Tourisme à Tam

ASSEKREM- Premier lever de soleil de l'année 2012.
Reportage réalisé par Sihem Oubraham.  Photos : Billal
Tamanrasset, affectueusement dénommée «Tam», est la porte d'entrée de la plus célèbre zone touristique du Sud algérien, celle qui mène à la route du Hoggar. Randonnée dans le Grand Sud...

Se dressant à quelques milliers de mètres d’altitude, la ville de Tamanrasset offre à ses visiteurs un paysage tout simplement féerique.
C’est ainsi que la capitale du Hoggar se pose définitivement comme un pôle incontournable du tourisme algérien.


A la découverte de Tam
Dans la foulée, l’émotion sera sans nul doute présente au rendez-vous lorsque l’on s’attardera sur le fabuleux massif de l’Assekrem.
«Fabuleux» en raison de son allure très altière qui n’est pas sans inspirer le respect. En explorant ce massif, l’on pourra se dire, non sans fierté, que l’on a foulé un sol des hommes bleus majestueux. Vers le Sud, les paysages du Tassili promettent un émerveillement inouï. Une explosion de couleurs ainsi que des effluves de la nature viennent assaillir les sens tandis que le doux bruissement du vent berce doucement l’ouïe. Pied de nez aux préjugés, les habitants de Taman-rasset ne se déplacent plus à dos de chameau ou de dromadaire comme le voudrait notre imaginaire exotique. Â ce propos, les touristes ont plus de chance de découvrir la dernière-née de la gamme Toyota à Tam qu’aux marchés de voitures du nord du pays. Et comme les mythes ont la peau dure, il faut préciser alors que les rues de Tamanrasset sont plus rectilignes et plus propres que certaines artères de la capitale. Ses quartiers sont également mieux conçus et plus aérés. Ils s’intègrent plus harmonieusement au cadre saharien de la région. Généralement, il ne faut pas plus d’une heure pour avoir ses repères. Les taxis sont légion, et moyennant 50 DA, vous pouvez sillonner toute la ville. Tamanrasset a bien un cachet urbanistique spécifique. Ce constat, le visiteur peut l’établir aisément. Les habitations, de couleur bien souvent rouge sombre, et les édifices publics comptent rarement  plus de deux étages. Les passionnés d’histoire pourront étancher leur soif par la visite des quartiers anciens et de ses tamaris centenaires.

La ville et ses marchés
La ville en compte plusieurs. Un fait qui n’est pas sans ravir les touristes qui assistent alors à un spectacle portant l’exaltation des sens à son summum. C’est ainsi que le regard est attiré par ces couleurs irisées du marché et que l’ouïe s’imprégnera avec un plaisir toujours renouvelé de cette animation qui y règne. De leur côté, les papilles et l’odorat seront titillés par les effluves que l’endroit ne manque jamais d’exhaler. L’on ne manquera pas non plus de s’émerveiller en caressant les tissus chatoyants que l’on y vend. Outre le plaisir des sens, l’on sera véritablement heureux de plonger dans le quotidien des habitants.

La magie des gestes
Côtoyer les Touaregs est un luxe. Chacun de leurs gestes est une petite œuvre d’art à lui tout seul. Alors j’observe. J’observe Doufen qui a le dos arqué et les bras tendus en arrière. Le visage est entièrement recouvert d’un voile, et seuls les yeux sont visibles. Ceci lui permet de se protéger du sable et des rayons brûlants du soleil. Il enroule sur sa tête une bande de tissu de plusieurs mètres de longueur, enfile par-dessus ses vêtements une grande cape appelée «gandoura».  Cette cape généralement de couleur bleue déteint sur leur peau avec la transpiration. C’est pourquoi les Touaregs sont aussi appelés «les hommes bleus». Ils portent des sandales de cuir très résistantes, leur permettant de marcher durant plusieurs heures dans le sable.

Une diversité de nationalités
Dans la capitale de l’Ahaggar, on croise aussi beaucoup de «gens du Nord», comme disent les Touaregs.
Il y a quelques années, seuls des fonctionnaires venus du Nord et détachés temporairement dans le Sud habitaient en ville. La plupart d’entre eux ne se sont pas mêlés à la population locale. Toutefois beaucoup aussi ont apprécié l’environnement saharien, et le mode de vie des Touareg. Bon gré ou mal gré, Tamanrasset s’est constitué un humus culturel et humain très diversifié.
«J’ai l’impression qu’ici, il y a la plus grande proportion de nationalités au monde par mètre carré», nous confie Sébastien, un touriste suisse, un habitué, qui vient à Tamanrasset chaque année. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire une virée au grand marché de la ville, « l’Assihar ». On y entend toutes les langues de l’Afrique, on y écoute toutes les musiques du continent, on y vend différents articles représentantdiverses cultures. A lui seul, ce marché est un hymne à la diversité et un symbole de la pluralité dans l’harmonie.

En route pour l’Assekrem !
Dès le lever du jour, les 4x4 se mettent en branle pour les 85 km de piste, de désert, de cailloux, de montagnes, vers la montagne bénie de l’Assekrem où le frère Charles a vécu pendant cinq mois, pensant être plus proche des Touaregs sur cette montagne deux fois plus arrosée que le plateau de Tamanrasset. A la sortie de l’Assihar, Laksaci, notre guide Doufen, nous emmène faire un dernier tour en ville avant le départ le lendemain pour l’Assekrem.
C’est en sa compagnie que je redécouvre encore mieux Tamanrasset. Il m’indique d’abord la petite zone industrielle qui s’est développée en bordure de l’oued Tamanrasset. Si le béton a tendance à remplacer le caractère rural de cette ancienne oasis, l’ambiance demeure foncièrement saharienne.
Ici, les fruits et légumes venus par camions des willayas du Nord et des villages des environs jouxtent l’artisanat local. Les «tisabatin» (pendants d’oreilles), les bracelets «lhebdjen» qui se portent par paires, les célèbres «asarou ouan afer», littéralement «clés de cadenas», les «teraout» (pendentifs pectoraux portés par les hommes)... Plus loin, un tailleur confectionne «à l’ancienne» et sur mesure les «sarouels et gandou-  ras». Le lendemain matin, sur les inévitables 4x4 Toyota, nous avons mis le cap sur l’Assekrem. Tamanrasset-Assekrem, avec pique-nique à Akar et nuitée au refuge du père de Foucauld, ce circuit fait rêver des milliers de touristes qui viennent du monde entier, d’Europe en particulier, pour y découvrir un paysage volcanique mystérieux parsemé de cônes rocheux. Sur la piste, ça roule lentement. La piste qui mène jusqu’à l’Assekrem est dangereuse. Rocailleuse. Etroite. Impossible de croiser un autre véhicule : il n’y a pas assez de place.  Les panoramas qu’on découvre dans le massif de l’Atakor sont à vous couper le souffle. Le pic d’Iharen est à lui seul une invitation à la méditation. Dans l’étendue de ce désert, seul ce proverbe targui peut nous aider à sonder l’âme de ces lieux: «Si loin que nous portent nos pas, ils nous ramènent toujours à nous-mêmes», nous lance Doufen. Les yeux ébahis admirent le mont Hadriane, édenté, posé comme un pain de sucre sur un plateau gréseux. Une légende veut qu’il ait perdu une canine dans un duel contre un autre mont. Les Touaregs prêtent aux monts un sexe. Il arrive que des monts masculins soient divisés par des rivalités pour un mont féminin. Notre chemin nous mène encore à côté du pic d’Adaouda (le doigt), en passant par le pic Younamet. La pause à la guelta d’Affillal fut encore un pur moment d’émerveillement.
Cet antre de la vie en plein néant est une merveille en soi. Une heure après, nous parvenons à l’Assekrem.

L’Ermitage du Père Charles de Foucault
Trois frères y sont en permanence. Le froid y réside aussi ! Depuis l’ermitage du père Charles de Foucault, que l’on atteint après une courte mais rude grimpée, la vue est imprenable. C’est dans cette humble bergerie que le religieux, d’abord aristocrate agnostique et dilettante avant de trouver la foi en 1886, passa une partie de sa retraite spirituelle, au plus près des «hommes bleus», dont il devint un fin spécialiste. Près de cent ans après sa mort à Tamanrasset, en 1916, l’eucharistie nous a réunis avant la rencontre avec le frère Edouard qui ne fait qu’un avec ce lieu ; d’autres frères viennent pour un temps et s’en vont. Très vigoureux, ils nous accueillent à l’entrée de l’ermitage, entretenant patiemment la mémoire et le savoir de leur prédécesseur. Pourtant la beauté des levers et couchers du soleil pourrait presque me persuader d’y dresser ma tente au créateur de cet univers.
C’est beau à en perdre le souffle, ou à le retrouver si on l’a égaré dans la monotonie de la plaine et de la ville...                                 
S. O.

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La guelta d’Afilal
Le cours d’eau Afilal se situe dans la wilaya de Tamanrasset, à plus de
60 kilomètres de la ville de Tamanrasset et à 100 kilomètres  du village d’Idelès, dans le massif de l’Atakor, qui renferme le sommet le plus haut d’Algérie, nous explique Doufen. Ici les «gueltates» se présentent sous forme de petites terrasses, marmites et petites cascades dans lesquelles l’eau coule en permanence dans un milieu environnant complètement désertique. Elles renferment une végétation riche et diversifiée plus ou moins similaire à celles des gueltates d’Issakkarassene, ainsi qu’une faune diversifiée complétée par la présence insolite d’une ichtyo-faune représentée par le  barbeau du désert. Notre guide nous explique que les Touaregs nomades de la wilaya de Tamanrasset utilisent les gueltates Afilal pour s’approvisionner en eau  pour leurs besoins domestiques et comme abreuvoirs où se désaltèrent leurs troupeaux.

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Le wali de Tamanrasset : «La région est un label international...»
Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le wali de Tamanrasset parle sans complaisance aucune tant des acquis indéniables enregistrés dans tous les secteurs que des insuffisances qui restent à combler.

Monsieur le wali, comment voyez-vous l’avenir touristique de la région ?
Je suis certain que les gens qui viennent ici pour la première fois restent ébahis devant le spectacle qui s’offre à leurs yeux.
Au-delà du tourisme en tant que secteur économique, il y a des effets sur les autres secteurs.

A défaut de tourisme réceptif, vous avez opté cette année pour le tourisme national, afin de promouvoir le tourisme local. Pourquoi ?
Il est difficile de supprimer la fausse image collée à cette région. Afin de contourner cette image, nous avons expliqué aux agences qu’il fallait adopter une nouvelle stratégie; notre pays est vaste, il est immense.
Nous avons pu convaincre ces agences afin d’essayer de travailler sur le créneau de la clientèle nationale.
Nous avons institué un comité de wilaya de préparation, en intégrant les acteurs, les représentants des huit agences qui ont été intégrées dans ce comité. Ces dernières ont collaboré ensemble avec les services con-cernés. Je citerai les services de sécurité, de la Protection civile, de la culture, du tourisme, de la jeunesse et des sports, et nous avons tracé un programme intégré, un programme qui regroupe toutes les festivités traditionnelles. Cette année, il y a eu un plus, parce que l’association «Sauver l’imzad» a frappé fort, avec un beau festival «sahélo-africain» qui a drainé la grande foule, où il y a eu beaucoup d’étrangers et d’ambassadeurs qui sont venus. Nous avons reçu plus d’une dizaine de représentations diplomatiques qui se sont promenées et qui ont constaté la situation librement.

Depuis le dernier découpage de la wilaya, Tamanrasset est sortie de son isolement. Quel bilant faites-vous depuis votre installation ?
Une trentaine d’années se sont écoulées depuis le dernier découpage. C’est vraiment le jour et la nuit. J’ai consulté le rapport qui a été remis au défunt président Houari Boumedienne. Il n’y avait pas de lycée et il y avait deux centres de santé pour tout le Hoggar,, de Aïn Sala jusqu’à Tinzaouatine et Aïn Guezzam. Depuis 1974, la population a doublé tous les six ans. La wilaya compte présentement 90 000 habitants.

Pensez-vous qu’il y ait beaucoup à faire en terme de désenclavement ?
Nous avons un programme d’électrification qui va démarrer dans les trois prochains mois. Aussi le programme de désenclavement pour 3 milliards de dinars va être lancé prochainement. En ce qui concerne le domaine  vital de l’agriculture, c’est la première fois qu’on obtient un aussi grand projet pour un secteur  aussi stratégique pour l’économie locale. Mais il faut savoir qu’il n’existe que deux tracteurs pour toute la région parce qu’il y douze hectares de terre agricole utile. Une superficie que nous envisageons de doubler parce que, actuellement, l’eau existe à Aïn Salah et la terre y est bonne. A Aïn Guezzam, il existe une nappe d’eau de 21 000 km². Là aussi nous proposons la mise à niveau pour que demain, cette mise en valeur puisse stabiliser l’élevage.

Quel est l’impact du nouveau barrage qui desservira pratiquement toutes les wilayas limitrophes ?
Le problème qui existe actuellement, c’est que la population demande plus. Il y a une opération qui va être réalisée pour renouveler l’ensemble du réseau qui, une fois installé, fera de Tamanrasset la première ville à disposer d’un système ultramoderne où il n’y aura plus de problème de pénurie, parce qu’il y a un réservoir de 50 000 m3 à la sortie de la ville vers l’aérodrome. Avec la réalisation d’une série de châteaux d’eau et l’installation du nouveau réseau, la ville bénéficiera d’une technologie nouvelle.

Malgré le plan de relance économique, les jeunes d’ici et d’ailleurs se plaignent toujours du chômage. Quelle est la situation au niveau de la wilaya ?
Il y a un certain nombre de dispositifs qui ont été renforcés  au cours de cette année. A la suite des différents conseils des ministres qui se sont tenus, des orientations du Président, il y a un doublement des avantages. L’année précédente, il y avait 3 400 postes d’emploi prévus dans le cadre du dispositif d’insertion professionnelle. Cette année les chiffres ont doublé. Nous en sommes à 5 600 qui sont pris en charge dans des administrations, dans des organismes et dans le secteur public et privé. Tous ceux qui sont issus des universités et de la formation professionnelle, en attendant d’avoir un poste permanant, sont accompagnés dans ces dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle. ça c’est le premier rôle de l’Etat. Le deuxième est d’encourager l’investissement national ou étranger, car c’est le seul pourvoyeur de postes de travail, la fonction publique ne pouvant en produire qu’une partie infinitésimale. L’Etat encourage l’investissement au Sud. Il y a des avantages fiscaux extraordinaires pour toute personne qui veut investir dans l’extrême Sud. Nous aussi, nous sommes en train d’encourager l’investissement. Nous avons en effet déjà approuvé 14 projets, nous leur avons attribué des terrains et nous allons examiner une trentaine d’autres dossiers.

La problématique du logement se pose, dit-on, avec acuité. Qu’en est-il au juste ?
Nous avons distribué cette année 1 500 logements dont 900 au niveau de la wilaya. Nous avons 250 logements qui vont être prochainement achevés, 700 qui sont en cours de réalisation et 2 500 autres en cours d’étude uniquement à Tamanrasset, sans oublier les programmes des aides à la réhabilitation. Je ne veux pas que la ville soit détruite par le parpaing comme cela se fait ailleurs. Je veillerai à ce que Tamanrasset conserve son cachet, son empreinte  et son charme. Il y a tout un programme à tracer avec les comités de quartiers.

Monsieur le wali, quand on parle de logement, il y a le secteur sanitaire qui y est associé. Qu’en est -il exactement ?
Nous sommes en train de travailler au moins pour la santé de proximité pour les nomades. Je prie Monsieur le ministre de la Santé de désigner un directeur de la santé qualifié. Nous avons une dérogation de 14 logements sociaux pour les médecins spécialistes. Donc s’il y a des spécialistes qui veulent s’installer à Tamanrasset, les logements sont à leur disposition. 


Source: elmoudjahid
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