niveau de la commune. C’est un manque à gagner pour la Commune. Vous savez, il y a beaucoup de nos compatriotes qui partent dans ces pays à la recherche de travail. Et il y avait un véritable échange de marchandises et un transfert de devises. Mais tout cela s’est arrêté. Et nous le ressentons au niveau de la mobilisation des recettes. La Commune a pris un coup dur, mais les échanges se poursuivent malgré les difficultés. Les recettes fiscales et douanières en ont pris un coup, puisque le volume des échanges et la circulation des marchandises ne sont plus comme avant. Il est indéniable que la crise libyenne a eu beaucoup de répercussions sur notre commune et sur les activités socio-économiques.



Agadez s’est doté récemment d’une police municipale. Quel est l’impact de ce corps sur la vie de la commune ?


C’est une initiative de la commune qui s’inscrit dans le cadre de la recherche de stabilité. Elle a permis de résorber le problème du chômage des jeunes. La commune urbaine d’Agadez dispose aujourd’hui d’un effectif de 45 agents, et les autres communes ont chacune 15 agents. Il faut noter que la formation de ces agents a été prise en charge par le PNUD. L’apport de cette police municipale est inestimable dans la vie de la commune. Nous avons créé ce corps parce que nous en avons senti le besoin. Ce corps contribue beaucoup dans la mobilisation des recettes, et aussi au niveau de l’assainissement, de la circulation et de la sécurité au niveau des marchés. Ces agents ont reçu une formation qui leur permet d’exercer dans la légalité. Ils ont été initiés au maintien de l’ordre, à la question de sécurité dans les centres urbains. Ils ont aussi reçu, tout récemment, une formation dans le cadre de la lutte anti-terroriste grâce à l’Union Européenne et à travers le Programme Paix, Sécurité et développement du PNUD. Aujourd’hui, la police municipale est essentielle. Elle est au contact avec les populations. Ce qui constitue un apport supplémentaire pour les autres Forces de Défense et de Sécurité dans le cadre de la sécurité traditionnelle. Elle intègre bien le tissu socio-économique. Elle est encadrée par les agents de la Police Nationale pour éviter les abus, débordements ou toute autre atteinte aux droits des citoyens.

Il nous appartient de lui donner l’équipement nécessaire pour qu’elle mène à bien sa mission. Nous venons récemment de recevoir cinq (5) motos de la part du PNUD pour équiper la brigade de patrouille et la brigade sanitaire. Il faut dire que la police municipale est très sollicitée par les populations dans le cadre de la santé et de l’assainissement. Elle joue aussi le rôle de médiateur en cas de petits pépins dans les quartiers.



Qu’est-ce qui est entrepris dans le cadre de la coopération décentralisée ?


Nous avons, dans le cadre de la question d’assainissement et de voirie, sollicité certains partenaires. Agadez est en relation avec la commune de Saint Brieuc en France. Nos relations datent de plus d’une trentaine d’années. Nous avons des projets dans le domaine de l’électrification des centres de santé intégrés, de 13 cases de santé, la réhabilitation du CSI du centre ville avec nos partenaires français. Nous les avons également sollicités pour nous aider à peaufiner nos réflexions pour faire face au problème de l’assainissement. La commune de Saint Brieuc est très impliquée dans le cadre du jumelage avec des communes d’autres pays. Ce qui nous ouvre d’autres opportunités de coopération décentralisée.



Avec l’importation des véhicules d’occasion en provenance de la Libye et de l’Algérie, on assiste à l’apparition de parcs sauvages un peu partout dans la ville. Que faites-vous pour organiser ce secteur et surtout pour qu’il rapporte à la commune ?


Il y a en effet depuis quelques temps, la reprise de l’importation en quantité de véhicules en provenances des pays que vous venez de citer. Nous avons mis en place en début d’année un comité pour organiser et maîtriser les multiples parcs auto qui se créent dans la commune. Nous avons tenu plusieurs réunions avec les différents acteurs. Et je pense que les services du recouvrement sont aujourd’hui arrivés à mettre en place un système d’organisation pour tirer de meilleures recettes de cette activité qui est très rentable et qui peut apporter un plus aux recettes de la commune. C’est vrai que ça n’a pas été facile au début, mais aujourd’hui nous sommes arrivés à stabiliser et bien maîtriser cette activité qui est non négligeable en termes de recettes pour la commune.

http://www.lesahel.org/index.php/component/k2/item/2921-m-rhissa-feltou-maire-dagadez–m%C3%AAme-si-le-tourisme-sest-arr%C3%AAt%C3%A9-agadez-reste-une-destination-de-choix

19 avr. 2013

Les fantômes touaregs de Tombouctou

Les fantômes touaregs de Tombouctou:
La majeure partie des Touaregs ont quitté la ville pour les villages voisins, ou bien en Mauritanie ou en Algérie. Ceux qui sont restés se terrent dans leur maison.

Entretien avec Romaric Adekambi, co-fondateur de Agone Drone, sur la vulgarisation de l’usage des drones au Bénin

Romaric Adekambi est le co-fondateur de Agone Drone, une agence de location de drones pour les professionnels du secteur audiovisuel. Avec ...